Nord-Niger : Les prémices d’une talibanisation ?

“Désormais les uniformes et les concerts lors des événements heureux sont interdits dans la région de l’Aïr”. Telle serait une mesure prise par le sultan d’Agadez et applicable sur l’ensemble du territoire qui est soumis à son autorité.

On serait tenté d’applaudir cette décision de ce chef religieux de l’une des villes les plus importantes de ce pays, connue pour son rôle commercial et ses sites touristiques qui attirent les Occidentaux.

Les fêtes, c’est connu, constituent des opportunités de ripaille et de gaspillage. Et il est aberrant de continuer avec ces pratiques dans le contexte nigérien marqué par la famine et les conséquences des inondations qui ont fait des milliers de victimes, obligeant l’Etat à tendre la sébile, comme un mendiant, pour solliciter l’aide étrangère.

Or, comme ledit l’adage, celui qui dort sur la natte d’autrui dort par terre ; pour donc sortir de la situation de pays assisté, les hommes politiques comme les populations doivent changer de comportement en optant pour une gestion rationnelle des ressources sur les plans individuel et collectif. Partant de ce postulat, on ne peut que se féliciter de l’acte courageux du sultan d’Agadez, qui impose à ses administrés la culture de la modestie et de l’économie des ressources.

A y voir de près, c’est ce souci qui a guidé l’Eglise catholique au Burkina Faso à fixer une date pour les funérailles chrétiennes. Cela a l’avantage de réduire les budgets familiaux consacrés à cet événement. Les églises protestantes, elles, tentent depuis ces dernières années de convaincre leurs fidèles d’éviter les dépenses somptueuses pendant les cérémonies de fiançailles connues sous le nom de “PPS”, qui prennent de nos jours des allures de mariage avant l’heure.

Dans l’absolu, il n’y a donc rien à dire de cette fatwa du souverain d’Agadez. Cela dit, le sultan, pour être conséquent avec lui-même, aurait dû aller plus loin dans sa volonté de réduire les dépenses, en légiférant aussi sur la dot, qui constitue un casse-tête chinois au Niger.

En effet, pendant que dans la région de l’Est du Burkina Faso, frontalière du pays d’Amani Diori, on peut convoler en justes noces avec une femme en versant la modique somme de 2 500 F CFA, de l’autre côté, il faut débourser plus d’un million de F CFA pour obtenir la main d’une gonzesse ; une cagnotte qui n’est pas à la portée de tous, surtout des jeunes, en proie au chômage.

On a l’impression que le mariage est un fond de commerce comme l’a si bien dit dans une chanson la célèbre artiste-musicienne malienne Oumou Sangaré. S’il faut vider tout son grenier pour rompre avec le célibat, très peu hésiteront à franchir le pas s’ils ne sont pas bien nantis financièrement.

Pourtant, en bon chef religieux musulman, il sait mieux que quiconque que le montant de la dot en islam est raisonnable. Ainsi, l’acte révolutionnaire du sultan d’Agadez est, comme on dit trivialement, bon, mais c’est pas arrivé.

Au-delà de ce fait, il faut craindre que ces interdictions des fêtes somptueuses ne constituent la première salve de mesures tendant à “talibaniser” cette région du Nord-Niger.

En Afghanistan, les Talibans ont commencé par interdire le cinéma puis ont sorti une armada de lois répressives pour finir par installer un islam radical. Quand on sait qu’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI) écume cette partie du pays, plus est proche du Nigeria réputé pour ses extrémistes religieux, on peut légitimement s’inquiéter des décisions prises par le sultan, qui peuvent cacher des intentions de soumettre les populations à l’islam fondamentaliste.

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur Paalga

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