Ouagadougou à l’époque des explorations

Si Krause s’était proposé de traverser le continent noir de l’Atlantique à la Méditerranée dans un but purement scientifique, les explorateurs qui lui ont succédé en pays mossi n’ont pas fait montre du même désintéressement car leur entreprise, outre, bien entendu, la reconnaissance de régions non encore visitées, a été surtout motivée par l’opportunité d’obtenir du Môrho naba, sous couleur d’un traité de commerce, d’amitié, d’assistance ou d’alliance, l’annexion plus ou moins déguisée de son pays. Et c’est pour cette raison que leur principal objectif a été d’atteindre la résidence de ce monarque, Ouagadougou, natenga du pays mossi.
Cette localité, indifféremment appelée par les Mossi Ouoghodogho, Ouoghdogo, Ouaghadogho, expression qui signifierait « case (dogho) de la souffrance (ouigh) » et dont les Mandingues ont, par déformation, fait Ouagadougou, n’avait pas, à cette époque, l’aspect qu’elle offre de nos jours.
Binger, qui y a séjourné en 1888, du 15 juin au 10 juillet, c’est-à-dire en saison sèche, en a donné la description suivante.
« Waghadougou ou Ouor’odr’o est situé dans une grande plaine qui offre à cette époque de l’année un aspect désolé… A l’Ouest et au Nord, séparant le gros du village des groupes de cases les plus éloignées, se trouvent des bas-fonds marécageux qui conservent de l’eau toute l’année et aux abords desquels les habitants creusent des trous où ils prennent leur provision d’eau… Les abords de ces mares sont très giboyeux… Waghadougou proprement dit comprend : la résidence du naba, le groupe des villages musulmans (d’origine mandé), le groupe nommé Zang-ana, habité par des Marenga (Songhoy), des Zang-ouér’o ou Zang-ouéto (Haoussa), quelques Tchilmigo (Foulbé) et d’autres groupes de Mossi non musulmans. Cependant on est convenu de comprendre dans Wahadougou les sept villages qui l’entourent et se nomment : Tampoui, Koudou-ouér’o, Pallemtenga, Kamsokho, Gongga, Lakhallé et Ouidi. Ils ont chacun leur propre chef. J’estime que la population totale de ces groupes ne doit pas dépasser 5 000 habitants ».

Cette relation suscite les remarques suivantes :
D’abord Pallemtenga (Balemtenga = village du Baloum (naba) était la résidence du premier ministre. Les autres gouverneurs provinciaux habitaient respectivement Kamsoho (Kamsoro ou, mieux, Kamsaongo, nom d’un ficus dit kobo en dioula), Gongga (Gounga : fromager, Eriodendron anfractuosum), Lakhallé (larallé ou, mieux, laglé : bruissement du feuillage) et Ouidi (les chevaux), ce quartier portant seul le nom du titre du ministre, grand maître de la cavalerie, alors que les trois autres avaient au contraire donné leur nom, non seulement aux dignitaires qui y demeuraient, mais encore aux provinces que ceux-ci administraient.
D’autre part, Zangana (zongona) tire vraisemblablement son nom de zongo (antichambre) parce que ce village était celui du zongo naba, fonctionnaire chargé de la surveillance de l’entrée de l’appartement du naba.
Quant aux autres quartiers, Tampoui et Koudou-Ouér’o (koulsuéoghin) leur nom signifie respectivement : dépôt d’ordures et endroit de la brousse où coule un marigot.
Enfin Marenga (maranga : marka) et Tchilmigo (silmiga : peul) sont des singuliers dont le pluriel est maransé et silmissi. Pareillement zangouér’o est la forme du singulier et zongouéto celle du pluriel.
Ajoutons que, sur le croquis dressé par l’explorateur et figurant à la fin de son ouvrage, le quartier du Môrho naba est appelé Nayiri (habitation du chef et celui de la mosquée Maouéma (moëma = les musulmans).
Les renseignements fournis par Binger ont été complétés par Crozat qui, à la fin de l’hivernage 1890, a passé près de deux semaines à Ouagadougou (17 septembre 1er octobre) qu’il a ainsi dépeint.
« Un long plateau dénudé où l’on aperçoit, en venant du nord, à une distance de 4 à 5 kilomètres, une vaste étendue de terrain avec d’immenses lougans, une ligne de mares, des lambeaux de terre inculte ou l’on devine la roche ferrugineuse sous les herbes folles, quelques bouquets de grands arbres et, ça et là, à demi cachés dans les mils, des groupes de cases malinkés, tel est Ouagadougou. La capitale, comme le plus petit hameau du mossi, n’est qu’un village de culture et, n’était le déboisement des environs, rien ne révèlerait au voyageur que c’est un grand centre et la demeure du souverain. Seulement la superficie habitée est ici réellement considérable, les groupes de maisons, s’ils ne sont pas plus resserrés, sont incomparablement plus nombreux. D’autres groupes semblables, hameaux agricoles ou véritable métairies éparses, se voient ou se devinent tout autour du plateau aussi loin que la vue peut s’étendre et sont comme les faubourgs de cette ville campagnarde. Il est bon, du reste, dés maintenant que tous ces petits groupes de cases ont chacun un nom particulier, même celui des cases royales, qui s’appellent konkonbissi (sommet) et que le nom de Ouagadougou que nos prédécesseurs au Mossi ont donné à l’ensemble des hameaux voisins de l’habitation royale et que, pour plus de commodité, je continuerai de lui donner, à mon tour, est, en réalité, le nom d’une province ».
Précisons que « ces petits groupes de cases » se disent en mossi yiya ou yâ (au singulier : yiri) et les cases qui les composent dotte (au singulier digho), ces dernières étant « rondes, en terre ou en nattes dites sèko suivant qu’elles sont habitées par des musulmans ou des fétichistes ».
Quant à « l’habitation royale », ce n’était, rapporte Bienger, outre “cinq cases carrées” qu’un groupe de miserables casa entourées de ts d’ordures autour desquels se trouvent des paillotes servant d’écurie et de logement pour les captifs et les griots ».
Le Môrho naba y recevait généralement les visiteurs dans la matinée « entre deux maisons à un étage qui se font face. Devant celle du Nord est disposé un bétonnage surélevé de 20 à 25 centimètres, qui sert de trône. Sur ce bétonnage, il y a une dizaine de peaux de bœufs superposées sur lesquelles sont placés deux vieux coussins en cuir ornés de drap rouge. Celui qui est rond sert de siège au naba, l’autre est là comme décor… Les vendredi il reçoit dans la soirée sur le derrière de sa résidence où se trouvent trois cases basses carrées devant lesquelles est aménagée une grande demi-circonférence de terre bétonnée ».
Enfin Monteil a fourni à ces exposés un détail complémentaire : l’existence d’un marigot à la limite nord de la ville.
Il a, en effet, noté : « A cinq heures quarante : nous sommes à Lakamé, nous franchissons un marigot desséché dans le lit duquel est un puits et nous rentrons dans le territoire de Wagadougou ».
Ce ruisseau, situé « à vingt minutes de la mosquée », est un affluent de la volta blanche et prend sa source au Sud de Ouagadougou. Il s’appelle Nongrémassoum mais, sur les cartes, il porte le nom de Ouadmana.
C’est ainsi que se présentait la capitale du Mossi au regard des premiers Européens qui ont pu y pénétrer.

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s