DÉVELOPPEMENT DU BURKINA : Les uns émergent, les autres se noient

Bonjour. J’apporte mon grain de sable à l’édification du Burkina. Aujourd’hui, je voudrais parler d’une expression qui vient, depuis quelque temps, à longueur de journée, chatouiller mes oreilles durant mes conférences avec mesdames mouches : "Burkina émergent". C’est l’objectif du contrat de société du candidat Blaise Compaoré, proposé aux Burkinabè pour le prochain quinquennat. Je m’incline ; c’est une noble ambition. Le Burkina a effectivement besoin de sortir de son état de pauvreté endémique. Et comme disait un président (que je respecte) de ce pays, "osons inventer l’avenir". Et rien n’est impossible à celui qui veut déraciner le mont Everest. Il lui suffit de le vouloir vraiment et d’en avoir les moyens.

Cependant, je ne peux m’empêcher de garder les pieds sur terre. Encore une fois, je ne veux ni la tête de quelqu’un, encore moins ses pieds. Je ne saurai qu’en faire. J’énumère seulement les obstacles qui peuvent se dresser sur le chemin de cette noble ambition. Si on m’assure qu’on peut les surmonter, tant mieux. Ainsi donc, on veut sauter pieds joints, du statut de "pays pauvre très endetté", "sous-développé" à celui de pays émergent, sans passer par une phase transitoire ! Est-ce possible ? Pour ma part, vu ce que mes yeux voient, nous n’avons même pas encore amorcé l’étape transitoire. En cinquante ans d’indépendance, voici le Burkina tel qu’il se présente : pauvre. On paie 2 000 F CFA comme taxe de développement communal. De quoi en ajouter aux nombreux problèmes quotidiens du citoyen lambda. Plus de 300 000 jeunes chômeurs se disputent moins de 10 000 postes d’emplois. Des gens meurent dans les hôpitaux, faute de quoi payer les soins les plus élémentaires.

De nombreuses familles vivent à l’ère du "coup KO" et de la "mort subite", c’est-à-dire qu’elles mangent à peine une fois par jour. En classe de 6e, nos enfants savent à peine écrire leur nom. A l’université, les étudiants suivent leurs cours, assis sur des briques, et les désertent au profit du restaurant universitaire, de peur que ceux qui les devancent n’engloutissent tout. Bref, voilà quelques traits du marécage où barbote le Burkina. Peut-on réellement l’en extraire pour en faire un pays émergent en 15 ans ? Simples slogans ? Ou est-ce encore une de ces multiples expressions à la mode ? Que met-on dedans ? Pour moi, on doit y mettre bonnes performances en matières de santé, d’éducation, d’alimentation, bref de bien-être sur tous les plans. Si ceux qui parlent d’émergence sont sur la même longueur d’onde que moi, j’attends de voir comment ils vont s’y prendre.

En tout cas, j’espère qu’ils parlent d’émergence calquée sur le modèle brésilien ou chinois. Pas de l’émergence chantée par le président déchu du Niger, Mamadou Tandja, qui me faisait vraiment sourire. Moi, je ne voyais ni plus ni moins dans ce qu’il disait, qu’émergence d’une petite minorité qui s’engraisse, voit son matelas financier s’épaissir de jour en jour, pendant que la majorité maigrit et se noie. Moi je suis contre tout développement où une majorité se cherche tellement qu’elle ne comprend rien à rien à ce mot "émergence".

Je suis contre tout développement où sont parqués les enfants du "bas" peuple dans une université publique. Pendant ce temps, on couvre la "crème" de bourses d’études et on l’oriente vers des universités privées qui coûtent les yeux de la tête. Si l’on me garantit que "émergence" ce ne sera pas tout cela, alors j’adhère entièrement au projet. Autrement, même fou, je ne suis pas partant. Car, je ne veux pas de ce développement où les uns vivent comme au quatrième millénaire, pendant que les autres s’enfoncent chaque jour que Dieu fait, dans les profondeurs abyssales du Moyen-âge.

Le Fou

Le Pays

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