Maître Hermann Yaméogo, président de l’UNDD : « L’article 37 pourrait être le Waterloo de Blaise »

Hermann Yaméogo. Avant, il n’avait qu’un prénom. Depuis, il s’est fait un nom… en politique. Homme politique avisé et retors s’il en est, le président de l’Union nationale pour la démocratie et le développement (UNDD) s’est fait, au fil du temps et à force de stratégies, d’arguments, de pratique du terrain, une carapace d’homme d’Etat. Salué pour son génie par ses partisans et des admirateurs tout acquis à sa cause, voué aux gémonies par des contempteurs non négligeables, à 62 ans – il est né le 27 août 1948 -, l’homme en a sans aucun doute connu des vertes et des pas mûres. Fin stratège, il semble être l’un des rares hommes politiques burkinabè à pouvoir encore causer quelques soucis au pouvoir en place à Ouagadougou.

Est-ce pour cela que ses quelques faits et gestes ne laissent personne indifférent ? Ces derniers temps, nous avons vu des membres de l’UNDD aux côtés du parti au pouvoir. Ce qui a laissé plus d’une personne perplexe. Hermann Yaméogo aurait-il rejoint le pouvoir ?

C’est, entre autres, la réponse à cette question que nous avons voulu avoir en rencontrant le président de l’UNDD le mercredi 11 août dernier à son domicile.

Vous étiez à Abidjan, récemment, après plusieurs années d’absence. Au regard de ce que vous avez vu et entendu, pensez-vous que la date du 31 octobre pour la présidentielle sera respectée cette fois-ci ?

Il y a la volonté des responsables rencontrés d’aller aux élections d’ici la fin de l’année. Ce sentiment est loin d’avoir été démenti par le représentant du Facilitateur, Boureima Badini, à qui j’ai rendu visite. On a aussi avancé dans le dialogue interne, le contrôle des listes, permettant à la CEI de proposer une date validée par le Gouvernement. Maintenant, je ne suis pas de ceux qui cultivent un fétichisme de la date quand les conditions d’équité, de transparence électorale ne s’y prêtent pas, et que surtout le pays fait face à des fractures nationales graves, non encore résorbées.

Ce que vous relevez suffit-il à garantir la tenue de l’élection à due date ?

A la Facilitation, aux partenaires, d’aider à la réinstallation de la Côte d’Ivoire dans tous ses attributs de souveraineté pour aller à des élections propres : l’Accord politique de Ouagadougou le veut. L’ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne en Côte d’Ivoire, S.E. Thierry Saint Maurice, en promettant l’aide de l’Union à la finalisation du contentieux et du désarmement, montre qu’il y a espoir. En plus, il dépollue quelque peu le débat sur les élections en mettant l’accent sur les questions techniques de fond. Ça nous change un peu de l’ordinaire.

Comparé à ce qui se passe chez notre voisin, comment jugez-vous la situation électorale au Burkina Faso ?

Lamentable. Nous n’avons pas une loi électorale digne de ce nom, ni de fichier électoral fiable. La désespérance en la démocratie grandit, d’où ces inscriptions catastrophiques pour un pays qui a grandement bâti sa réputation sur des élections pacifiées (régulièrement tenues dans le cadre d’institutions stabilisées depuis 20 ans), et qui fait alentour commerce de son expertise démocratique.

Et la situation nationale d’ensemble ?

Le pays vit des crises plus ou moins larvées, plus ou moins déclarées. Au plan économique et social, la majorité des Burkinabè vous déclineront sévèrement ce qu’ils vivent au quotidien. Et sur bien de lèvres, on dénonce la gestion prébendaire en cours, la fortification de citadelles financières personnelles au détriment d’une politique de redistribution et d’appui dignes de ce nom aux secteurs sociaux.

Ça fait monter la colère et des instincts de prédation. Ajoutez-y ces tangages de la gouvernance, dus notamment à la déspécialisation des organes institués qui génère une confusion des rôles, et la crise de gouvernance vous apparaîtra comme une évidence. Mais elle se signale déjà dans cette rupture d’harmonie au sein de la famille gouvernante qui, seule, suffirait à justifier les plus grandes inquiétudes. L’Histoire regorge à cet égard d’exemples édifiants !

A quoi faites-vous allusion quand vous parlez de rupture d’harmonie au sein de la famille gouvernante ? Pensez-vous par exemple à la contradiction entre partisans de l’utilisation ou non, pour voter, des actes de naissance ?

J’y pense entre autres, en soulignant certes que l’Histoire encore une fois nous a donné raison, comme à Salif Diallo du reste, mais en regrettant surtout que nous en soyons arrivés là. A ce stade où dans une même famille politique, deux clans s’étripent ainsi, sans pudeur. Il aurait suffi, comme nous le préconisions, de se donner le temps de faire des réformes d’autant qu’elles se révélaient urgentes au regard de notre passé électoral et, plus encore, de nos facilitations extérieures, pour éviter ce triste spectacle.

Et votre parti, l’UNDD, comment se porte-t-il dans tout cela ? Nous n’avons pas opté pour la manière la plus peinarde de faire la politique, avançant masqués et nous gardant de tout effet de vague. Mais nous sommes toujours là, en dépit de tout, réactifs, prospectifs, encaissants, et plutôt confiants d’être, sans nous disperser inutilement, toujours au nombre des référents qui comptent dans le pays. C’est à cela aussi que se jauge la santé d’un parti.

Racontez-nous une journée ordinaire d’Hermann Yaméogo.

Les heures s’égrènent, invariablement marquées dès 5 heures 30 par l’écoute des informations (le tennis quand je suis à Koudougou), la lecture des journaux, puis c’est la réunion politique non-stop ponctuée par les commentaires, échanges, analyses avec les responsables et militants sur les questions nationales et internationales, les audiences, les recherches sur Internet, les coups de téléphone, les correspondances et autres écrits… C’est la politique du lever au coucher, souvent le coucher en étant même sollicité. C’est comme ça depuis longtemps.

Pouvez-vous nous parler de vos partenaires de la Refondation, (Soumane Touré, Ram Ouédraogo, Alain Zoubga) ?

Je peux vous parler de tous mes partenaires de la Refondation tant, depuis plus de 2 ans que nous cheminons ensemble, nous avons développé de solides liens qui nous renforcent dans la conviction que nous avons vu juste en nous enrôlant dans cette Refondation. Lorsque j’approche par exemple un homme comme Soumane Touré qui sait vivre ses convictions au point de mettre en péril, pour les servir, sa liberté et même sa vie, j’éprouve instinctivement de la considération pour lui.

Quand parfois il évoque certains fiers-à-bras qui encombrent notre espace politique, et dont, comme il dit, les « CV de bandit » sont maigres à faire pleurer de rire par rapport aux nôtres, je m’en amuse franchement et apprécie la comparaison humoristique car, des défis, des tourments politiques assumés, des emprisonnements vécus pour défendre des idées, j’en ai aussi vécus, même à un niveau moindre que lui. C’est pour cela qu’on sait compter l’un sur l’autre pour de grandes luttes comme celles que nous avons menées pour les réformes post-Sapouy.

Ram Ouédraogo, c’est la capacité de forcer les préventions pour défendre des causes justes, de reconnaître que l’erreur est inhérente à l’action humaine en général comme à celle politique en particulier ; c’est le flegme devant le venin des petits. Quand je lui rends visite pour lui proposer certaines réflexions et que je me rends compte qu’il les a déjà soumises aux instances de son parti, je me félicite de cette parenté dans l’anticipation.

Alain Zoubga, c’est le « Parent », fier, qui, dans ses postures parfois frontales sur certaines questions, dégage un humanisme qui me plaît, un souci de vérité et de l’intérêt général dans lequel je me reconnais. Nous sommes au fond deux progressistes au moule différent, qui se retrouvent après bien de chemins de traverse.

Mais, Diallo, j’aurais pu, encore une fois sur le même ton, vous parler de tous les autres partenaires qui animent la Refondation, avec qui nous avons prouvé qu’on peut venir d’horizons les plus divers, avoir les caractères les plus trempés, et se retrouver soudés, sans problème d’ego, autour d’objectifs d’intérêts nationaux.

Nous avons vu récemment des membres de l’UNDD aux côtés du parti au pouvoir :
- participation aux activités de la FEDAP/BC à Koudougou
- message de l’UNDD aux congressistes du CDP à la maison du Peuple. Y a-t-il rapprochement ou entente cordiale entre le pouvoir et vous ?

Quand bien même cela serait, en quoi serions-nous en porte-à-faux avec la démocratie consensuelle que nous avons toujours prônée ? Nous ne sommes pas prisonniers des concepts qui ont servi à l’échafaudage de la démocratie quand celle-ci, c’est un constat général, demande à être repensée. Le rapprochement ou l’entente entre deux partis, même de la Majorité et de l’Opposition, n’est pas en soi un mal absolu.

Tout dépend des conditions. En France, au Sénégal…, il y en a eu ; nous en avons, nous aussi, connu à plusieurs reprises au Faso. Au Zimbabwe, au Kenya, au Togo…, il en existe actuellement. Aux USA, Obama s’y efforce. Les défis auxquels nous faisons face aujourd’hui peuvent encore nous y conduire.

Votre présence aux manifestations suscitées en est-elle le signe ?

Pas d’amalgame. La FEDAP/BC et le CDP nous ont conviés à leurs manifestations, pas en tant qu’acteurs mais en qualité d’invités et d’opposants. Nous avons répondu favorablement avec des messages pertinents. Ça s’arrête là.

Les raccourcis qui font florès nous laissent froids. Nous ne conduisons pas nos politiques, conditionnés par la dictature des mots ni même des opinions quelles qu’elles soient. Si demain, de tels rapprochements devaient se faire, nous en déciderions souverainement en le faisant connaître sans état d’âme. Ce qui ne nous empêche pas de remercier ici la FEDAP/BC et le CDP pour leurs invitations ; c’est aussi par de tels gestes qu’on force les sectarismes, les conservatismes pour ouvrir la voie aux réformes.

Mais tout de même, ne craignez-vous pas que le pouvoir et vos adversaires de tout bord ne tentent d’exploiter cela contre vous ?

Nous ne sommes pas dupes, ni par rapport au pouvoir, ni par rapport à ceux que vous qualifiez d’adversaires de tout bord ou même de ces innocents qui consomment l’information avec paresse, sans esprit critique même quand, spécieuse et réductrice, elle ramène toute ambition politique au Parc de Ziniaré. Nous avons ici, comme nous le faisons toujours, calculé les risques, et nous ne pensons pas, loin de là, avoir perdu au change en affichant nos convictions à ces deux manifestations.

La preuve, voyez comment nous faisons la Une. Il y en a qui croient que c’est en nous couvrant le plus de crottin que le peuple nous vomira à jamais en leur faveur, quand d’autres s’en amusent, pensant avoir trouvé la petite diversion à quelque souci du moment. Mais on ne réalise pas qu’en tenant ainsi la tête d’affiche (non sans panache), nous nous affirmons en tant que parti incontournable.

Ils n’y pensent pas, tous ceux-là ! Ram, en homme de l’art, y reconnaît une véritable « leçon de marketing politique ». Pour finir, nous inviter au « parc animalier de Ziniaré », ce serait accepter d’en assumer les risques et les périls. Les Burkinabè qui en ont tant sur la patate en auraient pour leur compte en termes de rugissements et de griffures pour faire sortir le parc de son sommeil !

Tout ça, c’est joliment dit. En plus, vous êtes imbattable dans la création des concepts. Après la démocratie consensuelle, internalisée, le Tékré, le refus fondateur ; voilà le pacte transversal. N’êtes-vous pas plus dans le monde des idées que sur le vrai terrain politique ?

Je ne vous apprendrai rien en rappelant que l’utopie est la mère féconde de l’action et que, bien souvent, des actions qui ne sont pas mûries par la sève des idées débouchent sur l’irréparable. Ceci dit, comment peut-on être absent du terrain politique quand, depuis tant d’années, nombre de ces idées y alimentent les débats et débouchent, qui plus est, sur des actions concrètes ?

Votre refus de participer à la présidentielle tient-il toujours ?

Les choses depuis 2005 n’ayant pas varié jusqu’à ce jour, oui.

Quelle serait votre attitude si le pouvoir vous proposait des postes alléchants ?

Nous n’avons jamais considéré la participation à un gouvernement en termes de « cale », de « godé » même si la question alimentaire embrume beaucoup d’esprits et en amène malheureusement à la réduire à cette seule exigence de la « panse ». Grâce à Dieu, je ne crève pas la « dalle » et n’ai pas développé de dépendance vis-à-vis des attributs et autres avantages que confère le pouvoir.

Si des adversaires politiques peuvent à l’occasion m’accorder considération, cela y contribue, j’en suis persuadé. A supposer que, demain, une participation à la mise en œuvre de la Refondation ou de réformes structurelles se pose (même si je ne serai pas au nombre des ministrables), le parti avisera, en fonction de l’intérêt général, et sur la base d’un contrat d’objectifs comme il l’a toujours fait.

Quelle que soit la formule, êtes-vous toujours contre une modification constitutionnelle qui maintiendrait Blaise Compaoré au pouvoir après 2015 ?

Il ne suffit pas d’être contre, encore faudrait-il pour cela avoir les moyens, le flair, le courage de l’assumer à travers des stratégies conséquentes. Ce n’était visiblement pas le cas pour tous ceux qui ont tenté d’embarquer les Burkinabè dans la campagne de 2015, persuadés qu’à cette échéance, Blaise Compaoré, pour des raisons de lassitude ou de fidélité à la Constitution…, ne briguerait plus de mandat.

Nous avions dit et redit qu’il ne fallait pas croire tout ce qui se disait ni vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, prévenant que l’alternance ne tomberait pas comme un fruit mûr en 2015 sans un travail unitaire pour sa maturation. Vous voyez, le temps ne nous aura pas fait mentir.

Il n’y a donc plus rien à faire pour empêcher la modification de la Constitution et le maintien de Blaise Compaoré après 2015 ?

A peuple décidé à assumer sa destinée, rien d’impossible : celui de Côte d’Ivoire l’a héroïquement démontré. Mais je dois avant tout recadrer votre question. D’abord, une Constitution n’est pas œuvre éternelle : elle est élaborée en fonction des réalités du moment, qui, parce qu’elles évoluent, doivent être répercutées dans la loi fondamentale.

C’est pour cela qu’après 20 ans de vie nous ne cessons de demander qu’on révise notre Constitution pour procéder à de nécessaires réajustements et donner notamment de meilleures attèles à la limitation du mandat présidentiel. Ensuite, le combat politique que nous menons n’est pas subjectif, ciblant une personne, fût-elle Blaise Compaoré, mais objectivé, reposant sur des principes, des idées.

A ce sujet, je n’aurais personnellement aucun problème à m’accommoder d’un système démocratique fonctionnant dans le cadre de la non-limitation des mandats si, en contrepartie, il y avait une conscience civique et démocratique partagée par tous, qui force le respect de la transparence, de l’alternance, des principes démocratiques, de la sacralité de la Constitution.

Dans les pays de démocratie avancée, à l’exception des USA et de la France, la question de la limitation des mandats n’apparaît pas comme un enjeu majeur de la démocratie.

En Afrique et au Burkina Faso en particulier, c’est autre chose. Il n’y a pas de volonté de protéger l’expression de la volonté populaire, mais plutôt un souci de pérennisation au pouvoir par divers moyens dont la mise sous séquestre, par les dirigeants, des processus électoraux. Alors, je suis contre le déverrouillage de l’article 37 et pense qu’en prenant en otage la présidentielle, nous pouvons en assurer une meilleure protection et donner plus de chance à l’alternance.

Qu’est-ce à dire ?

Nous nous sommes expliqué bien de fois sur le sujet en préconisant une mobilisation de tous les segments de la vie nationale (partis, syndicats, mouvements de droits de l’homme, médias, coutumiers, religieux…) pour refuser une élection de plus sans le préalable de la Refondation ou de réformes de fond, notamment dans le domaine électoral. Cela aurait mieux éclairci l’avenir démocratique et permis une sanctuarisation de l’article 37. Cela nous aurait évité, au lendemain d’une élection, de nous retrouver gros Jean comme par devant avec Blaise Compaoré et son Programme (incluant la révision de l’article 37) plébiscité par notre accompagnement.

J’en ai parlé à des responsables politiques, à des journalistes de renom, j’en ai discuté avec le professeur Augustin Loada venu m’entretenir de la Pétition, soulignant à chaque fois qu’il nous fallait prendre la mesure du tempo politique et ne pas rater une occasion historique. C’est seulement maintenant que cette pression peut avoir de l’effet sur Blaise Compaoré qui tient à son image internationale ; après on pourra toujours marcher et même courir si on veut !

Mais la décision étant presque annoncée de lever le verrou de la limitation, que comptez-vous faire ? La mobilisation populaire à l’exemple du Niger ne peut-elle pas arrêter le compte à rebours ?

Cet article 37 pourrait être le Waterloo de Blaise Compaoré ! En effet, le projet n’est pas seulement combattu dans les rangs de l’opposition, des contre-pouvoirs de la société civile, de l’Eglise (qui a déjà donné sur le sujet un point de vue qu’elle n’a pas jusqu’à présent révoqué). Chez les partenaires, malgré quelques défenseurs de poids, la tendance majoritaire ne soutient pas l’initiative. Au sein de la famille présidentielle, le cœur n’y est pas. Le dernier congrès du CDP en a retenti. La presse a justement relayé quelques passes d’armes à ce sujet entre responsables du parti majoritaire.

Des journaux n’ont même pas hésité à évoquer des propos tenus, avec le tranchant qu’on lui connaît, par ma sœur Juliette Bonkoungou, que j’ai bien reconnue en la circonstance, au sujet de la manière d’introduire la question de l’article 37. Mais au-delà même de ces contradictions sur la forme, il y a des divorces sur le fond. De cela, évidemment, on se garde bien de parler en public. Il ne faut tout de même pas demander l’impossible. Mais les relations n’étant pas si étanches qu’il y paraît entre politiques de l’opposition et de la majorité, c’est carrément un secret de Polichinelle. Alors, attention, danger !

Pour en revenir à la mobilisation, elle peut tout. Mais cela suppose moins de dépendance par rapport à la pauvreté, un haut niveau de compréhension politique qui favorise l’adhésion à une stratégie commune, l’acceptation de subalterner les ambitions individuelles, catégorielles, partisanes, à une union sacrée pour l’intérêt de tous. Cela suppose aussi le consensus autour d’un leadership. Nous en sommes loin, hélas, au Burkina Faso. C’est que dans le cursus politique, s’il y en a qui sont au niveau du BAC voire plus, beaucoup d’autres sont au niveau du CP1. Mais on ne peut jurer de rien, surtout que les Burkinabè nous ont déjà démontré qu’ils pouvaient, par-delà les structures organisées, exprimer de la façon la plus fulgurante leur ras-le-bol.

Cette crainte du débordement peut conduire lesdites structures à prendre les devants. Attendons de voir ! En attendant, nous ne croyons pas que, comme au Niger, la génération convertie aux coups d’Etat rédempteurs ait maintenant pignon sur rue dans notre Armée, même si on la sent en éclosion. Nous disons cependant au pouvoir de prendre garde à cette assurance qu’il peut toujours traiter, avec arrogance, les attentes populaires. Seuls l’humilité et le vrai dialogue peuvent nous empêcher d’emboutir le mur qui s’élève déjà devant nous. En tout état de cause, nous ne resterons pas les bras croisés.

Qu’entendez-vous par là ?

A l’UNDD, nous évoluons toujours avec au moins deux fers au feu. Si, contre nos vœux, la volonté de déverrouillage se confirmait, notre combat resterait le même. Par ailleurs, en lieu et place du passage en force habituel à l’Assemblée, nous exigerions, s’agissant, comme nous l’avons toujours affirmé, d’une question de morale constitutionnelle, un débat national suivi d’un référendum organisé dans le respect de l’expression de la volonté du corps électoral. Nous préconiserions alors tout naturellement le “non”. Dans le même temps, nous mènerions une contre-campagne pour des réformes qui minimisent au maximum les conséquences néfastes de cet éventuel déverrouillage.

Le pire pour la démocratie en effet serait qu’intervienne la levée de verrou au motif qu’il ne faut pas brider les possibilités de choix du peuple souverain, tout en maintenant en l’état cette gouvernance électorale opaque, retenue, irrespectueuse à souhait de la volonté du peuple. Pour toutes ces raisons, nous multiplierons les initiatives pour obtenir le passage dans les médias d’Etat des partis non inscrits à la présidentielle et parce que c’est un droit constitutionnel.

Que dites-vous au fait du mutisme de Blaise Compaoré au sujet de l’article 37, et de son profond penchant pour le silence en général ?

Sa réserve toute relative sur la question de l’article 37 est révélatrice, à mon sens, de ce qu’il est conscient de la délicatesse du sujet. Mais son goût prononcé pour le silence en général quand souvent des voix l’enjoignent de daigner parler pour apaiser, éclairer, confine souvent à l’exaspération. Même si jusqu’à présent, ça ne lui a pas coûté bonbon, ça donne libre cours aux improvisations, aux contradictions, et laisse l’impression qu’il se moque des Burkinabè, qu’il vend cher sa confiance et, au final, qu’il n’est pas si bien entouré que cela.

Mais je me souviens qu’au lendemain du 15 octobre 1987, me recevant, il m’avait dit qu’alors qu’on racontait n’importe quoi sur ses mouvements avant et pendant les événements, qu’il était tantôt dans un avion prêt à s’envoler pour l’étranger, tantôt caché on ne sait où, il était là, attendant le dénouement d’un face-à-face dont sa propre épouse n’était pas informée. J’en déduis que c’est tout l’homme.

Et puis, je retiens, de l’observation que j’ai pu personnellement faire du comportement de certains chefs d’Etat que j’ai approchés, que, finalement, moins ils sont diserts, moins les rapaces, les ambitieux, les calculateurs qui les entourent pourront exploiter à mauvais escient leurs propos. Vous savez, les trafics d’influence, les délits d’initiés, les renversements de chefs d’Etat se nourrissent aussi aux informations dites Source A. Et quelle information peut être qualifiée plus source A que celle venant de la bouche même d’un chef d’Etat ? A ce niveau, le silence devient une contrainte, mais aussi un art de gouverner.

Entretien réalisé par Boureima Diallo

Note : Waterloo c’est une commune située à une vingtaine de kiomètres au sud de Bruxelles (Belgique) qui a servi de champ de bataille le 18 juin 1815 ; c’est la dernière bataille à laquelle prit directement Napoléon Bonaparte.

L’Observateur Paalga

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s