Pourquoi l’Afrique ne produit pas d’Obama ?

La sortie du Pr Justin Koutaba, ministre Burkinabè de la Jeunesse et des Sports à l’occasion de la journée internationale de la Jeunesse 2010 et le thème de cette journée ‘’Jeunesse, dialogue et compréhension mutuelle’’ m’interpellent à plus d’un titre. Parce que je suis jeune et parce que je suis Africain, d’un continent où la jeunesse est particulièrement marginalisée, ses mérites ignorés ou accaparés et où elle est réduite aux basses besognes.

Un thème d’actualité

Le thème de cette journée sonne d’elle-même comme un mea culpa face au dialogue et à la parole longtemps refusés à la jeunesse. Pourtant Federico Mayor alors secrétaire général de l’UNESCO avait dès les années 90 soulevé cet ennui avec la jeunesse qui était qu’on ne lui donnait jamais la parole et qu’on parlait plus pour elle. En Afrique où une mauvaise compréhension de la tradition est majoritaire, pour un jeune, s’exprimer sur son sort ou quelque sujet est un crime de lèse majesté (même quand il ne s’agit pas de critique) et un acte d’enfant mal éduqué. Comment peut-il y avoir dialogue à fortiori compréhension sans respect et considération mutuels ?

Nelson Mandela a longuement conseillé sur la nécessité du respect et mieux de la confiance mutuels dans une situation de dialogue. Malheureusement même dans les plus hautes sphères internationales, on refuse de donner la parole à la jeunesse. Il nous a été donné la chance de participer au 2ème sommet Panafricain des Jeunes Leaders à Ifrane en août 2005. Si les échanges entre jeunes Africains et des autres continents invités autour des stratégies d’atteinte des OMD avaient été fructueux, la jeunesse est repartie déçue que la déclaration finale soit venue directement de New York et simplement ‘’applaudie’’ (non amendée tant les remarques étaient mal venues dans un temps bizarrement trop restreint) par les jeunes. Des jeunes donc simplement exploités pour quelque dessein médiatique.

Récemment l’actualité mondiale a été largement dominée par le Président Barack Hussein Obama qui a invité la jeunesse et non les dirigeants Africains pour la célébration des indépendances Africaines. Si Obama n’est pas forcement le dirigeant le mieux averti, son geste mérite toutefois d’interpeller les dirigeants sur ce qu’est véritablement la jeunesse. Car la jeunesse, c’est tout simplement l’avenir. Il est clair que lorsque vous apprenez à cette jeunesse l’art des basses besognes, des assassinats, des dangereuses manœuvres politiciennes et de la corruption, une fois adulte, elle ne fera que cela. Barack H. Obama qui, tout homme le plus puissant du monde qu’il soit, reste jeune et à ce titre sujet des jalousies répétées du vieux Silvio Berlusconi – sait que c’est parce qu’il est d’un pays où la jeunesse est écoutée et respectée à la hauteur de ses mérites et non de ses origines familiales et accointances- qu’il a pu accéder à la présidence de la plus puissante nation au monde.

La jeunesse qui représente deux tiers de la population Burkinabè par exemple est, pour répéter le Pr Koutaba, de première importance pour le développement d’un pays. Mais comment peut-elle participer au développement si on ne lui en donne pas l’opportunité ? Même après les meilleures études possibles, il est pratiquement impossible d’avoir le moindre emploi et d’évoluer selon ses mérites sans avoir été ‘’pistonné’’ par la famille ou des amis de clubs. Lorsqu’elle entreprend dans le privé, la jeunesse se heurte à un autre problème Africain : « attends de vieillir ou d’intégrer le système ». Le système de passation des marchés publics dans beaucoup de pays Africains est tel qu’une jeune entreprise (entendez plutôt créée par des ‘’jeunes’’) ne peut presque avoir le moindre marché. Les références demandées sont celles de l’entreprise et non personnelles. Mais messieurs il faut bien commencer pour avoir des références tout de même ! On oublie par là que certains jeunes ont sacrifié des années à travailler pour les adultes et assumé à cet effet des grandes responsabilités mais une fois passés à leurs propres comptes, ils deviennent comme subitement et par miracle ‘’trop jeunes, inexpérimentés, trop pressés’’, etc. Inutile d’espérer du côté des concours et autres compétitions entre entreprises généralement attribués avant même d’être lancés.

RESULTAT : UNE JEUNESSE INTELECTUELLE OBLIGEE DE SE PROSTITUER OU DE ‘’SE CHERCHER LA OU ON LA RESPECTERA A SES MERITES’’

Les jeunes sont-ils toujours aussi fiers d’être Burkinabè ? Certainement non. Un jeune compatriote rentré après de brillantes études en développement sanctionnées par un doctorat n’a pas pu obtenir de poste ni de stage ( !!!) dans la fonction publique Burkinabè, sans doute chacun craignant de mettre en jeu sa place en l’engageant. Le brave jeune homme s’en est allé se faire embaucher facilement à Bercy avant de continuer son brillant parcours à Bretton Woods. Cette anecdote illustre à elle seule le danger qu’il y’a à ignorer les mérites de la jeunesse et le grave préjudice que cela pose au développement même du pays. On ne peut tout de même pas crier à la fuite des cerveaux tout en ignorant ces cerveaux quand ils reviennent ou sont formés sur place.

De plus en plus de jeunes Africains n’hésitent plus de ce fait à s’exiler définitivement après leurs études en France, au Canada ou aux Etats-Unis et à prendre la nationalité de ces pays et nul ne peut les blâmer pour cela. Rappelez moi s’il vous plait qu’on ne doit pas attendre de son pays mais lui donner et quelques autres grandes maximes inaudibles pour un homme affamé. Et revoilà une Afrique sous-développée qui refuse les compétences de développement quand elle les a. Quel paradoxe ? Comme si les pays Africains avaient une grande fierté à rester sous-développés et à profiter éternellement de l’aide au développement qui devient ipso facto fatale, comme l’affirme Dambissa. Moyo dans son best seller the dead help.

Quand elle décide de forcer le destin pour contribuer au développement du pays, la jeunesse Africaine reste confrontée à de nombreux obstacles. Leur emploi s’ils en trouvent, est précaire car ils sont sacrifiés sur l’autel des intérêts de ceux là même qui sont censés les protéger mais qui au lieu de cela, se transforment, ô comble de ridicule et d’injustice, en avocats des patrons véreux et autres licencieurs abusifs. Faute d’en trouver comme c’est généralement le cas, ils sont obligés de se prostituer intellectuellement en faisant la courbette du matin au soir, en adhérant à des partis politiques, des clubs et confessions religieuses dont ils ne partagent pas forcement les idéaux, en devenant les bras armés de basses besognes des hommes politiques, en créant des associations de soutien dont le seul objectif est la courtisanerie et l’espoir de manger un jour à la soupe de la facilité.

Bref pour peu qu’on veuille bien enlever son habit de la morale et de l’honneur, beaucoup de portes restent ouvertes, enfin restaient ouvertes. Le nombre trop élevé et l’ingéniosité des jeunes courtisans sont tels que la compétition devient serrée même à ce niveau. Ce qui ne veut pas dire que la jeunesse doit rester en marge de la vie politique et socio-économique d’un pays mais qu’elle doit y être en tant qu’actrice et non observatrice.

Le sous-développement de l’Afrique est largement dû à son refus de respecter sa jeunesse et de lui inculquer des valeurs de morale et d’ardeur au travail. Et elle perdurera dans ce sous-développement tant qu’elle n’aura pas compris et remédier à cela.

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