Société sucrière de la Comoé : De nouvelles réformes rendent les travailleurs amers

Les travailleurs de la Société sucrière de la Comoé (SN-SOSUCO) ont damé le macadam le 28 août 2010. Répondant à l’appel du collectif des organisations syndicales de l’entreprise que sont la CGTB, la FESBACI, l’ONSL et le SYNTCAS, les travailleurs, qui ont été reçus par le haut-commissaire de la Comoé, Alassane Sinaré, accompagné du maire de Banfora, Souleymane Soulama, ont protesté énergiquement contre une réorganisation de l’entreprise qui, selon eux, n’est qu’un mépris de la législation du travail au Burkina.

Ils ont par ailleurs, faute de base légale, suspendu un mot d’ordre de grève de 48h initialement prévue les 31 août et 1er septembre 2010. « La direction générale de la SN-SOSUCO a entamé une série de réformes et nous nous estimons aujourd’hui que même si elle a le droit d’entamer ces réformes, en réalité, le cadre réglementaire dans lequel cela devait être fait n’a pas été respecté.

Dans la mesure où ça n’a pas été respecté, nous pensons qu’il y a un non-lieu, quitte à ce que nous essayons et qu’on nous en explique vraiment le bien-fondé », a indiqué Tiala Abdoulaye, porte-parole des marcheurs dans un ton qui évoque clairement une position tranchée avec la direction. En clair, l’heure est à l’exigence du respect de la démarche procédurale. « Nous ne connaissons même pas le contenu.

Voilà pourquoi nous estimons que c’est même pas la peine que nous insistions sur le fond, nous pensons que ce qui est mieux, c’est de s’attaquer à la procédure », poursuit ce dernier.

C’est pourquoi une plainte a été déposée depuis quelques semaines à la direction régionale du Travail et de la Sécurité sociale des Cascades. Le ministère, en réaction, a chargé des émissaires, à savoir le directeur général du Travail et le directeur régional du Travail et de la Sécurité sociale des Hauts-Bassins, de concilier les positions.

Des différentes discussions menées sur ces réformes, il est ressorti que la direction de la SN-SOSUCO avait violé la procédure et qu’elle devait revenir sur sa position. Mais les différentes rencontres n’ont pas permis de concrétiser cela par un protocole d’accord dans lequel la SOSUCO devait s’engager à surseoir à ses réformes.

Devant être signé par les protagonistes le 12 août 2010, faute de l’avis du conseil d’administration, cela a conduit à l’expiration de la date butoir fixée au 20 août 2010. Au haut-commissaire de la Comoé, les marcheurs diront qu’ils sont à trois rendez-vous (les 12, 20 et 25 août 2010) infructueux pour la signature de ce protocole qui mettrait sans aucun doute fin à la dégradation du climat social.

Face aux bafouements de leurs droits, les travailleurs avouent qu’ils se voient aujourd’hui obligés de se référer aux autorités qui sont les garants des textes réglementaires au sein de la province. « Les travailleurs que nous sommes sont en permanence victimes de décisions arbitraires, de mises à pied, de licenciements, de démissions forcées, et cela se fait souvent en violation des textes réglementaires en vigueur », se sont-ils plaints aux autorités.

De l’avis des travailleurs, avec la réforme, ce sont leurs salaires qui sont pris en otages. Se prévalant du droit que lui confère le code du travail de se retirer d’une convention collective ou accord d’établissement, la seconde employeuse après l’Etat, à savoir la SOSUCO, a engagé une série de mesures entraînant la modification des contrats de travail des travailleurs, en violation de ce même code du travail et de la convention interprofessionnelle de 1974.

Sous le prétexte de l’attente d’une décision de son conseil d’administration, les travailleurs se demandent si cette instance est au-dessus des lois du Burkina et si sa décision peut primer sur la loi. Les autorités sont donc interpellées à faire respecter la loi car, disent-ils, « c’est parce que nous sommes des victimes, sinon, en réalité, ce n’est même pas notre combat ». Les conséquences de cette réforme font grincer des dents. M. Tiala soutient que « beaucoup de travailleurs ont vu leur catégorie changer.

On les a alignés sur une grille qui est une grille proposée depuis le 28 octobre 2008 par la commission mixte paritaire qui est un minima du salaire du secteur privé. En nous alignant sur cette grille, ça fait que comme les salaires à SOSUCO étaient légèrement plus élevés on a scindé nos salaires en deux. Il y a le salaire de base qui est maintenant le salaire minimal de cette grille et il y a le sursalaire. Il y a une inquiétude qui est posée au niveau des travailleurs car, si on dit sursalaire, est-ce que ça veut dire en réalité qu’on y a droit ? »

Les travailleurs sont dépassés, précise ce dernier, parce qu’il y a beaucoup qui ont perdu leur catégorie. Des cadres supérieurs, de même que des agents de maîtrise, dont une bonne partie de niveau 1 ou 3, sont concernés.

Pour marquer leur détermination après cette marche, une suspension de travail de 48 h était au programme, prévue pour les 31 août et 1er septembre 2010.

Cette grève a été suspendue sur avis de l’inspection du Travail de Banfora, qui l’a estimé illégale, du fait que toutes les voies de recours n’étaient pas épuisées.

Est-ce le retour des vieux démons à la SOSUCO ? « Nous espérons que non », dira le porte-parole des travailleurs, qui compte sur la clairvoyance des uns et des autres. En 1998, une crise sociale sur fond de revendications syndicales s’était tristement soldée par le licenciement de 7 responsables syndicaux. Depuis lors, les positions n’étaient plus aussi tranchées.

Luc Ouattara

L’Observateur Paalga

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