Mgr Constantin Guirma : L’évêque émérite de Kaya est parti

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais est passé de la mort à la vie » (Jean 5 :24). Dans la logique de ceux qui confessent dans la foi chrétienne et précisément catholique, ce passage biblique s’applique depuis le vendredi 6 août 2010, jour de la Transfiguration, à Mgr Constantin Guirma, évêque émérite (qui conserve son titre après avoir été atteint par la limite d’âge) ou si l’on préfère, ancien évêque du diocèse de Kaya.

En effet, le prélat, à cette date, s’est endormi à 9 heures 15 minutes dans la paix du Seigneur, après 90 ans de vie terrestre. Selon des éléments recueillis de sources officieuses mais généralement bien informées, une veillée de prière s’est déroulée hier dimanche à la cathédrale de l’Immaculée Conception de Ouagadougou. Elle sera suivie ce matin à la même cathédrale d’une messe de requiem. Ce sera ensuite le départ pour Kaya où l’enterrement est prévu pour demain mardi dans la matinée.

Avant des témoignages de certains de ceux qui l’ont connu, il n’est pas oiseux de rappeler à grands traits le parcours du prélat défunt. Né à Kaya le 5 février 1920 où son père exerçait le métier d’infirmier (1), il est l’aîné d’une famille de onze enfants qui a donné à l’Eglise deux prêtres (lui-même et son frère cadet, le père dominicain René Bélemsida), une religieuse (la sœur Blanche) et au pays son tout premier ambassadeur auprès des Nations unies et des Etats-Unis :on aura tout de suite reconnu Son Excellence Frédéric Guirma. Ordonné prêtre le 19 mai 1946 (la quatrième proposition d’ordination de notre pays), il est tour à tour :

- Vicaire à Koupéla ;
- Abbé à Tenkodogo ;
- Fondateur et curé à Ouargaye en 1954 ;
- Curé de Pabré en 1956 ; Aumônier des Voltaïques émigrés en Côte d’Ivoire de 1960 à 1962 ;
- Curé de la paroisse de Kologh-naba à partir de 1962 ;
- Curé de la Mission Saint-Michel de Koléa de Conakry en 1967, après que Sékou Touré eut chassé les prêtres européens ;
- Ordonné évêque le 1er août 1969 par S.S. le pape Paul VI à Kampala en Ouganda lors de sa première visite en Afrique, il est intronisé le 9 novembre de la même année comme évêque de Kaya par le délégué apostolique, Mgr Mariani.

Pour son inhumation à Kaya, si elle répond à une tradition qui veut que chaque évêque repose dans sa cathédrale, elle pourrait bien être considérée par le profane comme un retour mérité aux sources et pour le croyant comme un signe divin, puisque c’est dans la capitale du Sanmatenga qu’il est né.

- Abbé Dominique Yanogo (Directeur de la communication diocésaine de Ouagadougou) Nous avons appris le départ de Mgr Constantin Guirma vers le Père Céleste par l’intermédiaire de l’Achevêché, le jour de la Transfiguration, c’est-à-dire, le jour où le Christ s’est manifesté fils de Dieu. Il était en compagnie de deux prophètes, Moïse et Elie, qui à l’occasion ont découvert que non seulement Il était un Homme béni de Dieu mais aussi Fils de Dieu, puisqu’une voix a jailli qui disait : « Celui-ci est mon Fils bien aimé en qui j’ai mis toute mon affection. Ecoutez-le ». Cela est très symbolique et c’est le jour également du décès du pape Paul VI.

Lorsqu’on dit Mgr Guirma, je vois d’abord un pasteur. C’était une personne qui était tellement accrochée à sa communauté. Il était très proche des gens qui lui étaient confiés. Quand il a été nommé à Kaya, il se dévouait à corps perdu pour son diocèse. Il avait l’amour de l’universel qu’est l’Eglise mais aussi du local, en mettant à la disposition des pasteurs, des catéchistes et des laïcs des outils en mooré. C’est le cas par exemple de la liturgie des sœurs qui est une prière réservée aux prêtres, aux religieux et religieuses. Je retiens également de monseigneur le grand-frère, parce qu’il est du diocèse de Ouagadougou.

Il était de la paroisse cathédrale et je suis de la même paroisse. Ce sont des gens de Guirgo mais ils sont très présents à Ouagadougou. C’est le grand-frère de SEM l’ambassadeur Frédéric Guirma, également de la sœur Marie Blanche, qui est de la même promotion que ma propre mère. Mgr Guirma était un exemple dans beaucoup de choses comme la persévérance. Cela faisait une dizaine d’années qu’il était cloué au lit. Il a tenu. Ce n’est pas la seule douleur ou la seule épreuve qu’il a eue dans son existence. Il a su persévérer jusqu’au bout. Or, l’Evangile dit : « Celui qui persévèrera jusqu’au bout sera sauvé ». Dans ce sens-là, je l’admire. De sa vie, il y a des choses positives à retenir.

Abbé Laurent Bilgo (Prêtre retraité à Villa Maria de Kologh-Naba) J’ai fait la connaissance de Mgr Guirma quand j’étais encore à l’école. J’ai connu ses parents qui connaissaient les miens. Il vient bien avant nous puisqu’il quittait le grand séminaire après son ordination en 1946 quand nous y allions. Il nous a toujours émerveillés par sa modestie. C’est quelqu’un qui était doué aussi bien intellectuellement qu’artistiquement. Il y a beaucoup d’églises qui ont été décorées par lui. Je citerai la cathédrale de Manga, l’église de la paroisse de Pabré…

Il faut remarquer qu’il était très attaché à son ministère, que ce soit en tant que prêtre ou évêque. Il a séjourné en Côte d’Ivoire lorsqu’on a cherché des prêtres voltaïques pour ne pas dire mossé pour prendre en charge le ministère des mossé chrétiens de la Lagune Ebrié.

Il s’était proposé volontiers et y est resté plusieurs années. Il a été dans le diocèse de Koupéla où il a servi un certain temps. A Kaya où il a été le premier évêque, il a organisé son diocèse avec patience et dévouement. Il était le premier en quelque sorte à mettre en pratique la liturgie préconisée par le Concile Vatican II, en ce qui concerne l’indigénisation du culte.

Mgr Guirma a organisé l’office divin en mooré que les chrétiens pouvaient dire le matin à l’église avant la messe. Egalement pour les chants, il a essayé de rendre en mooré les chants de la messe, ceux du dimanche en particulier. C’était une initiative heureuse qui a rencontré beaucoup de réticences, d’oppositions de la part de certains membres du clergé. Personnellement, j’étais en contact avec lui. Ces derniers temps, je téléphonais pour prendre de ses nouvelles.

Je me disposais à le faire demain dimanche (on était samedi 7 août 2010). J’ai vu sa petite sœur il n’y a pas très longtemps, qui m’a dit que sa santé baissait de plus en plus. Je voulais avoir de ses nouvelles demain et puis voilà… Je souhaite que le Seigneur le récompense pour tous ses efforts apostoliques, pour les exemples de vertu qu’il a pu donner autour de lui, que son sacrifice profite à l’église de Kaya et de celle du Burkina Faso tout entière.


Elie Nabolé (Fidèle chrétien de la paroisse de Kologh-naba)

J’ai connu Mgr Constantin Guirma quand il était curé de Kologh-Naba en 1964. A cette période, je venais d’arriver dans le quartier. Au nombre des religieux qui ont beaucoup travaillé avec lui ici, on peut citer, entres autres, feu Pierre Kalmogho, Emmanuel Douamba, les regrettés François Dakouré, Benoît Ouédraogo…

Mes souvenirs sont lointains mais je retiens de monseigneur un homme très attachant, toujours disposé à écouter ses paroissiens et prompt à prodiguer de sages conseils à qui l’approche. Jusqu’à ce qu’il devienne évêque de Kaya, il a constamment été au service de ses paroissiens.

Madame Denise Konseibo née Karsondo (Cousine de l’évêque disparu)

J’étais déjà allée voir Mgr Guirma pendant sa maladie. Nous souhaitions tous que la volonté de Dieu se fasse, car il avait tant souffert. Quand j’ai appris son décès, je me suis fais conduire dans la maison mortuaire. J’y ai d’abord jeté un coup d’œil où il a vécu ses derniers jours. J’ai ensuite présenté mes condoléances à sa sœur Blanche et à son frère René, avant de m’incliner sur sa dépouille mortelle.

Intérieurement, je lui ai demandé de transmettre mes salutations à ceux qui nous ont devancés, son père Victor et sa mère Hélène. J’y suis restée avec d’autres personnes dont des religieux et des religieuses pour la récitation du chapelet, avant le transfert du corps à la morgue. J’ai connu monseigneur dans sa jeunesse.

J’ai assisté sa mère qui était ma tante dans ses derniers instants de vie sur terre. Le départ vers Dieu de Mgr Guirma m’attriste beaucoup mais je vis dans l’espérance de les retrouver un jour, lui et tous ceux qui nous ont quittés.

Propos recueillis par D. Evariste Ouédraogo

(1) Son père s’appelait Victor, de la lignée patricienne de Guirgo. Il exerça son métier d’infirmier au Burkina, au Niger et en Côte d’Ivoire où il fut infirmier major d’un certain Félix Houphouët- Boigny.

L’Observateur Paalga

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