Blaise Compaoré sur France Ô : « L’Afrique doit assumer ses responsabilités… »

Le Président du Faso, Blaise Compaoré, après avoir assisté au défilé exceptionnel du 14-Juillet à Paris, a été l’invité de la première édition d’une émission spéciale, proposée et dirigée par Luc Laventure, une émission de rencontres et de débats de la chaîne de télévision France Ô, intitulée « Toutes les France ». Interviewé par Ahmed El Keiy qui co-anime l’émission avec Alexandra Baldeh-Loras, le chef de l’Etat s’est prononcé sur divers sujets notamment sur les relations entre le France et l’Afrique. Il commence par s’exprimer sur le sens qu’il donne à la célébration des cinquantenaires des Etats africains en France.

Blaise Compaoré (B.C.) : Cette présence à ce 14-Juillet en France a une signification particulière pour nous dans la mesure où nous avons pu, à travers cet événement conjoint, constater une fois de plus l’expression d’une France ouverte et surtout respectueuse de ses anciennes colonies, aujourd’hui indépendantes. C’était une occasion de témoigner de notre amitié et de notre attachement à des progrès toujours plus substantiels dans la coopération entre la France et ses anciennes colonies maintenant souveraines.

Ahmed El Keiy (A.E.K.) : Est-ce que vous vous attendiez à cette reconnaissance ?

B.C. : Non ! Nous n’avons pas de reconnaissance à attendre. Nous sommes depuis 50 années indépendants ! Nous sommes différents de la France mais nous avons une histoire commune et une volonté d’aller dans le futur ensemble parce qu’il y a encore des défis pour lesquels, nous devons agir solidairement et pouvoir les relever.

A.E.K. : Vous êtes indépendants depuis 50 ans, est-ce un moment de faire des bilans sur les réalisations au Burkina ?

B.C. : Lorsqu’on parle de bilan pour l’Afrique, c’est pour situer surtout les déficits et les limites. Nous sommes d’avis qu’il y a eu sur cette période des limites notamment dans les domaines de la gouvernance et dans la réalisation de nos objectifs sociaux.

Mais, lorsqu’on imagine que s’il n’y avait pas eu les indépendances, c’était à la France qui avait à se reconstruire après la guerre de nous soutenir pour le développement. Je pense que cela allait dire difficile sans oublier que politiquement, après cette guerre où nous avons lutté ensemble pour la liberté, il était difficile de vouloir poursuivre avec la colonisation.

Nous ne l’aurions pas accepté ! Je pense que cette responsabilisation plus grande que nous avons pu assumer durant les 50 années nous a permis de progresser en terme de réalisations dans plusieurs secteurs tels que la scolarisation, la santé, la formation des cadres et la mise en place des institutions.

A.E.K. : Est-ce qu’on peut dire que l’Afrique a acquis son autonomie ?

B.C. : Je crois que nous sommes dans un monde où on construit l’Europe ici et l’Union africaine chez nous. Je pense que nous sommes dans un monde qui veut aller vers une prospérité partagée, vers plus de stabilité et de solidarité. Donc, les expressions telles que autonomie, indépendance sont en train d’être dépassées.

A.E.K. : Et la bonne gouvernance ?

B.C. : La bonne gouvernance, c’est un domaine où nous avons encore beaucoup affaire particulièrement dans le domaine du renforcement des capacités à la fois des cadres et des institutions.

A.E.K. : Vous êtes au pouvoir depuis 1987.Vous allez vous présenter à la présidentielle de novembre 2010. Est-ce parce que vous pensez que votre pays a besoin de stabilité que vous faites durer votre présence au pouvoir ?

B.C. : Je pense qu’en République, on est toujours en relation avec les populations et leurs attentes. Lorsque nous allons aux compétitions électorales, c’est pour faire adhérer ces populations à notre programme. En plus, par rapport à notre bilan, nous nous mettons à la disposition de leurs choix.

A.E.K. : Qu’est-ce qui va changer entre la précédente présidentielle et celle à venir ?

B.C. : Nous consultons le peuple depuis 1991 en ce qui est des législatives et des municipales. En ce qui concerne les présidentielles, ce sera pour la 4e fois. Nous avons eu en 2005, une compétition ouverte avec une douzaine de candidatures. Nous n’avons pas enregistré une seule plainte au niveau des juges électoraux. Nous pensons que nous avons aujourd’hui une gouvernance électorale crédible et fiable. Et cela indique la consolidation et la stabilité de notre pays.

A.E.K. : Vous êtes médiateur dans une crise grave, celle de la Côte d’Ivoire. Est-ce que vous pensez que l’époque des médiateurs qui venaient hors du continent est maintenant révolue et que maintenant, c’est le recours aux personnalités du continent qui est de mise dans le règlement des crises ?

B.C. : Il faut se dire que pour nous, l’Afrique est maintenant majeure. Nous avons des responsabilités à assumer dans le cadre de la stabilisation du continent. C’est pour nous-mêmes un devoir. Nous pensons qu’il est essentiel d’aller à la paix pour aller au développement. Mais il est aussi essentiel pour nous que l’Afrique prenne ses responsabilités face à ces crises.

C’est pour cela que nous nous sommes investis en Côte d’Ivoire, en Guinée et tout dernièrement au Togo. Parallèlement, nous travaillons avec la Communauté internationale, à la fois avec les institutions de la sous-région (CEDEAO et UA) mais aussi avec les Nations unies car il y a effectivement des dimensions de ces conflits qui imposent qu’on travaille avec l’ensemble de la communauté internationale.

A.E.K . : Le Président Sarkozy a parlé dans son discours d’une relation d’égal à égal. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

B.C. : Je pense que ces propos s’adressent surtout aux journalistes français…(rires). J’ai l’impression que parfois, il y a une certaine opinion qui voit l’indépendance comme un moment où on est toujours en conflit avec les anciens colonisateurs. Or nous remarquons que les Etats-Unis d’Amérique et l’Angleterre sont en bons termes tout comme la France et l’Allemagne ou encore l’Angleterre et l’Allemagne.

C’est pour rappeler qu’en fait, nous travaillons d’égal à égal. Nous avons un pays différent de la France avec ses institutions propres. Ce n’est pas l’Assemblée nationale du Burkina qui se réfère à l’Assemblée nationale française pour voter les lois. Nous le faisons de manière indépendante comme tous les autres pays africains. Je crois que nous avons des relations équilibrées, décomplexées. C’est ce qui fait la force de cette relation.

A.E.K. : Est-ce que vous imaginez un sommet entre le Burkina et 14 Etats européens ?

BC : Cela arrivera un jour…(rires). C’est mon ambition.

Transcrit par Victorien A. SAWADOGO

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