BLAISE COMPAORE CANDIDAT : Une investiture, mille interrogations

 

Blaise Compaoré a été investi le week-end dernier à Ouagadougou par ses partisans, comme candidat à l’élection présidentielle de novembre prochain au Burkina Faso. Si elle ne surprend pas, cette investiture relance cependant le débat sur l’éventualité de voir le parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), réviser l’article 37 de la Constitution. Cela, afin de permettre au chef de l’Etat, au pouvoir depuis 1987, de se succéder à lui-même en 2015. Cette cérémonie à l’américaine a permis au candidat président de dire "oui", et de soutenir que sa "disponibilité" et son "devoir d’être au service du peuple burkinabè", demeurent "forts et constants". Il s’est toutefois abstenu de se prononcer sur une possible révision constitutionnelle.

Contrairement au président malien Amadou Toumani Touré dit ATT, le chef de l’Etat burkinabè n’a pas dit clairement s’il s’agissait de son dernier mandat. Rawlings du Ghana, Kérékou du Bénin, Amadou Toumani Touré du Mali, ont su partir et revenir. Mais il y a également le cas de Poutine, lequel attend patiemment son retour à la tête de la Russie. Quel scénario faut-il attendre du candidat président burkinabè ? En se taisant, Blaise Compaoré veut-il éviter une course au leadership susceptible de fragiliser un peu trop hâtivement le camp de la majorité présidentielle ? Il est vrai que le couple CDP-FEDAP/BC ne paraît pas si harmonieux. Mais alors quel avenir nous prépare-t-on ? L’actuel chef de l’Etat, on le sait, n’a pas pour habitude de laisser la porte fermée derrière lui. Autrement dit, il sait se ménager toujours des portes de sortie. Des intentions cachées ?

Selon l’actuel pensionnaire du palais de Kossyam, « …notre Constitution doit être conforme aux principes universels, aux réalités africaines et inspirée par notre expérience de l’exercice du pouvoir et les enseignements tirés du fonctionnement de nos institutions". Une telle assertion permet difficilement de dire si Blaise Compaoré est favorable ou pas à l’initiative de ses partisans. Son silence laisse donc la porte ouverte aux conjectures. Il alimentera sûrement ces rumeurs et supputations qui divisent l’opinion burkinabè. Les préoccupations des Burkinabè se situent ailleurs que dans les diatribes autour de l’article 37. Du déjà entendu. Mais les Burkinabè partagent-ils cette opinion ? Que dire lorsque Blaise Compaoré soutient que "le service de la nation est un devoir auquel nul ne doit se dérober quand il est sollicité" ?

Certes, l’an 2015 est encore loin ; mais le débat sur l’article 37 polarise déjà toutes les attentions et il faudra bien trancher un jour. La position du candidat Blaise Compaoré paraît ambiguë. Elle semble davantage destinée à la consommation extérieure. Si le candidat Blaise Compaoré n’a toujours pas cru devoir dire clairement s’il approuve ou non ses partisans dans leur initiative, c’est qu’il est bien conscient de l’impact négatif d’une telle décision au sein de la communauté internationale. L’homme s’est forgé une réputation de médiateur, et n’a aucun intérêt à la voir pâlir. On le sait, le contexte d’aujourd’hui sied difficilement aux initiatives tendant à réviser la Constitution afin de favoriser la pérennisation des pouvoirs établis. Certes, l’unanimité n’est pas encore faite à ce propos au sein de l’Union européenne. Des discordances existent également au sein de la classe politique d’un pays comme la France. En revanche, aux Etats-Unis, le président Barack Obama est sans équivoque : l’Afrique doit travailler à consolider ses institutions afin de bâtir une démocratie forte.

Par ailleurs, les chancelleries occidentales commencent à s’interroger sérieusement sur les tenants et les aboutissants des actions devant permettre d’endiguer la mal gouvernance au Faso. Un pays émergent ne se construit que sur des fondations solides. En évitant de prendre ouvertement partie pour ou contre la révision de l’article 37 de la Constitution, le chef de l’Etat burkinabè pourra jouer à fond la carte de l’apaisement auprès des plus délicats de ses interlocuteurs. Et si le débat sur l’article 37 n’était que pure diversion ? Cela est possible, le Burkina Faso pouvant présenter un autre visage dans les années à venir.

D’abord, en raison du climat politique. Il sera intense, étant donné les consultations électorales futures et les projets de réformes politiques et institutionnelles. Le point de mire pourrait bien être les prochaines municipales et législatives, et la mise en place probable d’un sénat. Dans cette perspective, une recomposition politique n’est pas à exclure, tant au sein de la majorité présidentielle que de l’opposition. Pourquoi pas au sein de la société civile où les coalitions durcissent progressivement le ton, face à une classe politique qui semble devenue indifférente à l’extrême pauvreté des populations ? Ensuite, les perspectives économiques : elles sont loin d’être rassurantes. Cet autre quinquennat risque fort de se heurter à de véritables fronts de lutte. Cela, en raison même du contexte de misère galopante. Les choses pourraient dégénérer si les différents acteurs interpellés se révèlent incapables de trouver des solutions consensuelles.

La présidentielle de novembre 2010 annonce une période de grande effervescence politique. Et il n’est pas exagéré de prétendre que le Burkina Faso se trouve à la croisée des chemins. A la classe politique, toutes tendances confondues, de savoir mesurer l’importance et l’urgence d’instaurer un climat sain d’échanges axés sur la recherche de solutions consensuelles aux sempiternels problèmes du mal développement du pays. A défaut de pouvoir œuvrer à l’enracinement et au renforcement de la démocratie républicaine, elle doit au moins éviter d’en être le fossoyeur. En ce sens, l’investiture du candidat Blaise Compaoré et sa victoire plus que probable, ne devront en aucun cas servir de détonateur pour une ère d’incertitudes. Parce que certains n’auront pas accepté de jouer à fond le jeu de la démocratie.

"Le Pays"

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