Pires formes de travail : La mésaventure de 40 jeunes burkinabè

Recrutés pour un projet de réalisation de 88 puits en Guinée-Bissau, Issoufou Gansoré et 39 autres camarades ont été renvoyés au Burkina Faso après quatre mois de travail sans salaire et dans des conditions pénibles. Massés à la Bourse du travail depuis leur arrivée le 24 août 2010, les 40 jeunes infortunés courent toujours derrière leur patron, Lancina Ouédraogo.

"Nous avons été recrutés par Lancina Ouédraogo pour aller faire des forages en Guinée-Bissau. Arrivés au lieu du travail, nous avons été traités comme des animaux dans des conditions très pénibles". C’est en substance les premières phrases de Issoufou Gansoré, représentant des 40 ouvriers recrutés par Lancina Ouédraogo pour la réalisation de forages en Guinée-Bissau pour le compte de la Société internationale d’équipement et de travaux (SIETRA).

Quand Lancina Ouédraogo est venu pour le recrutement, selon Issoufou Gansoré, il a rassuré que tout est mis en œuvre pour que le voyage se fasse dans la légalité et qu’ils seront bien rémunérés en Guinée-Bissau. Lancina Ouédraogo a été contacté par le directeur général de SIETRA, Rasmané Compaoré pour une sous-traitance en vue de lui fournir les ouvriers nécessaires pour la réalisation des 88 puits positifs dans les communes villageoises de Tacheu, Oio, Quinara et Tombali en République de Guinée-Bissau.

Selon le directeur général de SIETRA, le contrat avec Lancina Ouédraogo s’élève à 105 600 000 F CFA et une avance de 20 000 000 F CFA a été versée à ce dernier pour bien s’occuper de ses ouvriers. Pour les ouvriers, leur patron en l’occurrence M. Ouédraogo les a convoyés en Guinée-Bissau pour des travaux forcés. Même le voyage a été pénible, selon Issoufou Gansoré. "Nous avons fait neuf jours de route.

Au Mali, nous avons fait un accident mais heureusement il y a eu plus de peur que de mal. Quand nous sommes arrivés à Bissau, il se trouvait qu’il y avait une tension politique dans le pays. Au vu des deux cars qui nous transportaient, l’armée a failli nous attaquer parce qu’elle nous avait pris pour des mercenaires", soutient le jeune Gansoré.

Cependant, après les enquêtes policières, le convoi qui comptait 112 personnes, a été autorisé à continuer sa traversée. "C’est ainsi que nous avons été transportés à Bouba, localité située à plus de 300 km de la capitale Bissau où nous avons été dispersés dans les campagnes pour la réalisation des forages", indique Alfred Ouédraogo un des camarades d’infortune de Issoufou Gansoré.

Selon Alfred Ouédraogo, lui et ses camarades travaillaient dans des conditions dures, avec des équipements désuets et une alimentation qui laisse à désirer. Chaque jour, à entendre les infortunés, leur unique repas était le haricot, qu’ils mangeaient parfois sans huile, ni sel. Toute chose confirmée par le directeur général de la Société internationale d’équipement et de travaux, Rasmané Compaoré, qui s’est dit obligé d’intervenir entre-temps pour l’amélioration des conditions des ouvriers.

C’est dans cette atmosphère intenable que 32 ouvriers ont décidé de revenir au bercail, mais les autres sont restés dans l’espoir d’avoir selon eux un peu d’argent avant un éventuel retour. "Dans notre contrat, Lancina Ouédraogo nous avait promis de nous donner 100 000 F CFA par mois.

Il avait même indiqué que chacun de nous aura un compte bancaire pour envoyer de temps en temps de l’argent à sa famille. Le problème est que nous, qui sommes restés, avons travaillé pendant quatre mois sans salaire". Pire, soutient Issoufou Gansoré, ils évoluaient dans la clandestinité car, sans papiers.

La SIETRA, selon son directeur général, a été obligée d’envoyer 1 225 000 F CFA à la direction de l’immigration de la Guinée-Bissau pour la confection de cartes de séjour pour ces ouvriers. Pourtant, c’est Lancina Ouédraogo qui devait s’en occuper selon les clauses du contrat et assurer leur salaire. Après quatre mois de travail sans salaire, ces ouvriers se sont sentis obligés de réclamer leur dû .

C’est en ce moment que Lancina Ouédraogo aurait choisi de prendre la clé des champs et laisser ses employés sur le chantier. Par l’intermédiaire de Maïmouna Barro Diarra de la fondation "Ninho Da Griança" à Bissau, les ouvriers infortunés ont fait appel au directeur général de la SIETRA qui a déboursé la somme de plus de 1 400 000 F CFA pour assurer le retour des 40 ouvriers au Burkina Faso, laissant sur place plus de 30 personnes ayant décidé d’y rester. Rasmané Compaoré, qui dit déplorer l’attitude de Lancina Ouédraogo, précise que ce dernier n’est pas un agent de sa société SIETRA, mais qu’il s’agit d’un contrat de sous-traitance.

Il indique en outre que M. Ouédraogo doit à sa société une somme de 37 millions de F CFA dans cette affaire. En attendant, les ouvriers sont toujours logés à la Bourse du travail et demandent l’intervention des autorités pour leur permettre de rentrer en possession de leur dû chez Lancina Ouédraogo. Quant à Lancina Ouédraogo, il reste injoignable.

Lassané Osée OUEDRAOGO

Sidwaya

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