Amélioration de la qualité nutritionnelle des Burkinabè : Et si nous plantions des manguiers ?

Il y a une forte demande en fruits, principalement en mangues, à Ouagadougou. Mais force est de reconnaître que l’offre ne fait pas le poids devant les quelque deux millions de Ouagalais. Ainsi, malgré les milliers de tonnes de mangues déversées chaque année sur les marchés de la capitale burkinabé, ses habitants ont toujours faim de ce fruit succulent et énergétique originaire d’Asie.

Pendant la saison des mangues en effet, c’est l’effervescence chez les consommateurs et surtout chez les revendeuses de fruits : on se bouscule dès qu’un camion « débouche » du coin en provenance des provinces du Houet ou du Kénédougou ; ou à la vue d’un paysan arrivant au marché de Boinsyaaré, avec ses cartons de mangues bien attachés sur le porte-bagages de son vélo.

Et lorsque la saison des mangues tire vers sa fin, le consommateur fait grise mine, mais délie le cordon de la bourse, quand même, incapable de résister aux délices du fruit magique. En cette période (juin-juillet), les variétés tardives comme celles communément appelées « courouba-courouba » , se vendent à près de 500 FCFA l’unité.

La mangue est riche en fibres, glucides, calcium, potassium, phosphore, magnésium, fer, zinc, cuivre, manganèse et vitamines A, C, B1, B9, etc. Elle peut fournir la totalité de l’apport journalier recommandé en bêta carotène. On peut la transformer en confiture. Outre ses fruits, le manguier nous donne son ombre dense, ses feuilles et son écorce, utilisées dans la pharmacopée traditionnelle.

Les herbivores domestiques raffolent de ses feuilles et son bois est un excellent combustible. Le manguier, qui fait partie de la famille des Anacardiacées, a été introduit en Afrique de l’ouest depuis le XIXe siècle et compte aujourd’hui quelques 600 espèces. Autrefois, les mangues n’étaient disponibles que pendant deux ou trois mois dans l’année. Fort heureusement, l’introduction de nouvelles variétés permet aujourd’hui d’avoir des mangues pendant près de six mois.

Le plateau central pointé du doigt

Tandis qu’à Bobo-Dioulasso ou à Orodara, les manguiers se trouvent partout (dans les cours privés, à la porte et aux alentours des concessions, les établissements scolaires, aux abords des rues, etc.), à Ouagadougou, c’est la course aux fleurs et aux arbres ornementaux. S’il est normal de planter des caïlcédrats, des terminalias et des flamboyants aux abords des belles avenues de la capitale, cette pratique est incompréhensible à l’intérieur des quartiers et des concessions.

Dans les services centraux à Ouagadougou et déconcentrés en province, on s’évertue à maintenir en vie un gazon moribond, des fleurs et des arbres qui pompent « inutilement » les maigres ressources en eau dont dispose ce pays sahélien, sans une véritable contrepartie. Il est vrai que par-ci, par-là, on voit quelques manguiers ou des bananiers dans certains services. Mais cela suffit-il dans un pays où le déficit alimentaire et nutritionnel est criant ? un pays qui a faim a-t’il droit aux au gaspillage sous toutes ses formes ?.

Et la meilleure manière de manger à sa faim, c’est de produire des céréales et des fruits partout où cela est possible, y compris en ville. En Europe même où la nourriture est si abondante, certains n’hésitent pas à produire leurs propres légumes sur des terrasses qui font à peine trois mètres carrés, et des fruits dans leur jardin. Il est vrai que ce n’est pas pour les mêmes raisons.

Le plein de manguiers, d’orangers…

Pourquoi ne pas exhorter chaque Burkinabé à planter des arbres fruitiers tout autour de sa cour et même dans sa cour s’il y a de la place ? On pourrait par exemple décerner le prix du meilleur quartier ou secteur en matière de plantation d’arbres fruitiers. Prenons l’exemple de l’hôpital Yalgado avec ses nombreux caîlcédrats et autres neems ; et si on y avait planté des manguiers, des citronniers, des orangers, etc. Quels bénéfices le personnel et les patients n’en n’auraient-ils pas tirés ?

Pour Adama Ouédraogo, habitant au secteur n°30 à Ouagadougou, il n’est pas question de planter un arbre fruitier devant sa concession : « Si vous le faîtes, vous ne récolterez que des emmerdes, car tout le monde voudra en tirer profit, et c’est de là que viendront les querelles », dit-il. « Sans compter les enfants qui, à longueur de journée, feront pleuvoir des cailloux sur votre toit », ajoute-t-il, riant sous cape.

Un autre voisin, Harouna S., sort précipitamment de sa cour, ayant entendu des bribes de la conversation. « Moi, soutient-il, je suis prêt à planter un manguier, mais dans ma cour, pas dehors ». Puis, il avertit, péremptoire : « Mais de grâce, ne plantez jamais un papayer dans votre concession, parce que cet arbre est mauvais et se déplace la nuit ». Pardonnons à Adama Ouédraogo et à tous ses semblables, car ils ne savent pas ce qu’ils disent. Qu’ils aillent dans la ville de Sya, ils constateront qu’il n’y a pas de querelle autour des arbres fruitiers, car il y en a partout.

Il nous souvient qu’à Bobo-Dioulasso, dans les années 1965, les mangues ordinaires appelées « Noun-djan » (long nez en dioula) ne se vendaient pas ; il y en avait aux abords des rues, dans les écoles, les dispensaires, les lieux de culte, le long du marigot Houet, etc., et chacun pouvait s’en repaître à volonté. C’est la rareté du manguier dans les quartiers qui peut être source de conflits.

Si chacun en possède, qui viendrait importuner qui ? Mieux, les enfants, source présupposée de malentendus autour du manguier, doivent être éduqués dans le sens de l’entretien des arbres et du respect du bien d’autrui ou public. Cela est possible puisque d’autres, ailleurs, l’ont fait. Sommes-nous tout simplement inintelligents ou moins futés que les nations qui ont su inculquer des comportements exemplaires à leur jeunesse ?

Abdoulaye GANDEMA

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