Soma Koné, président de l’Association des anciens combattants burkinabè : “En service, le militaire tire le diable par la queue, à la retraite, il ne voit presque plus cette queue”

Commandant d’aviation à la retraite, Soma Koné est l’actuel président de l’Association unique des anciens combattants, des anciens militaires, veuves, orphelins et victimes de guerre du Burkina Faso (AU.AC.AM-VOVG.BF). L’homme à la chevelure et à la barbe totalement blanches, reste toujours solide. Son secret, il nous le confie dans cette interview. En effet, l’alcool, le tabac, la cola sont écartés d’office de son régime alimentaire. Bien avant, commandant Koné se prononce sur la question de la revalorisation des pensions des anciens combattants africains, la situation des anciens combattants et militaires burkinabè, etc.

 

Sidwaya (S.) : Depuis quand assumez-vous les responsabilités de président de l’Association unique des anciens combattants, anciens militaires, veuves, orphelins et victimes de guerre du Burkina Faso ?

Soma Koné (S.K.) : En 2009, lors d’une assemblée générale ordinaire statutaire, j’ai été confirmé président de cette structure. Donc, cela fait exactement un an que je suis président de l’Association. J’étais depuis 2007, vice-président du défunt président, Mamadou Sanfo.

S. : Le président français, Nicolas Sarkozy, a déclaré en juillet dernier que les pensions des anciens combattants africains seront alignées à celles de leurs frères d’armes de l’Hexagone. Comment appréciez-vous cette décision ?

S.K. : La décision du président français entendue le 14 juillet dernier nous a fait plaisir parce que c’est ce que nous l’attendons depuis longtemps. Et comme chez nous un adage dit souvent que "mieux vaut tard que jamais", nous saluons la décision de Nicolas Sarkozy.

Seulement, nous souhaiterions qu’elle soit rapidement mise en exécution, au plus tard au premier trimestre de 2011. Si nos anciens combattants qui se sont battus en Europe pour la libération de la France peuvent toucher les mêmes pensions que leurs frères français, vraiment c’est une bonne chose. Car sur le terrain de combat, les balles ne faisaient pas de distinction entre Blancs et Noirs.

Et vous les jeunes, vous ne savez pas que les anciens combattants africains étaient mis au devant des troupes. Je ne dirais pas qu’on se servait d’eux comme une chair à canon, mais ils étaient très souvent placés en première ligne. Les Blancs pensaient que ces gens ne mourraient pas. Donc aujourd’hui, si les pensions peuvent être alignées, vraiment c’est une justice. Maintenant que leur paiement soit tardive ou pas, nous souhaitons que la mesure soit mise en exécution avant avril de l’année prochaine.

S. : Dans les faits, comment cela va se passer concrètement ?

S.K. : Concrètement, nous pensions qu’un sergent africain (voltaïque par exemple) qui a servi dans l’armée française, engagé dans la Deuxième guerre mondiale (1939-1945) ou les guerres d’Algérie et d’Indochine, touche la même chose qu’un sergent français. Cela contribuera à améliorer ses conditions de vie et celles de sa famille également. Nous pensons que sincèrement, ça peut être un bol d’oxygène de plus pour aider ces gens à terminer le reste de leur vie.

S. : Vous souhaitez voir d’ici au premier trimestre de 2011 au plus tard, l’application effective de cette mesure. Est-ce à dire qu’il n’y a pas d’échéance précise pour le paiement desdites pensions ?

S.K. : A propos d’échéance, nous n’avons pas toutes les informations nécessaires. Nous avons entendu la déclaration comme tout le monde. Officiellement, nous n’avons reçu aucun papier avec des détails. Notre souhait est que le premier trimestre de 2011 ne passe sans qu’il n’y ait aucun effet positif. Si d’ici au mois de mars 2011 cet alignement est effectif, nous serons heureux. Et c’est à ce moment que nous dirons bravo à la France qui aurait tenu parole.

S. : Les ayants-droit des anciens combattants sont-il concernés par cette mesure ?

S.K. : Quand on parle des ayants-droit, c’est essentiellement les veuves. C’est une pension de reversion qui est accordée à chacune d’elle. C’est la pension qui continue toujours, mais sous une autre forme. Donc, l’ajustement doit concerner cette pension de reversion. De ce côté, il n’y aura pas de problème, normalement c’est automatique.

S. : Quel est le nombre d’anciens combattants burkinabè qui pourrait bénéficier de ces pensions réajustées ?

S.K. : Aujourd’hui, quand on parle d’anciens combattants, c’est surtout ceux qui ont fait l’armée coloniale (française). Au Burkina, nous estimons le nombre actuellement entre mille (1000) et mille cinq cents (1500) anciens combattants vivants. Seulement, nous avons un autre chiffre qui peut vous intéresser. C’est ce que la paierie de France paie aujourd’hui comme pension française de reversion y comprise. Il y en a 5780 anciens combattants et ayants-droit au Burkina.

Il y a aujourd’hui plus de veuves que d’anciens combattants vivants. Mais l’ensemble fait 5780 pensions françaises dans notre pays. Globalement, au sortir de la dernière guerre (39-45) et peut-être même les guerres d’Algérie et d’Indochine, il y avait environ cinquante mille (50 000) anciens combattants voltaïques. Aujourd’hui, il n’y a que 5780 pensions qui sont payées. Si la décision de Sarkozy tarde à être appliquée, il y aura des gens qui mourront sans pouvoir bénéficier de ces pensions.

S. : Comment êtes-vous organisés au sein de votre structure ?

S.K. : Nous avons un bureau national et des bureaux provinciaux. Il y aurait normalement 45 bureaux provinciaux. Il devrait avoir également des bureaux départementaux, mais il se trouve que tous les départements ne sont pas encore intéressés. Nous tenons une assemblée générale ordinaire une fois par an. D’ailleurs, je vous informe que cette année, elle se tiendra les 21, 22 et 23 août à Bobo-Dioulasso et s’inscrit dans le cadre des festivités du cinquantenaire, histoire d’aller mobiliser les gens sur le terrain d’abord. Vous y êtes invités.

On va discuter de la déclaration du président français à propos des pensions au cours de la rencontre. C’est certainement un sujet qui va nous "enflammer" là-bas. Il y a des provinces où les anciens combattants ne sont pas plus de dix (10). Dans d’autres provinces comme l’Oudalan dans le Sahel, ils sont deux ou trois dans certains endroits. Donc, ils ne peuvent pas monter un bureau.

S. : Quelles sont les activités particulières que vous menez au sein de votre association ?

S.K. : On a fait un reboisement, on procède à des distributions de vivres à nos camarades nécessiteux. On a fait également des visites médicales gratuites et des dons de médicaments aux anciens combattants. De plus, on a prévu avant la fin de l’année, des opérations de soin de cataractes aux camarades ayant perdu la vue. On participe aussi aux défilés, aux prises d’armes l’armée.

L’année dernière, on a réussi à organiser un arbre de Noël pour les orphelins de nos anciens combattants. Il y avait surtout des petits et arrière-petits-fils d’anciens combattants. Les orphelins eux-mêmes sont majeurs maintenant.

Donc, on fait de petites activités pour rassembler nos éléments. Par exemple, on a perdu un des nôtres en 2008 qui était allé à la retraite en 1953. Il a été sergent dans l’armée française. C’est dire qu’il a fait 55 ans de retraite. Un autre est décédé récemment à 94 ans. Il est né en 1916 à Rambo aux environs de Ouahigouya dans la région du Nord. Quand nous y étions pour l’enterrement, on nous a signalé qu’il y en a un à Gourcy, âgé de plus de 100 ans.

Sincèrement, si on pouvait tout faire pour découvrir ce monsieur, non seulement ça nous fera plaisir, mais aussi à l’ambassade de France qui nous avait demandé de tout faire pour retrouver nos vieux qui sont encore vivants. Le plus souvent, ces anciens combattants cachés dans la nature ne savent pas qu’ils peuvent s’adresser à nous. De notre côté, nous ne savons pas où ils sont. L’un dans l’autre, on est coincé. On souhaiterait que les hommes de presse créent des rubriques afin de nous aider à retrouver ces gens.

S. : Quelle(s) relation (s) entretenez-vous avec l’Association nationale des retraités du Burkina Faso (ANRBF).

S.K. : En fait, il n’y a pas une grande différence entre notre association et l’ANRBF. La seule nuance est que les retraités militaires peuvent prendre une carte de retraité civile du fait que le militaire à la retraite regagne la vie civile d’une façon ou d’une autre. Par contre, les civils ne peuvent pas être membres de notre structure. Après tout, on mène beaucoup d’activités ensemble.

S. : Les anciens combattants et militaires à la retraite sont-ils tous affiliés à la CARFO ?

S.K. : Les anciens combattants ne sont pas affiliés à la CARFO, mais les militaires à la retraite le sont. Cela s’explique par le fait que les anciens combattants sont payés par la paierie de France. Mais, les anciens combattants qui, en plus de la pension française, bénéficient d’une pension militaire du Burkina sont affiliés à la CARFO. C’est-à-dire que la CARFO ne gère que ceux qui ont la pension burkinabè (ou voltaïque).

S. : Est-il aisé d’être un militaire à la retraite ?

S.K. : Non. Pour la simple raison que les pensions ne suffisent pas. Je ne sais pas comment elles sont calculées, mais quand on passe de l’activité à la retraite, l’avoir est presque sectionné en deux.

Si déjà en activité on tire le diable par la queue, à la retraite on ne voit même plus cette queue. Moi je suis commandant-pilote à l’armée de l’air à la retraite. Ma seule chance est que je ne fume pas, ne bois pas, ne chique pas et ne croque pas. Je peux passer un mois sans 200 F CFA en poche, mais ça ne me dit rien. J’estime que c’est ce qui fait que je suis toujours en forme malgré mon âge. C’est vraiment un don de Dieu pour un militaire. J’ai fait 35 ans de service dans l’armée.

Je suggère que les pensions soient revues à la hausse. Surtout à la retraite, la charge militaire qui est un avantage pour lui quand il est en activité, est amputée. Si on ne s’en sort pas avec un salaire mensuel, ce n’est pas celui versé trimestriellement qui pourra résoudre les problèmes. Vous comprenez un peu le calvaire de bon nombre de gens à la retraite.

S. : Avez-vous souvent la nostalgie des champs de bataille ?

S.K. : La nostalgie, je n’en ai pas assez. J’étais pilote et quand vous sentez des balles passées à côté des ailes de l’avion, il faut vite atterrir, sinon l’avion prend feu. Ceux qui ont la nostalgie ne sont pas très nombreux et c’est peut-être ceux qui n’ont pas combattu sur le terrain.

S. : Percevez-vous néanmoins régulièrement votre pension ?

S.K. : La plupart des anciens combattants perçoivent régulièrement la pension. Malheureusement, dans certains endroits, les pensions sont volées. Je ne citerai pas de nom, mais le plus souvent, elles n’arrivent pas à leurs destinataires.

C’est vraiment dommage. En effet, il y a des parents qui viennent prendre les pensions par procuration et le vieux ou la vieille, resté au village, ne perçoit aucun copec. Il y en a aussi qui touchent les pensions et ne les reversent pas intégralement aux intéressés. C’est même un réseau bien organisé qui s’adonne à cette sale besogne. Le phénomène perdure parce que si les voleurs remettent les pensions actuellement à leurs bénéficiaires, ils seront découverts. Raison pour laquelle, ils continuent de détourner les pensions. Nous voulons que la presse nous aide à dénoncer cela.

Interview réalisée par Alban KINI (alban_kini@yahoo.fr) et Ouamtinga Michel ILBOUDO

Sidwaya

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