Campagne agricole 2010-2011 : Le constat dans cinq régions

La campagne agricole 2010-2011 bat son plein depuis le mois de juillet, avec actuellement des fortes précipitations ayant engendré déjà des inondations dans certaines localités du pays. Une équipe de Sidwaya a sillonné cinq régions pour voir la physionomie de cette campagne. Constat sur place.

En ce début de mois d’août, la campagne agricole 2010-2011 s’est définitivement installée. Les inquiétudes nées du fait de la rareté des pluies de cette campagne, démarrée depuis mai dans plusieurs régions ont fait place à d’autres, liées aux fortes précipitations de la dernière décade du mois de juillet et ayant causé des sans-abri dans plusieurs localités du pays. Ces informations, la vieille Ramata Déma ne les savait pas.

Ce lundi 26 juillet 2010 à Youba, village situé à quelque 10 km de Ouahigouya dans la région du Nord sur l’axe reliant cette ville à Titao, (chef-lieu de la province du Lorum), Ramata était occupée à semer ses derniers grains de poids de terre. « L’eau a emporté des gens ailleurs, alors qu’ici à Youba, nous attendions depuis longtemps une pluie digne de ce nom pour démarrer véritablement notre campagne agricole… », s’est-elle exclamée après avoir appris la nouvelle. « J’ai épuisé toutes mes céréales dans les semis. Il ne me reste que ces poids de terre que je suis en train de mettre sous terre avec l’espoir que la pluie ira jusqu’au bout. Ici, beaucoup de gens sont à leur quatrième semis… », explique-t-elle.

Non loin de là, Sékou Maïga laboure son champ. Les autres membres de sa famille s’affairaient à semer du maïs. A notre vue, il abandonne la charrue et les bœufs avec les enfants qui l’aident et vient à notre rencontre. « A cette même époque de la campagne de l’an dernier, les cultures atteignaient la hauteur d’un homme. Cette année, c’est seulement dans les bas-fonds que les cultures sont au stade de levée. Sur les autres superficies, les gens sont au stade de labour et de semis. Nous avons peur… », soutient-il.

Cette peur est partagée par Idrissa Maïga dont le lopin de terre est séparé de celui de Sékou par la petite portion de Ramata Déma. « Nous avons connu une telle situation il y a treize ans de cela… », affirme Idrissa tandis que la vieille Ramata, du haut de ses 78 ans, relève qu’elle a connu pareilles situations à une époque où les pluies s’étalaient jusqu’en octobre. « Je n’ai pas reçu de semences améliorées mais je prie Dieu que les pluies s’étendent jusqu’en octobre pour espérer récolter quelque chose », souligne Sékou qui dit avoir une trentaine de personnes à sa charge.

Pour le directeur provincial de l’Agriculture, de l’Hydraulique et des Ressources halieutiques du Nord, Elie Dianda, la situation du Yatenga dans la province n’est pas en effet, homogène. Il y a des zones, selon lui, où la situation est acceptable, tandis que d’autres connaissent un démarrage difficile. « Nous sommes à une période où beaucoup de zones sont en phase de semis, notamment les communes au Nord de Ouahigouya.

Globalement, la campagne s’installe difficilement parce que la province a reçu la première grande pluie depuis le 9 juin 2010 où la ville de Ouahigouya a enregistré 106 mm d’eau et il a fallu attendre le 22 juillet pour voir (enregistrer) une pluie significative. Par rapport à la campagne passée, l’on constate un écart négatif en termes de pluies… », souligne-t-il. Mais pour lui, l’espoir d’une bonne campagne n’est pas compromis si les pluies sont régulières et bien réparties.

Campagne agricole passable

Le premier responsable en charge de l’Agriculture dans cette région du Nord, Auguste Tapsoba, qualifie la présente campagne de passable. Pour lui, comparativement à la campagne écoulée, les cumuls saisonniers 2010 montrent que trois postes pluviométriques seulement sur neuf dégagent un écart positif allant de 1,0 mm à 13,2 mm de pluie.

Les six autres postes montrent un écart négatif en hauteur d’eau allant de 23,2 mm à 147,0 mm. La répartition dans le temps et dans l’espace montre que cinq postes présentent un écart positif de 2 à 9 jours de pluies, tandis que les quatre autres affichent un écart négatif de 2 à 5 jours de pluie. Les cultures quant à elles présentent une bonne physionomie, grâce aux pluies enregistrées dans la deuxième décade de juillet.

Les opérations culturales en cours actuellement sont les labours et les semis, les ressemis, le sarclage, le binage et, dans une moindre mesure, l’épandage des engrais minéraux. Mais dans les provinces du Yatenga et du Lorum, la campagne a connu un démarrage difficile et les producteurs s’affairent à rattraper le retard enregistré en juin pour insuffisance de pluie.

Auguste Tapsoba estime qu’avec les semences améliorées fournies aux producteurs par le gouvernement, l’espoir d’une bonne campagne est permis. « Si les paysans utilisent ces semences et appliquent les techniques culturales recommandées, il n’y a pas de raison de s’inquiéter surtout si les pluies sont régulières et étalées dans le temps et dans l’espace… », précise-t-il.

Au Centre-Nord, la campagne a démarré de manière disparate dans les trois provinces que compte la région. Ainsi dans la province du Bam, ce démarrage a eu lieu dans la première décade du mois de mai. Mais les précipitations enregistrées, selon le directeur régional Paul Tiemtoré, ont été de faibles intensités dans l’ensemble de la province jusqu’à la deuxième décade du mois de juin et n’ont pas permis le démarrage des semis sur les hautes terres.

Un léger retard au Sanmatenga

Dans le Namentenga, les premières pluies ont été enregistrées à Boulsa dans la deuxième décade de mai. Cela a permis de démarrer les opérations de semis dans cette localité. Mais les pluies ont été de faible intensité dans le reste de la province. Ce n’est qu’à la première décade de juin que la campagne agricole s’est définitivement installée dans cette province avec une pluviométrie moyenne. Les hauteurs d’eau recueillies dans la première décade de juillet ont été faibles et mal réparties dans le temps et dans l’espace.

Mais la deuxième décade de ce mois de juillet a enregistré des pluies diluviennes à Boulsa, Tougouri, Boroum et Nagbingou ayant, malheureusement, causé des inondations dans ces localités, ainsi qu’à Yalgo où la pluie est tombée faiblement mais les inondations ont été provoquées par des eaux venues d’ailleurs. Dans le Sanmatenga, la campagne s’est installée à la dernière décade de juin et les deux premières décades de juillet ont été marquées par une bonne poursuite des pluies avec des précipitations moyennes.

Cette tendance s’est poursuivie jusqu’à la troisième décade où des hauteurs d’eau relativement importantes ont été enregistrées jusqu’au 26 juillet. Cette situation a causé des inondations dans les communes rurales de Barsalogho et de Pensa. « D’une manière globale, le déroulement de la campagne est passable dans la région du Centre-Nord, sauf les localités ayant subi les effets néfastes des inondations.

Cependant, on observe un léger retard de cette campagne comparativement à la même période de la campagne écoulée. Mais sur le plan pluviométrique, on constate un cumul saisonnier excédentaire pour cinq des neuf postes observés dans la région… », souligne le directeur régional Paul Tiemtoré.

Pour Gnesinmanegba Marie, rencontrée au champ avec ses enfants à 8 km environ de Kaya sur l’axe menant à Dori, la physionomie de la campagne rassure. « En 2009, nous semions encore à cette même période. Je pense que cette année, la campagne est en avance. Les pluies ne sont pas fortes mais elles sont régulières et bien réparties à mon avis… », indique-t-elle entre deux coups de daba. Est-elle informée qu’à quelques kilomètres de là, des villages ont été inondés ? Avons-nous voulu savoir.

« J’ai appris en effet qu’à Tougouri et à Yalgo, l’eau a détruit des maisons et tout emporté. Que Dieu nous épargne de ce genre de catastrophe… », souligne-t-elle. Au Plateau central, la campagne agricole s’est installée sans problème, à entendre le directeur provincial de l’Agriculture de l’Oubritenga, Barthélemy Ilboudo qui nous a reçu au nom de la directrice régionale.

Les dispositions ont été prises tôt, selon lui, pour mettre à la disposition des producteurs, les semences et les engrais. Ce qui a permis de démarrer la campagne dès les premières pluies. Pour Barthélemy Ilboudo, la présente campagne a été caractérisée par des pluies régulières bien réparties dans l’espace et dans le temps, contrairement à la campagne écoulée où à la même période, la région enregistrait 21 jours de sécheresse.

Cependant, le stade végétatif des cultures varie d’une province à l’autre. « Dès lors que l’installation s’est faite sans difficultés, il y a de quoi être optimiste. Surtout si le régime pluviométrique se poursuit de façon régulière et modérée… », souligne le directeur provincial.

Au Centre-Ouest, notamment dans la province de la Sissili, la campagne a connu un démarrage relativement tôt, à en croire le directeur provincial, Ignace Ouédraogo. Les producteurs ont semé dès le mois d’avril. Mais la période entre fin juin et début juillet a été marquée par une poche de sécheresse et cela a affecté le maïs qui est au stade de maturation, ainsi que l’arachide.

Certains producteurs ont commencé à récolter. C’est certainement ce qui fait dire à la directrice régionale, Marie Madeleine Bengali, en visite de terrain dans la Sissili ce mercredi 28 juillet 2010 pour encourager des producteurs, que la situation globale est satisfaisante. Mais, elle précise toutefois qu’elle a connu un démarrage un peu difficile dans les provinces du Sanguié et du Boulkiemdé.

Situation globale satisfaisante au Centre- Sud  

Dans le Centre-Sud, la campagne s’est installée au mois de mai. Ce qui a permis de préparer les activités champêtres et dès le mois de juin, le démarrage était effectif. « Les pluies sont régulières et bien réparties dans l’espace et dans le temps. Nous n’avons pas rencontré de problèmes particuliers. Seulement, il y a eu un arrêt de pluie d’environ une semaine dans la commune rurale de Gogo qui a provoqué une attaque localisée de chenilles vite circonscrite.

Les opérations culturales se sont bien passées et les cultures connaissent un développement végétatif normal… », indique Michel Thombiano, directeur régional du Centre-Sud. Les provinces du Bazèga et du Zoundwéogo sont en avance, selon lui, par rapport à la province du Nahouri, partie Ouest de la région qui est un peu en retard.

Dans cette province, les activités culturales dominantes dans la deuxième décade de juillet étaient les semis, surtout des légumineuses. Le sorgho et le maïs sont en pleine montaison et de maturation pour le maïs. Salam Kaboré, le directeur provincial du Nahouri, reconnaît effectivement que le démarrage de la campagne a pris un retard dans sa région. « La campagne démarre habituellement en mai dans notre province.

Cette année, le Bazèga et le Zoundwéogo ont commencé avant nous. Nous avons eu moins de pluie en mai, contrairement aux autres années et cela nous a mis en retard. Nous n’avons pas eu beaucoup de pluie dans ce mois de juillet comme l’année dernière. Actuellement, sauf les retardataires sont en train de semer le maïs. Ceux-là courent des risques. La campagne écoulée était exceptionnelle, car nous avons même eu des pluies en novembre… », souligne Salam Kaboré.

Michel Thombiano refuse les comparaisons car, à son avis, il peut y avoir moins de pluies profitables aux cultures au cours d’une saison que plus de pluies qui n’apportent pas beaucoup aux cultures. « Cette année, les pluies ont été beaucoup plus profitables aux cultures dans les provinces du Zoundwéogo et du Bazèga, mais elles l’ont été moins dans le Nahouri… », relève Michel Thombiano.

Malik Kiemtoré à Bakogo village est en tout cas, satisfait de la campagne, mais il pleut un peu trop selon lui. « La pluie d’hier (mercredi 28 juillet 2010) était un peu trop. Si elle avait duré trois heures, nous serions actuellement des sinistrés… », note-t-il avant de poursuivre que « si l’on considère le stade végétatif des cultures, nous sommes en droit de croire que nous allons récolter et même bien. Mais tout dépend de la pluie… ».

Etienne NASSA (paratena@yahoo.fr)

Sidwaya

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