Développement local à Lergho : Sita Guinko, l’homme des abeilles et des agoutis

L’apiculture et l’aulacodiculture se pratiquent à Lergho, village situé à 14 km de Garango. Le professeur de botanique à l’Université de Ouagadougou, Sita Guinko en est le promoteur. Ces activités participent à l’amélioration des conditions de vie des populations et au développement local. Visite guidée du centre d’apiculture et celui de l’aulacodiculture de Lergho.

L’élevage des abeilles est l’apiculture ; celui des aulacodes encore appelés agoutis ou kognina en dioula est l’aulacodiculture. Avec passion et parfois un langage teinté de science, le professeur Sita Guinko vous fait voyager dans l’univers des abeilles et celui des aulacodes.

Sur 1,6 ha, le professeur a construit son Centre de production, de formation et de recherche en apiculture (CPFRA). Le CPFRA est destiné à l’organisation et à la formation des apiculteurs traditionnels dans le domaine des techniques modernes de production et de gestion. L’apiculture est une activité utile pour les populations rurales.

Elle lutte contre la pauvreté. « Tout le monde est conscient que la pauvreté ne peut être éradiquée que par des projets de développement combinés à la conservation de l’environnement », a précisé le professeur Sita Guinko. Ainsi, il fait la promotion des méthodes modernes de production apicole ; la pratique traditionnelle ayant des conséquences négatives sur l’environnement.

Pour lui, les techniques traditionnelles de récolte de miel sont très meurtrières. Traditionnellement, les apiculteurs, pour récolter le miel, utilisent le feu. Ils brûlent les abeilles et retirent les gâteaux du miel. Un acte dont la dangerosité est ignorée par les auteurs.

En effet, selon le professeur Guinko, une colonie d’abeilles compte environ 80 mille individus et comporte une seule femelle appelée reine. En période d’intense activité, elle pond un œuf toutes les 45 secondes. De ce fait, en utilisant le feu pour la récolte de miel, on peut tuer l’unique reine et c’est la colonie qui disparaît.

Le CPFRA dispose de matériel et d’un personnel qualifié dans tous les aspects de développement de l’apiculture : conseil, suivi et évaluation des projets de production apicole, recherches, documentation, encadrement des stagiaires, formation de membre et de groupements apicoles.

En effet, plusieurs ruches expérimentales (kenyane, rectangulaire à pointes, à hausse…) sont installées, colonisées et suivies. Le centre a installé 120 ruches disséminées dans la brousse. Le centre encadre des groupements ayant 80 ruches. Il a déjà encadré des élèves ingénieurs des Eaux et forêts ainsi que ceux de l’apiculture des Universités de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso pour des stages de recherche.

Aussi, des apiculteurs traditionnels burkinabè venant des provinces du Houet, de la Comoé, de la Léraba, du Kénédougou, des centres de l’ONG Bornefonden et des départements de Koro et de Bandiagara de la République du Mali y ont déjà suivi des stages de formation. Le miel de Lergho est bien prisé.

Et cela, parce que bien récolté sans déchets ni impureté. « Le miel est produit à partir des extracteurs. Il n’est pas pressé à la main. C’est du miel pur sans cire ni de pollen ; c’est pour cela que le miel de Lergho est bien prisé », affirme le promoteur. Les produits apicoles (miel, cire, pollen) se vendent bien.

Les femmes du groupement djinkoum de Lergho, appuyées par l’ONG Tree Aid améliorent ainsi, leur condition de vie. Le miel est un aliment mais possède aussi des vertus médicamenteuses. La cire est également recherchée par les artistes de bronze et des industriels pour la fabrique de cirage et de bougie. Quant au pollen, il présente des vertus d’acide aminé précieux. Le pollen est recommandé pour les hommes qui souffrent de la prostate.

Conscient que sans arbre il n’y a pas de fleur et de production de miel, le professeur œuvre avec des associations locales au reboisement du Bissakou (pays Bissa). « L’abeille a besoin des fleurs pour pouvoir élaborer les produits dont l’homme a besoin. Aussi, l’abeille favorise la production des fruits des arbres par le transport du pollen », a-t-il montré. Du centre d’apiculture à celui de l’aulacodiculture, il n’y a qu’un pas à franchir. Seule une route les sépare. Le centre de l’aulacodiculture est bâti sur un ha.

Une activité originale

L’aulacode (agouti) est un animal sauvage apprivoisé. On le rencontre dans les pays côtiers, au Burkina dans les fourrés de bordure des cours d’eau. L’élevage des aulacodes au Burkina s’avère être une activité originale. Le professeur a réussi à créer un centre d’aulacodiculture avec cinq aulacodes importés du Bénin. Actuellement, le centre possède une quarantaine mais il eut des moments où il pouvait comptabiliser des centaines. Dans son centre, des enclos compartimentés sont construits. Un enclos est destiné à un mâle et quatre femelles. Il y a deux mises bas par femelle et par an.

Par portée, il y a en moyenne 4 à 7 petits. Pour le professeur, Sita Guinko, la vulgarisation de l’élevage des aulacodes au Burkina Faso à partir des géniteurs importés du Bénin en est à ses débuts. Il n’existe pas encore de marché à aulacode vivant comme on le voit pour les bovins, les ovins et la volaille. Le marché est encore ouvert et l’offre ne satisfait pas la demande aussi bien pour l’élevage que pour la consommation de la viande dans les grands hôtels des villes. « Rien ne se perd dans l’aulacode. La chair est succulente, consommée de préférence après fumage.

Les poils améliorent par réchauffement, l’éclosion des œufs en couvaison. Les intestins sont consommés avec leur contenu ; le contenu des intestins, fermenté, serait utilisé par les Baoulé comme du soumbala », a indiqué le professeur de botanique. L’aulacoderie de Lergho est en mesure de vendre des aulacodes reproducteurs à un coût de soixante quinze mille (75 000) F CFA par groupe de cinq, soit 15 000 F CFA par tête.

L’élevage des agoutis exige un minimum de connaissance. « Il est indiqué qu’avant toute acquisition de reproducteurs, la construction d’un ou de plusieurs enclos à double compartiments et la formation pratique de la personne qui sera chargée de l’entretien des aulacodes », conseille M. Guinko. Leur nourriture est constituée essentiellement de fourrage (herbe de bas-fond, tige de riz).

Pour l’entretien de ces animaux, le centre de Lergho dispose de deux techniciens formateurs formés au Bénin. La formation dans le centre d’élevage de Lergho s’étale sur sept (7) jours au coût de 52 500 F CFA par personne. Toutes les infrastructures des deux centres ont coûté environ 50 millions de F CFA au professeur Sita Guinko, mordu de botanique.

Boureima SANGA (bsanga2003@yahoo.fr)

Sidwaya

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