NAABA SAAGA 1er DE ISSOUKA : « Je suis chef traditionnel et chrétien pratiquant »

Modeste Yaméogo, cadre des Nations Unies, a été intronisé chef de Issouka en 2005. Lors de son intronisation, il avait pris l’engagement de faire rayonner la culture moaaga et partant celle burkinabè. Avec lui, nous avons fait le point de ce qu’il a pu réalier depuis son intronisation et discuter d’autres sujets entrant dans le cadre de ses fonctions.

 

"Le Pays" : Vous êtes cadre des Nations unies, chef traditionnel, père de famille, fidèle chrétien. Comment arrivez-vous à allier toutes ces fonctions sans que l’une ne prenne le dessus de l’autre ?

Naaba Saaga 1er : Vou savez, celui qui est occupé ne s’ennuie pas. J’ai essayé d’aménager ma vie pour que chaque fonction que vous avez citée puisse trouver sa place vraiment de manière pleine. Ma fonction première, c’est mon travail à l’UNICEF et je fais tout pour remplir mes obligations vis-à-vis de cette institution, pour honorer mon engagement pris sur la base d’un contrat. Quant à ma deuxième fonction, c’est-à-dire celle de la chefferie traditionnelle, je peux dire qu’elle est héréditaire parce que je suis né à Koudougou d’un père qui a été chef, d’un grand-père qui a été chef également et en plus je porte le nom Yaméogo. J’ai beau travailler aux Nations unies ; je suis avant tout un Yaméogo. Ce qui fait qu’à un moment donné, mes racines m’ont fait appel pour que je puisse venir continuer ce que mes aïeux ont entrepris. La troisième fonction, je suis chrétien, j’avais pris même le chemin des ordres pour devenir prêtre chez les Camilliens pour m’occuper des enfants et des malades. J’ai fait 12 ans de séminaire et après cela, on sort trempé d’une culture à la limite plus que religieuse mais humaine. Donc je suis chrétien pratiquant, je vais chaque dimanche à la messe, même ce matin j’y étais.

Chef traditionnel et chrétien pratiquant ; ces deux fonctions ne sont-elles pas antinomiques ?

Oui je pense que vous avez très bien fait de me poser cette question parce que cela me permet de lever une équivoque. Je me rends compte que les gens pensent que le chef traditionnel est celui qui est en contact avec le monde occulte. Non, ce n’est pas le cas, le chef traditionnel aux temps anciens était le chef politique qui organisait la vie dans la société. A côté de lui, il y a le chef coutumier qui est celui qui immole les poulets pour les ancêtres. Pendant l’intronisation, ce sont les chefs coutumiers qui désignent et donnent leur accord pour que le chef traditionnel soit intronisé. Mais une fois celui-ci intronisé, il n’a pas à immoler les poulets . Le chef traditionnel et celui coutumier doivent marcher chacun sur sa voie en se disant que l’essentiel est le bien-être du peuple ; c’est pourquoi je suis catholique pratiquant jusqu’à l’heure où je vous parle. Je suis fier de le dire, et je le dis à haute voix.

Pendant votre intronisation en 2005, vous avez pris l’engagement de faire rayonner la culture moaaga : quelles sont les actions que vous avez pu mener dans ce sens ?

Quant j’ai été intronisé, mon souci premier était d’apporter ma modeste contribution au rayonnement de la culture moaaga. Pour commencer , j’ai intronisé une femme pour la première fois, pour qu’elle soit chef. Et cette femme m’aide beaucoup dans les conseils sur tout ce qui concerne les femmes. Ensuite, j’ai essayé de travailler pour que les fêtes annuelles des chefs (Nabasga) soient comprises et vécues par la population de Koudougou ; cette fête est célébrée dans le mois de mars chaque année. J’ai essayé également de construire un espace pour que quand les gens viendront me rendre visite, qu’ils sachent qu’ils sont dans la maison d’un chef. Cet espace est un musée qui s’appelle "Rayimi" qui signifie en français "Refus de l’oubli"

Qu’est-ce qu’on peut trouver dans ce musée ?

Je me suis rendu compte après de nombreux voyages que l’une de nos pauvretés est l’absence de musée qui garde le souvenir de nos aïeux. Donc j’ai essayé de construire ce musée pour garder les objets que nos grands-parents ont laissés. Je me rends compte que les gens de Koudougou sont fiers de ce musée parce qu’ils commencent à m’envoyer des objets de leurs aïeux qui pourrissaient. Il faut vraiment que nous fassions cela pour que nos petit-enfants sachent d’où ils viennent.

Avez-vous d’autres projets ?

Oui, j’ai beaucoup d’idées pour faire rayonner la culture moaga. Je vais construire une maison, un espace qui va s’appeler la case de grand-mère. Et dans cette case, je vais recevoir des enfants une fois par semaine et je ferai de telle sorte qu’ils puissent trouver dans cette case ce qu’on peut trouver dans la case d’une vieille. En plus, je ferai de telle sorte que des personnes ressources viennent leur parler de l’histoire du Burkina Faso. Outre la construction de cette case, je vais agrandir le musée afin de pouvoir y mettre beaucoup d’objets.

Propos recueillis par Yannick SANKARA

Le Pays

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