TAANGA : Butyrospermum parkii ou vitellaria paradoxa, arbre du deuil

Le savon traditionnel, qui est toujours fabriqué avec du beurre de karité, était exclusivement utilisé pour laver les cadavres.
D’autres parties de l’arbre sont utilisées pour les cérémonies de décès. On ne peut pas s’amuser avec les feuilles de karité. C’est le symbole du deuil. Lorsqu’il y a un décès, on utilise les feuilles comme couronne. Une ou deux feuilles suffisent. Cela sert aussi pour les funérailles, en particulier pour le rite du lalbega ou « mur maudit ».
C’est une cérémonie où la première fille du défunt doit s’habiller de feuilles de karité pour passer à travers un trou fait dans le séko qui sert à border la zaka. Même si la clôture est aujourd’hui en banco, on en détruit une partie pour la remplacer par le séko traditionnel. C’est toujours sur le côté gauche, lorsqu’on entre dans la cour. On ouvre un trou, on pose le cadavre à côté, tout le monde doit prêter serment sur le cadavre et passer à travers ce trou, en commençant par la première fille, habillée de feuilles de karité, puis par le premier fils, habillé d’une peau de mouton (qu’il gardera ensuite pour chercher la chefferie, s’il s’agit d’un prince).
Celui qui se soumet à cette cérémonie et n’est pas « honnête » sait qu’il va mourir (par intervention des forces occultes). Autrefois, si un garçon refusait de passer, on le bannissait.

Annie Bruyer cite, pour la région de Zorgho, l’usage du bois de néré ou de karité pour symboliser le cadavre d’une femme. C’est parce que ces deux arbres, comme les femmes, nourrissent les gens. Les cérémonies qui nous ont été décrites pour la région de Ouagadougou n’utilisent pas de simulacre pour le corps du défunt, mais le corps lui-même.

Lorsque les femmes fabriquent le beurre de karité, les hommes ne doivent pas s’approcher. En effet, ces derniers sont toujours susceptibles d’avoir pris un gris-gris. Toute proximité de ce type de produit lié aux forces occultes ferait tourner le beurre.

Epreuve de roar benga. Cette épreuve est utilisée en cas de conflits de terres. Si deux personnes prétendent avoir le droit sur la même terre et qu’aucune solution de règlement à l’amiable n’a été trouvée, on fait subir aux deux adversaires l’épreuve du roar benga. On prend une coque de noix de karité qui symbolisera la marmite. On met une ficelle pour faire comme une anse et on remplit d’eau. On ajoute un haricot (benga). On fait « cuire » le haricot symboliquement, puis on partage le haricot en deux, chacun devant en manger la moitié. Dans les vingt-quatre heures, celui qui était dans son tort commence à avoir des crises, il a mal au ventre, fait des convulsions, et s’il ne demande pas pardon publiquement en reconnaissant ses torts, il meurt. Dans le cas contraire, on fait les sacrifices nécessaires et tout rentre dans l’ordre.

Chez les Nioniose, le problème est réglé par la foudre. Aujourd’hui, le tribunal provincial remplace cette coutume.
La coque de noix de karité est également utilisée comme « marmite » dans certaines pratiques médicinales.
- Si les enfants ont des furoncles (ce qui est assez fréquent), on fait bouillir trois haricots benga s’il s’agit d’un garçon et quatre, s’il s’agit d’une fille dans la coque de noix. Lorsque les haricots sont cuits, on les donne à manger à l’enfant et les furoncles vont disparaître.
- Si une femme accouche et qu’on pense que son lait n’est pas bon pour l’enfant parce qu’il serait trop amer, on prend un peu de son lait, on le fait bouillir dans la coque de noix : si le lait est bon, il déborde. Dans le cas contraire, il « brille comme du beurre » et on n’arrive pas à le faire bouillir, quelle que soit la vigueur du feu.
- Si une femme n’a pas assez de lait, pour savoir si elle va en avoir plus, on en met un peu dans une coque de noix de karité et on jette dedans une fourmi noire (de celles qui piquent). Si la fourmi ne sort pas, c’est que l’hypogalactie est passagère et que cette femme aura beaucoup de lait. En revanche, si la fourmi sort, c’est que le manque de lait est définitif.
Selon certains paysans, le karité supporterait mal la potasse et l’urine des animaux, aussi aurait-il tendance à disparaître là où le troupeau (ovin, caprins ou bovins) est trop important.
D’autre part, il a très mal supporté les épisodes de sécheresse. Celui de 1983 a causé la mort de nombre d’individus situés en légère élévation par rapport à la nappe phréatique. Seuls ont survécu ceux qui étaient dans les dépressions. Il semble également sensible à l’excès d’humidité prolongée. A Sawana, les paysans ont déclaré avoir essayé de l’implanter, mais avoir échoué « à cause des termites ». Nous avons constaté lors des enquêtes que « les termites » étaient incriminées à chaque fois l’endroit était mal drainé. Sawana est à proximité immédiate d’une bancotière, c’est dire que le sol est mal drainé !
Ces deux points pourraient expliquer localement la disparition du parc à karité au profit des Acacia albida. Le karité ne subsistant qu’à la périphérie déprimée des finages, là où le troupeau est plus dispersé, la nappe phréatique plus proche et le sol bien drainé.

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