Politique nationale : Quelle opposition pour « un Burkina émergent » ?

Mal loti ou enclavé – c’est selon -, le pays des Hommes intègres n’en a pas moins réussi le pari de se hisser parmi les Etats qui comptent désormais en Afrique de l’Ouest. Du moins, le Burkina Faso s’est imposé, ces dernières années, comme un passage obligé, et son président, un acteur incontournable de la résolution des conflits qui minent le continent. L’offensive diplomatique d’icelui ne laisse pas les observateurs de la scène politique indifférents. Certains n’hésitent pas à aduler le « Beau Blaise » du statut flatteur de « sage ».

Incontestablement, Blaise Compaoré a surmonté son handicap naturel de putschiste du 15 octobre 1987 pour se bâtir la stature de chef d’un Etat qui force l’admiration de ses pourfendeurs d’hier. Avec un règne de plus de deux décennies -égalé par aucun de ses 5 prédécesseurs-, il aura finalement battu le record de longévité, malgré la disposition de la Constitution du 2 juin 1991.

Aussi, s’il peut se targuer de « stabilité politique », il n’est pas moins hanté par l’usure d’un pouvoir qui ne se met véritablement pas à l’épreuve d’une opposition digne de ce nom. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le manque de compétition et de concurrence politique véritable jette de l’ombre sur le tableau des performances réelles ou supposées du Burkina. Tenez, à la dernière élection présidentielle de novembre 2005, le Blaiso national affichait un score record de 80.30, alors que son principal challenger et opposant, Me Bénéwendé Sankara, n’avait engrangé que 4,94% des suffrages exprimés. A l’époque, certains analystes avaient ironisé en disant que le président-candidat avait survolé l’élection au propre comme au figuré.

Mais derrière ce raz de marée se cache la misère d’une opposition impuissante face au rouleau compresseur du régime. Minée et émiettée par des guéguerres de leadership, cette opposition ne pouvait pas grand-chose contre la machine du parti au pouvoir solidement soutenu par des alliés qui préfèrent monnayer leurs soutiens au puissant du moment plutôt que de prendre le risque de lui résister.

A force de va-et-vient d’un camp à l’autre, certains leaders de l’opposition ont fini par se discréditer au point d’apporter de l’eau au moulin de ceux qui croient qu’« il vaut mieux aller à la soupe » plutôt que d’attendre son tour. Conséquence : l’opposition est devenue l’antichambre d’un pouvoir qui n’arrive pas ou qui n’arrivera jamais, pour les plus sceptiques. « Qui est fou pour attendre quelque chose qu’il n’est pas sûr d’obtenir ? », se demandent certains.

Néanmoins, au-delà du dépit des citoyens burkinabè, il ne reste pas moins que les leaders de l’opposition ont été incapables de proposer une alternative susceptible de fermenter le désir d’alternance dans ce pays. Car, à force de laisser le champ libre, les partisans les plus zélés du pouvoir en sont venus à croire que leur champion est irremplaçable et qu’il faut lui aménager la loi fondamentale pour qu’il s’éternise au pouvoir. Mais entre le désastre politique causé par « le pouvoir à vie » en Côte d’Ivoire, au Togo, au Zaïre et en Guinée Conakry, on peut dire que la démocratie burkinabè, quelle que soit la crédibilité de sa « stabilité », est à la croisée des chemins.

Ce n’est donc pas par hasard que le débat sur la fin du règne du président Compaoré suscite autant de passion entre les révisionnistes et les antirévisionnistes de la Constitution. Si ce débat n’est pas dépassionné avant l’élection présidentielle du 21 novembre 2010, il finira par tuer l’enjeu de cette compétition pour laquelle le “Beau Blaise” est largement favori. L’opposition semble plutôt préoccupée par la fin constitutionnelle de son bail pour espérer une alternance automatique en 2015. Mais à l’allure où vont les intentions des partisans et alliés du président-candidat, cette projection n’est pas gagnée d’avance. Rien n’exclut une prolongation de règne, car cela ne tient qu’à un simple vote mécanique qu’il suffit que le giga-parti au pouvoir ordonne à sa majorité confortable à l’Assemblée nationale. Autrement dit, il suffit que les députés du parti au pouvoir le veuillent pour que ça soit fait. Puisque rien ne l’exclut, c’est donc possible.

Tout compte fait, l’opposition politique est suffisamment mal barrée dans sa configuration actuelle pour changer la donne politique. Mais cela ne veut aucunement dire que le besoin d’alternative et surtout d’alternance n’est pas réelle au Burkina Faso. Le modèle ghanéen, où la stabilité politique repose sur une alternance pacifique qui a fait ses preuves, reste largement préférable au règne illimité d’un président qui n’échappera point à la fin naturelle des choses. Or, pour maintenir, sans illusion, le rêve d’un « Burkina émergent », il va falloir un choix qui peut paraître cornélien, voire douloureux pour certains. L’essentiel n’étant pas nécessairement de changer de régime, mais de maintenir le cap.

F. Quophy

Journal du Jeudi

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