Violences sexuelles faites aux enfants au Burkina Faso : Les racines du mal

Au Burkina Faso, les violences sexuelles faites aux enfants sont une réalité. Une étude récente réalisée par les services de l’Action sociale et de la Solidarité nationale en collaboration avec le Fonds des Nations unies pour l’Enfance (UNICEF) Burkina, révèle que le phénomène touche les quarante cinq (45) provinces du pays. Bien que des actions de lutte soient souvent entreprises sur le terrain, le mal persiste. Pourtant, la protection des enfants est un droit fondamental et les violences sexuelles sont interdites par les textes juridiques en vigueur. Face à ce triste constat, l’on est en droit de se poser des questions sur les racines profondes de ces violences sexuelles faites aux enfants et leurs conséquences sur les victimes. De fait, qui viole les enfants ? Quelles sont les stratégies que les auteurs mettent en place pour piéger leurs victimes ? Quelles solutions à un mal qui ronge à petit feu un pays en développement ?

« J’ai été violée par un ami de mon père. Il travaille en province. Lorsqu’il vient en ville, c’est chez nous qu’il est hébergé. Un jour, alors que j’étais seule à la maison dans ma chambre, il y entre et commence à parler avec moi. Brusquement, il s’est jeté sur moi et m’a obligée à faire l’amour avec lui. Je l’ai supplié en lui disant : “tonton”, il ne faut pas faire ça ; il a refusé et m’a dit que c’était bon de faire l’amour (…) » .

Le viol subi par mademoiselle Y., âgée de douze (12) ans au moment des faits, est malheureusement celui de plusieurs enfants au Burkina Faso. Des enfants sont victimes de viols. Dans notre numéro 6394 du 1er avril 2009, nous relations un viol commis sur un enfant de quatre (4) ans par un adulte ; ensuite c’est un instituteur à Yako qui viole son élève ; un religieux à Dédougou intimide une fillette et la viole, puis un père qui viole sa fille de huit (8) ans. La liste pourrait être allongée. C’est le triste constat au Burkina Faso.

Des enfants sont victimes de viols par des adultes. L’étude réalisée par le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN) sur la question en 2007 et validée en 2008 avec l’appui de l’UNICEF, montre que le phénomène est réel sur toute l’étendue du territoire.

Comme forme de violences dominantes selon les enfants enquêtés, ce sont les attouchements sexuels, les conversations à caractère libidineux et les viols. Dr Berthe Ouédraogo chargée du Programme protection de l’Enfance à l’UNICEF Burkina confirme : « Nous venons de terminer une étude sur les violences faites aux enfants, qui a été validée en mai 2008, et nous avons fait auparavant une étude prospective en 2001. De ces deux études, il ressort que tout le Burkina est touché par les violences sexuelles faites aux enfants.

Le Code pénal burkinabé définit le viol comme . Henry et Ruth Kempe, auteurs de plusieurs travaux de recherches sur les enfants, disent que les violences sexuelles commises sur des mineurs sont « l’implication d’enfants ou d’adolescents, donc de sujets immatures et dépendants dans des activités sexuelles qu’ils ne comprennent pas encore tout à fait, auxquelles ils ne sont pas en mesure de consentir en toute connaissance de cause, ou qui sont susceptibles de violer les tabous en vigueur dans la société sur les rôles familiaux ».

Selon diverses sources, la tranche d’âge d’enfants victimes de viol oscille entre douze (12) et quinze (15) ans. Mais d’une manière générale, toutes les tranches d’âge d’enfants sont concernées. Maïmouna ZOMA, Chef de service de Lutte contre la traite et les violences sur les enfants au MASSN, soutient qu’il y a des cas de violences sexuelles faites aux enfants au Burkina Faso.

Les causes des violences sexuelles faites aux enfants sont diverses. Elles sont liées aux différentes formes de viol. Il y a les viols de nature psychique, névrotique ; c’est-à-dire des viols commis sous l’effet de troubles de la personnalité.

Des causes psychiques

Les viols de nature ludique (sous l’influence des films pornographiques, des feuilletons, et d’internet), les viols commis sous le poids de certaines pratiques culturelles (cas des mariages forcés entre de vieilles personnes et des mineurs) et les viols de nature rituelle (pour acquérir par exemple une certaine force, des richesses matérielles et financières).

Léonard Ouédraogo, Inspecteur d’éducation sociale, chargé des placements, adoptions et violences faites aux enfants à la direction de l’Action sociale de la région du Centre confirme que les troubles de personnalité, la prise de la drogue, l’abus dans la consommation d’alcool, la toxicomanie et l’obsession sexuelle poussent des gens à violer les enfants.

Il déplore aussi l’exhibition sexuelle de certaines filles qui attise l’appétit sexuel de ceux qui ne peuvent pas se retenir. , explique l’inspecteur Léonard Ouédraogo. Pour sa part, ces personnes voulant s’enrichir rapidement utilisent des petites filles qu’ils reversent dans la prostitution, et ce sont des gens bien organisés qui font du tort aux enfants.

Pour la sociologue Fatoumata Badini, enseignante à l’Unité de formation et de Recherche des Sciences humaines à l’Université de Ouagadougou, la société est en pleine mutation et on parle de dépravation des mœurs. Elle explique que les violences sexuelles faites aux enfants sont considérées comme une anomalie sociale au Burkina Faso et trouvent leurs fondements dans le dysfonctionnement de certaines normes sociales.

Mme Badini cite en plus, la tentation, l’égoïsme, la précocité physique des enfants comme causes de viols d’enfants. Elle accuse l’émergence des trafics du sexe, le développement de l’industrie du sexe et l’abus sexuel des enfants comme expérience offerte à des touristes en tant que « consommateurs. »

Le psychologue Philippe, Somé nous apprend que les causes des violences sexuelles faites aux enfants sont liées aux problèmes mêmes du comportement humain ; comportement fait à la fois d’amour, d’agressivité et d’un mélange de ces deux tendances. Pour lui, c’est la mauvaise gestion de ces deux pulsions qui conduit des personnes à violer les enfants. Il indique que souvent, ceux qui ont été victimes de viol à leur enfance, reproduisent de tels faits à l’âge adulte, bien que cela ne soit pas systématique.

Quant à Lucie Zongo, conseillère d’Administration scolaire et universitaire à l’ONG FAWE (Forum for african women educationalists), section du Burkina, les causes sont liées aux déceptions issues de relations amoureuses entre adultes, et à la méchanceté de l’être humain. Pour elle, le manque d’affection que connaissent certains d’entre, eux les pousse à violer les enfants. Pour les religieux, les causes des violences sexuelles faites aux enfants sont le résultat d’un relâchement total des valeurs fondamentales qui gouvernent notre société…

Ismaël Tiendrébéogo, Imam du Cercle d’études, de recherche et de formation en Islam (CERFI), soutient que les principales causes des viols commis sur des enfants sont liées au fait que les gens ne voient que leurs plaisirs et s’en foutent des barrières et de la morale.

Pour l’Abbé Dominique Yanogo, coordonnateur du département de la Communication de l’archidiocèse de Ouagadougou, l’Eglise ne peut tolérer les violences sexuelles faites aux enfants, parce que tout ce qui détériore le corps et la conscience d’une personne porte atteinte à Dieu lui-même. Il estime que les causes pourraient être un effet de défoulement et de brutalité.

Des causes ludiques

Certaines personnes estiment que certains feuilletons diffusés sur les chaines de télévision influencent négativement les enfants et les adultes. Pour cette catégorie de personnes, ces films transmettent à nos jeunes des notions qui ne riment pas avec nos réalités culturelles et morales.

Cette influence pourrait constituer une cause de viols d’enfants. Est de ceux-là, Kouma Jean Paul NANA, administrateur de l’Action sociale, option éducation spécialisée et responsable de service de l’Action éducative en milieu ouvert (AEMO). Pour lui, les messages véhiculés à travers ces films incitent la jeunesse à fouler au sol, les valeurs morales de notre société. Même son de cloche du côté des religieux.

Pour l’imam Ismaël Tiendrébéogo, il y a l’influence des médias à travers Internet ; on y montre des images d’enfants qui sont utilisés au plan sexuel et cela peut exciter quelqu’un, et lui donner l’envie de violer un mineur pour découvrir ce que cela procure.

Des causes culturelles et rituelles

De l’avis de Youssef Ouattara, trésorier général du Parlement des enfants du Burkina, les adultes s’acharnent sur les tout-petits parce qu’ils sont plus vulnérables. Vu leur vulnérabilité, des personnes ne pouvant pas avoir des relations sexuelles avec d’autres adultes, se rabattent sur les enfants.

Les mariages précoces ont été identifiés comme une violence sexuelle faite aux enfants. Des fillettes sont données en mariage dès leur naissance et à partir de dix (10) ans par exemple, leurs maris les réclament. D’autres sont réellement mariées à douze ans. Maïmouna Zoma confirme : « J’étais à Gayéri et j’ai vu une fillette qui était en situation de séquestration chez un homme, parce que dit-on, c’est sa femme.

Des jeunes avaient ligoté la fillette comme l’on attache une chèvre pour la conduire chez son soi-disant mari. Et c’est dans cette situation que l’Action sociale les a interpellés, retirer l’enfant et leur dire qu’un être humain ne se traite pas de la sorte. C’est vous dire jusqu’à tel point beaucoup de personnes chosifient l’enfant et la femme ».

Dr Berthe Ouédraogo de l’UNICEF affirme que des gens violent des fillettes “par bravoure”, et cela est intolérable. Elle nous apprend que sur des sites aurifères, des enfants sont violés sous prétexte qu’avoir des rapports sexuels avec eux permet d’attirer l’or vers soi. Et ceux qui croient à ces superstitions, poursuit-elle, ne cessent de violer les enfants. Nadia Nignan, vice présidente du Parlement des enfants du Burkina Faso, pointe du doigt les gens qui croient qu’en abusant sexuellement des enfants, cela les rendra plus jeunes et plus forts.

L’iman, Ismaël Tiendrébéogo, s’insurge contre ceux qui croient qu’en ayant des rapports sexuels avec les tout- petits, ils acquièrent un certain pouvoir ou guérissent de certaines maladies comme le Sida. L’abbé Dominique Yanogo nous confie que des adultes violent des enfants pour des raisons occultes. Lucie Zongo renchérit :

Des conséquences physiologiques et psychologiques

Les enfants victimes de violences sexuelles rencontrent beaucoup de problèmes d’ordre physiologique. Dr Victorine Bambara, gynécologue au Centre médical avec Antenne chirurgicale (CMA) de Kossodo à Ouagadougou, a déjà reçu plus d’une dizaine de cas d’enfants victimes de viol. _Elle indique que les conséquences qui découlent des viols sont entre autres, des lésions du vagin, des déchirures, des transmissions de maladies comme le VIH/SIDA et l’hépatite, des grossesses non désirées, des complications pendant les grossesses du fait que la croissance de l’enfant n’est pas encore à son terme.

Elle dit avoir eu à traiter d’une complication qui a abouti à une intervention chirurgicale de la victime qui n’avait que onze (11) ans. Selon Dr Bambara, l’enfant victime de viol a une perturbation au plan de sa croissance physique. Il pourrait souffrir aussi d’un dysfonctionnement de l’appareil génital. Sur le plan psychologique, l’enfant victime de viol développe un complexe de personnalité ; il aura un complexe d’infériorité parce qu’il ressent la honte et le regard négatif de la société, sa dignité ayant été bafouée. Philippe Somé affirme que les conséquences sont énormes.

Pour lui, les agressions sexuelles et les viols touchent une personne à son intimité et cela est traumatisant. Quelquefois, poursuit-il, il est difficile de dépasser ce choc pour retrouver une attitude équilibrée face à autrui et à la sexualité.

Ce qui nécessite l’aide d’un psychologue pour évacuer progressivement ce choc, dit-il, estime l’inspecteur Léonard Ouédraogo. Il souligne qu’un pays où les viols d’enfants deviennent de plus en plus une pratique, cela voudrait dire que . Son point de vue est conforté par cet exemple donné par Dr Berthe Ouédraogo : Pour la sociologue, Fatoumata Badini, les viols des mineurs ont pour conséquences l’utilisation de l’être humain comme marchandise anonyme, la négation de la personne et la deshumanisation de la sexualité.

“Une difficulté à vie”

L’enfant victime de viol perd la confiance en soi. Maïmouna Zoma fait comprendre qu’un enfant qui ne sait pas d’abord que son organe sexuel a une autre attribution que celle de se soulager et qui se voit brusquement violé, est déstabilisé. L’image qu’il avait de l’adulte devient une image perturbée. Pour elle, la victime sera à la recherche de son identité dont la réponse n’est plus dans la famille. Et s’il n’y a pas d’autres parents de la famille élargie pour récupérer l’enfant victime de viol, poursuit-elle, cela devient une difficulté à vie.

« Le viol est un frein au développement intellectuel et à l’épanouissement de l’enfant qui l’a subi. L’apprentissage est difficile, la concentration l’est également, la confiance en soi est fragilisée et tout cela va jouer négativement sur ses résultats scolaires. ». Tel est le constat de monsieur Philippe Somé. Pour Fatoumata Badini, les violences sexuelles faites aux enfants portent atteinte aux Droits des enfants et à la dignité de l’enfant en tant qu’être humain. Elle cite l’ONG Plan international qui dit que

Violeurs d’enfants, quel profil ?

Les auteurs des violences sexuelles commises sur des enfants proviennent de divers horizons. Dans la société traditionnelle par exemple, explique Fatoumata Badini, . Mais de nos jours, poursuit-elle, . Elle cite aussi les parents incestueux ; ceux qui profitent de leur statut professionnel pour abuser sexuellement des enfants et les acteurs de la chaîne de l’industrie du sexe.

Selon Dr Berthe Ouédraogo, certains violeurs sont des gens qui ont été eux-mêmes violés pendant leur enfance ; et ils reproduisent cela en guise de « thérapie ». Les auteurs de viols d’enfants, selon nos investigations, ce sont également des amis de la famille ; des gens du voisinage ; des enseignants ; des religieux ; des expatriés ; etc. L’inspecteur Léonard Ouédraogo souligne que les exciseuses font partie de la liste des violeurs car l’excision est aussi une forme de violences sexuelles faites aux enfants.

Stratégies des violeurs

En ce qui concerne les stratégies, de sources bien informées, la violence physique et celle psychologique sont les principales armes utilisées par les violeurs. Il y a aussi la séduction verbale ou physique : Il peut s’agir d’un chantage ou d’une tromperie. Le témoignage de cet enfant relaté par Dr Victorine Bambara en atteste : Il a fallu ce cas de blessure de la fillette pour que le violeur soit démasqué, sinon il multiplierait le nombre de victimes et aucune n’en parlerait du fait de sa stratégie d’intimidation.

Dr Berthe Ouédraogo confirme les stratégies des violeurs en citant cet exemple : « Parfois ce sont des gens proches de la famille de l’enfant, qui connaissent bien l’enfant ; avec des appellations : ma chérie, mon mari, une tape sur le dos, on commence à taper sur les fesses, après sur les seins, et ce sont les “tontons”, les “tantis”. (…). Malheureusement, comme le disait un haut-commissaire avec qui j’ai animé une conférence, il y a des “tonton-piments” et des “tanti- piments”. Ce n’est pas tout le monde qui est bon “tonton” ou bonne “tanti” ».

La lutte contre le phénomène

De tous les entretiens que nous avons eu avec les services compétents du ministère en charge de l’Action sociale et de la Solidarité nationale, le plan de lutte se focalise plus sur des interventions en aval. Cela est dû, selon Maïmouna Zoma, au fait que certaines violences sexuelles faites aux enfants passent sous silence. Souvent, même si les parents découvrent que leur enfant a été victime de viol, ajoute-telle, ils préfèrent ne pas en parler. Ils voient en cela une honte pour la famille ou dans le meilleur des cas, ils procèdent à un règlement à l’amiable. Ce genre de comportements ne facilite pas la lutte et l’application des textes, à l’en croire.

Pour l’inspecteur Léonard Ouédraogo, il est très difficile par moment, d’établir le viol et si l’on n’y prend garde on peut accuser des gens à tort et à travers. . poursuit-il. Il rassure que si les faits sont avérés, l’auteur est sanctionné conformément à la loi et selon la gravité. Comment le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale gère-t-elle les cas de violences sexuelles faites aux enfants ? Maïmouna Zoma répond : « …Nous avons mis en place, en collaboration avec l’Association Solidarité jeunes, un projet expérimental de prise en charge des victimes de violences sexuelles.

Cette prise en charge est garantie par un protocole qui fait appel à une intervention médicale, pour évaluer toutes les conséquences que l’enfant a dû subir sur le plan physique, qui nécessitent des réparations et aussi voir si l’enfant n’a pas le VIH/Sida. Il existe aussi une réinsertion, une reprise de la scolarisation si l’enfant avait cessé d’aller à l’école. En 2007, une centaine d’enfants étaient dans cette situation. Il faut souligner que ce n’est pas dans toutes les provinces que nous avons fait cela, c’était un projet expérimental. Nous sommes en train de réfléchir pour rendre applicable ce protocole à tous les niveaux ».

Maïmouna Zoma nous apprend qu’il existe aussi un accompagnement juridique qui est un pan important de la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. _Pour elle, tant que l’auteur n’est pas réprimé, la victime n’est pas tranquille.

Le dernier volet du plan de gestion des victimes mis en place par le ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale est le suivi. Ce suivi consiste à évaluer l’impact des actions entreprises pour la réhabilitation de la victime. Y-a-t-il une réinsertion en faveur des violeurs ? Mme Zoma se montre catégorique : . Elle cite l’article 417 du Code pénal qui prévoit des sanctions allant de cinq (5) à dix (10) ans d’emprisonnement pour le violeur en fonction de la gravité du viol commis.

Mathias Sam, directeur de la Lutte contre la violation des droits humains au ministère de la Promotion des droits humains, rassure que le viol commis sur un mineur est un délit pénal et est assorti de sanctions. En ce qui concerne l’application des textes dans toute leur rigueur, la réalité est tout autre. Le cas suivant qui nous a été rapporté par Mme Zoma en dit long : « Une fillette a été violée par un adulte dans un quartier de Ouagadougou ; l’auteur a été pris en flagrant délit. Il a été déféré suite à une plainte des parents.

Quelques jours après, il a été libéré. Celui-ci narguait la population à sa sortie de prison. » Dr Berthe Ouédraogo raconte qu’un père a violé sa propre fille adolescente. Celle-ci est tombée enceinte et son violeur de père l’a fait avorter. Le père a été condamné à quelques mois d’emprisonnement non pour avoir violé sa fille, mais pour cause d’avortement. Pour elle, cette façon de se comporter ne résout pas le problème de viol. L’enfant dans ce cas est abandonné à lui-même.

Des solutions aux violences sexuelles faites aux enfants

Dr Ouédraogo estime qu’il faut dire le Droit dans toute sa rigueur pour dissuader ceux qui nourrissent l’idée de violer des enfants. En dépit des stratégies de lutte mises en place par les différents services compétents, les viols d’enfants prennent de l’ampleur. Cette persistance du phénomène interpelle les autorités burkinabè à trouver des solutions adéquates afin de réduire, à défaut d’enrayer, toutes les formes de violences sexuelles faites aux enfants au Burkina.

La prévention par la sensibilisation, la punition des auteurs de viols conformément aux textes en vigueur, sont entre autres les solutions proposées par nos sources. Fatoumata Badini souhaite une identification et une codification de toutes les formes de violences sexuelles faites aux enfants au Burkina, et la mise en place d’un organe de suivi de l’application des textes juridiques en la matière.

L’inspecteur Léonard Ouédraogo lance un cri de cœur aux décideurs. Il propose une vulgarisation de l’éducation à la vie familiale. Pour lui, la dynamique organisationnelle et fonctionnelle de la famille est assurée, beaucoup trouveront leur compte, et s’ils trouvent leur compte, en principe, ils doivent être de bons acteurs, même hors de leur famille.

Au-delà de la vulgarisation de l’éducation à la vie familiale, l’inspecteur Léonard Ouédraogo exhorte les Burkinabè à promouvoir les Droits de l’enfant. Dr Berthe Ouédraogo pense qu’il faut d’abord la prévention en donnant à l’enfant la bonne information. Cela veut dire que . Dr Berthe Ouédraogo pense qu’une volonté politique serait d’un appui considérable à la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. Elle propose que les autorités politiques burkinabé mettent en place un numéro vert, accompagné d’une équipe multidisciplinaire.

L’équipe multidisciplinaire devrait être composée d’un agent de santé, un agent de l’action sociale et un agent de la justice, pour que l’enfant victime soit pris en charge de façon globale et complète. , martèle Dr Ouédraogo. Maïmouna Zoma du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale partage son avis. Elle souhaite également la mise en place d’un numéro vert pour dire aux principales victimes qu’elles ont une alternative pour dénoncer les auteurs de viols. Aussi souhaite-t-elle la dénonciation des viols faits aux enfants par le voisinage ou les parents.

Mettre l’accent sur l’éducation

Philippe Somé trouve que lutter contre les pulsions humaines, les comportements déviants et inattendus est difficile, mais pas impossible. Pour lui, ces situations étant des problèmes de la société, les solutions doivent venir d’elle en passant par la famille. La première solution en la matière poursuit-il, . . Fatoumata Badini embouche la même trompette.

De son point de vue, . Pour ce faire, renchérit-elle, . Nadia Nignan du Parlement des enfants pense qu’il faut sensibiliser les enfants et les violeurs. Pour elle, les violeurs doivent se rendre compte du tort qu’ils font aux enfants et impérativement arrêter cela. Il faut que les gens comprennent qu’il y a des lois qui interdisent les violences sexuelles faites aux enfants », conclue-t-elle.

Au ministère de la Promotion des droits humains, l’on pense qu’il faut multiplier les actions de sensibilisation, montrer aux populations les conséquences des violences sexuelles sur les victimes et sanctionner les auteurs conformément à la Loi. Pour monsieur Mathias Sam, il faut mettre l’accent sur la lutte contre la consommation de drogue et autres stupéfiants, car sous l’emprise de la drogue ou des stupéfiants, des gens ont violé des enfants.

Un cri de cœur

Au regard de la persistance des violences sexuelles faites aux enfants au Burkina Faso, un élan national de lutte s’avère nécessaire. Pour Maïmouna Zoma, les adultes ne doivent pas avoir un regard sexuel sur les enfants, mais un regard d’éducateur. , tel est l’appel de Fatoumata Badini.

L’appel de Nadia Nignan du Parlement des enfants est sans ambages. Elle demande aux parents de ne pas faire toujours confiance à certaines personnes qui peuvent faire subir à leurs enfants des violences sexuelles. , martèle Nadia Nignan.

Le psychologue Philippe Somé invite les parents d’enfants victimes de viols à les conduire auprès de psychologues pour une consultation au lieu d’attendre, car le choc subi peut avoir des conséquences dramatiques sur leur vie.

Quant au Dr Victorine Bambara, elle demande aux parents de contrôler les sorties de leurs enfants et d’éviter surtout de les envoyer à une certaine heure de la nuit dans des endroits dangereux, et de réduire si possible leurs absences prolongées de la maison.

« Laisser les enfants à eux-mêmes ouvre les portes aux violences sexuelles et à bien d’autres maux. Et s’il arrivait qu’un enfant soit victime de viol, que les parents le conduisent le plus rapidement possible dans un centre de santé, en collaboration avec la Police, pour que le viol puisse être établi et que l’enfant bénéficie de soins nécessaires » ; tel est son cri de cœur. Les violences sexuelles faites aux enfants existent au Burkina Faso et sont les résultats d’un relâchement des valeurs morales qui gouvernent notre société, de troubles de personnalité et de malaise qui règne au sein de la cellule familiale.

Conséquences : la famille, au lieu d’être un cadre de sécurité pour l’enfant semble devenir pour lui un endroit de crainte, d’incertitude, de rejet et de manque d’amour. Quoiqu’on dise, les enfants ont besoin de protection et non de viols.

Bien que des efforts de lutte soient consentis, le phénomène prend de l’ampleur et de sources dignes de foi, si rien n’est fait, le risque de léguer une société de violence aux générations futures est grand. En cela, les propos de l’inspecteur Léonard Ouédraogo sont interpellateurs : « Les violences sexuelles sont un phénomène qu’il faut combattre et il faut mettre toutes les énergies, les efforts et les moyens pour venir à bout de cette pratique honteuse. Parce que si les enfants sont violentés, nous préparons une société de violence, un monde de violence, ce qui induit un monde sans lendemain.

Quand on veut parler de démocratie, quand on veut parler de liberté, des droits, quand on veut parler de respect des Droits de l’Homme, il faut déjà combattre cette violence faite aux enfants dès la racine. Si nous arrivons à cela, nous allons beaucoup réussir dans les autres activités ».

Daniel KABORE

Sidwaya

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