Bouillon de Culture

La FIAPO à la rentrée scolaire

La deuxième Fête Internationale des Arts Plastiques de Ouagadougou se tiendra du 1er au 30 octobre 2010. Lors de sa première édition tenue l’année dernière, cette manifestation avait investi les lieux culturels de la ville de Ouaga, de ses tableaux et sculptures, pour le bonheur des amoureux de cette forme d’expression artistique qui tient à prendre sa place dans le trafic culturel du "Pays des Hommes Intègres ". La rime en O du sigle, plus qu’un effet de mode, est l’expression d’une ambition, celle de faire rayonner les plasticiens burkinabè et africains (à l’instar des cinéastes), grâce à une magie culinaire dont Ouaga-la-coquette a seule le secret. La notion d’art plastique renferme, rappelons-le, plusieurs éléments qui sont la peinture, la photographie, le photomontage, l’infographie, le collage, l’assemblage, la gravure, la performance, les divers formes de sculpture, etc. Ces multiples formes d’expression découlent de l’appellation elle-même car avec le plastique, on peut à force de modelage, obtenir toutes les formes possibles. D’ailleurs, originellement, l’expression art plastique était liée au modelage tel qu’on le pratique dans la sculpture, la céramique, l’architecture. Comme tout art, l’art plastique est aussi une façon de parler, un mode d’expression. Cependant, le code utilisé par les artistes n’est pas toujours facilement déchiffrable par le public. A trop vouloir comprendre certains tableaux ou sculptures, on se précipiterait sur la boite d’aspirine après. On aime ou on n’aime pas, c’est mieux ! Cependant, puisqu’il est question d’art, il faut un minimum de respect de " l’âme artistique ". Notre confrère Alceny Barry de L’Observateur Paalga dans une récente chronique dont il a seul le secret remarquait qu’on assiste à un engouement de la jeunesse burkinabè dans le domaine de la production de peintures et de sculptures diverses. Toutefois, cette variété multidimensionnelle n’est pas sans poser de problème en matière de rigueur et de sérieux dans la réalisation des objets. Des occasions comme le FIAPO sont nécessaires pour amener à travers une saine émulation les artistes plasticiens locaux à se parfaire. C’est un domaine où l’école ne se fait pas forcement sur des bancs, n’empêche que la craie et le tableau noir peuvent aider à peaufiner le talent inné. Les rendez-vous du donner et du recevoir sont donc important en ces lieux où l’on constate de façon empirique que les autodidactes sont les plus nombreux. Le thème de la prochaine FIPO : " LIBERATION DES MATERIAUX ET DES TECHNIQUES " est une invite à l’innovation et à la créativité. Le prix Elisabeth Mouillé Gouin qui sera délivré par un jury qualifié sera une reconnaissance et surtout un encouragement important dans la vision de ce mécène décédé en 1999. A bon entendeur… à vos marteau et pinceaux !

Par Ludovic O Kibora

Youssouf Tata Cissé
Un dépositaire du savoir endogène


A l’initiative du Centre d’études et de recherche en lettre, sciences humaines et sociale (CERLESHS) avec le soutient financier du Centre d’étude linguistique et historique par la tradition orale de l’Union Africaine (CELTO-UA) Youssouf Tata Cissé a donné une série de deux conférences à l’amphi 4 de l’Université de Ouagadougou le 1er et le 2 juillet dernier. Les thèmes portaient sur : "Quelques récits de la création du monde en Afrique et la Charte du mandé ou l’abolition de l’esclavage" Le conférencier bien connu du monde universitaire est historien, anthropologue et chargé de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) à Paris. Pour le premier thème il a entretenu l’assistance qui était essentiellement étudiant de quelques récits de la création du monde. Pour M. Cissé tous les peuples ont conçu des récits de la création du monde. De l’Egypte antique en passant par la Grèce sans oublier la Bible, tous ont leur conception de la création de l’univers. L’Afrique berceau de l’Humanité et de la Civilisation dans la continuité de la vision égyptienne à aussi ses cosmogonies. Ces choses sont enseignées dans des sociétés spécifiques au Mandé. Ces sociétés selon Youssouf Tata Cissé sont au nombre de 7. Il y a entre autre : le Komo, le Kèbinké, le Domo, le Ton, le kôno, le Nama et le Kôrè. A l’intérieur de chaque société des enseignements foisonnent. Dans la société Africaine précise le conférencier l’éducation l’enseignement et le culte ne sont pas séparés. Il cite un auteur français qui soutenait que : " le nègres était incurablement religieux " Des chants, la connaissance des plantes pour les thérapies humaines, l’union dans la fraternité puisque dans la société malinké tous ceux qui sont nés au cours d’un même septennat sont considérés comme d’une même génération et beaucoup d’autres savoirs sont contenu dans l’apprentissage que véhicule ces sociétés. Sans compter à soutenu Tata Cissé que l’initié doit s’ouvrir à d’autres horizons, comprendre d’autres langues car dit-il : " si on parle la langue de quelqu’un on devient son parent". Le deuxième thème qui a porté sur la Charte du Mandé a permis au traditionaliste Cissé de revenir sur une polémique qui a cours sur l’existence de la charte de Kouroukan Fougan ou sa non existence. Sur ce point Youssouf Tata Cissé dit ne pas avoir connaissance d’une Charte appelé Kouroukan Fougan. Il soutient même qu’il n’existe. Ayant sillonné le Mandé pendant plus de 30ans aucun érudit digne de foi selon lui ne lui a parlé de Kourkan Fougan. Mais la science n’étant pas fermée, c’est une saine polémique qui s’inscrit dans la continuité de la recherche. Parlant de Soundjata il assure qu’il avait horreur des esclavagistes et cette haine vient de sa maman qui lui avait pendant son enfance conseillé qu’au moment venu quand il aura suffisamment de force de ce battre contre l’injustice des esclavagistes car c’est un système avilissant pour l’homme. Quand les chasseurs eurent le pouvoir avec à leur tête Massa Soundjata il édictèrent une charte et menèrent un combat sans merci pour l’abolition de l’esclavage ". Youssouf Tata Cissé est auteur d’une quinzaine de livre dont le plus connu est La grande geste du Mali. Il a par ailleurs bénéficier de l’aide financière de la société commerciale de l’ouest Africain (SCOA) dans les années 1950 pour organiser une série de colloque et de publication sur la tradition orale dans le Mandé.

Merneptah Noufou Zougmoré

Saramaya
Des rythmes exquis pour les mélomanes

Saramaya vous connaissez ? C’est un maquis situé dans le quartier Saint Léon en plein cœur de Ouagadougou. Chaque week-and le groupe Afrique unie (AFUNI) y tient les mélomanes en haleine. Les rythmes en vogue du moment et ceux qui ont fait fureur dans le bon vieux temps sont distillés par l’orchestre. A partir de 22h30 en fin de semaine, les décibels montent et les amoureux de la musique ne se privent pas d’esquisser des pas aux sons des rythmiques enlevées que répandent les musiciens. Il n’est pas rare de voir des couples s’enlacés quand le chanteur entonne une des innombrables romances dont les compositeurs ont le secret. Saramaya est un lieu d’évasion pour les ouagalais qui aiment la belle mélodie et qui après une semaine d’activités harassantes souhaitent se recréer. Jeunes et moins jeunes se retrouvent dans un cadre où le rêve est toujours permis. Dans une Afrique ou presque rien ne se profile à l’horizon pour la génération présente, ça fait du bien d’écouter certaines chansons militantes qui ont soutenu les rêves des aînés. La musique étant un matériau de l’Histoire, des tubes qui évoquent les faits d’un passé de lutte ne laisse personne indifférent. " Balla " et regard sur le passé du Bembeya Jazz en sont des illustrations. Les chansons qui ont occupé le hit parade des années 80 comme " Adjoua" d’un groupe ghanéen ne laisse pas les mélomanes impassibles également. Ils ne se privent pas non plus des morceaux présents. Sekouba Bambino, Soum Bill, Ahmed Smani et bien d’autres œuvres de musiciens du moment exécutés avec maestria arrive à soulever l’enthousiasme des passionnés de la musique. Véritable creuset de la belle mélodie, les rythmes chaloupés des caraïbes à travers Coupé cloué, les compositions des musiciens de la vague yéyé, les rythmes rumba des deux Congo et la musique Afro-cubaine sont inscrits régulièrement dans le répertoire de AFUNI. Il n’est pas rare de voir un client qui sait jouer un instrument sollicité, une guitare ou n’importe lequel des instrument pour une démonstration. Il arrive qu’il se substitue au chanteur pour chanter un air qu’il aime et toutes ces improvisations participent à l’ambiance de Saramaya. Des personnages publics souvent discrets venu participer à l’ambiance bon enfant, sont interpellés par le chanteur pendant l’exécution d’une chanson. Ce qui fait le charme du live. Mountaga Tall et ses musiciens tentent tant bien que mal de ressusciter une pratique qui avait cours à une époque récente, le live dans les bars. Elle avait disparu compte tenu de certaines contingences de la politique nationale. Les jeunes qui n’ont pas vécu cette période faste où on payait pour participer aux surprises parties animées par un orchestre commencent aujourd’hui à s’y plaire. L’exemple du Sport bar au secteur 9 à Gounghin avec l’orchestre les Elites du Faso et de Saramaya à Saint Léon démontre l’intérêt que la jeunesse amateur de musique porte au travail des groupes musicaux. Cet intérêt est accentué quand il s’agit de grands noms de la musique du Burkina. Au Sport bar on a souvent la touche du maestro Amadou Traoré Ballaké qui bien que diminué physiquement par la maladie a conservé sa voix chaude et envoûtante. Cette sommité de la musique Burkinabè ne trahit pas le proverbe mooga qui dit que " le produit pour une thérapie ne finit pas dans sa besace ". A Saramaya c’est l’iconoclaste Mountaga Tall dans la quête permanente de l’excellence musicale qui assure l’ambiance. Diplômé de l’école de Droit de l’Université de Ouagadougou dans les années 80, il aurait pu se retrouver dans une de nos institutions administratives ou financières administratives ou financières. Mais il a préféré se consacrer à sa passion musicale. Sa merveilleuse voix doublée de sa maîtrise de plusieurs langues fait de lui un interprète complet.

Merneptah Noufou Zougmoré

L’homme,
un maillon d’une très longue chaîne

Dans toutes les religions qu’on qualifie de révélées, on soutient que l’être humain est le maître de la création. On insiste pour dire que toute la création a été faite pour lui. C’est pourquoi, il a et le droit et même le devoir de la soumettre. Pour ce qui concerne les religions judaïque et chrétienne en particulier, la chose ne souffre d’aucun doute, on le voit dans la Genèse : en créant Adam dans le jardin d’Eden et en lui procurant Eve comme compagne, Dieu leur dit : "Unissez-vous et multipliez-vous. Remplissez la terre et soumettez-la. …". A partir de ce moment, l’homme a été investi pour compléter la tâche de Dieu en tant que second après lui. Dans ces conditions, l’être humain est un continuateur de l’œuvre divine en tant que son digne héritier. Dans une telle logique, l’homme peut tenter toutes les expériences si tant est qu’il est convaincu que cela peut l’aider à remplir la mission à lui confié. L’homme occidental est devenu entre temps l’adepte principal de la religion chrétienne au point qu’aux temps des Saint Louis, cette religion était devenue dans beaucoup de pays européens une religion d’Etat. Depuis la révolution industrielle réalisée par l’Europe, l’Occidental chrétien a pour lui toutes les raisons d’agir comme il l’a fait depuis : utilisation dispendieuse de toutes les ressources terrestres puisque la terre et tout ce qu’elle contient est sa propriété, extraction à outrance des richesses des sous-sols au risque de les épuiser à brève échéance, perturbation de l’écosystème si cela peut contribuer à son "bonheur", pollution des cours d’eau et des mers détruisant les êtres aquatiques, création d’idées et d’idéologies manifestement en désaccord avec les lois naturelles comme l’approbation et l’instauration de la pédérastie et du mariage des lesbiennes dans de nombreux pays occidentaux, destruction et déshumanisation des pays dits de la "périphérie" ou "sous-développés", dans le seul objectif de disposer de leurs ressources naturelles, etc. La liste macabre des conséquences de la logique des religions dites révélées est longue, longue, longue !
Heureusement que face à cette façon tardive de concevoir les choses dont l’Occident est avec une partie de l’Asie, les principaux initiateurs et bénéficiaires, d’autres façons d’imaginer la création existent, tout à fait en opposition avec cette manière de penser et de vivre générée par ces religions. En effet, et pour prendre le cas précis de l’Afrique, l’homme n’est pas le maître de la création. Il est un maillon d’une chaîne où chaque chose et chaque être est à sa place et se doit de jouer son rôle, rien que son rôle ! Cela ne signifie nullement que l’être humain soit dévalorisé, loin s’en faut. Il ne l’est pas plus que tout autre être ou toute autre chose dans la chaîne de la création. Chacun est indispensable dès lors qu’il occupe une place avec un rôle à lui dévolu. Et c’est parce que chacun joue correctement son rôle que l’ensemble du système se porte bien. Et la création dans son ensemble, au niveau de chaque système micro ou macro, confirme que la façon de penser de l’Afrique est plus proche de la vérité, ou du moins du salut de la création. Que ce soit l’univers dans son immensité, que ce soit le corps humain ou tout autre organisme, cette réalité se trouve toujours validée ! Les choses qu’on pourrait croire à première vue les plus importantes sont toutes menacées lorsque l’une quelconque de celles qu’on pourrait qualifier de mineures se trouve manquante ou défaillante !
Il faut avoir l’intelligence de le soutenir donc : la nature et l’univers n’ont pas été créés pour être mis à la disposition de l’être humain. Il n’est pas assez sage pour cela. "Le porc-épic est mort et voilà d’énormes soucis pour les charognards ", soutient l’adage africain ! L’homme va-t-il devenir intelligent ou allons-nous inexorablement vers le gouffre ? Non ! Al’heure où les dangers issus de la conception d’un homme propriétaire de l’univers deviennent chaque jour plus nombreux et plus menaçants, il faut avoir le courage de soutenir que celle-ci est erronée. Une fois encore, notre salut devrait venir du côté d’idéologies comme celles soutenues par le continent noir, par rapport à la création! Cela est-il étonnant ?
Ce continent n’est-il pas la mère de l’humanité ? Les Mossi du Burkina le disent bien : "Sur le dos de sa mère, de quoi le petit scorpion aurait-il peur ?" !

Par Bétéo D. Nébié
neb_beteo@yahoo.fr

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

2 commentaires pour Bouillon de Culture

  1. Caiçara dit :

    Dommage que Ouagadougou ne soit pas la porte à côté, je serai bien allée voir cette expo. Bon dimanche à vous et merci pour toutes ses infos, bises de caiçara.

  2. KÔRÔ dit :

    c’est vrais ouaga est loin mais vaut largement le voyage pour bien d’autres raisons allez y si vous en avez l’occasion…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s