Formation, emploi et développement

Formation, emploi et développement

Le défi de l’adéquation entre l’utile et le nécessaire

Aux temps lointains du Far West américain, ceux qui impulsaient le développement étaient des hommes ordinaires mais visionnaires qui ont su faire leur beurre en établissant des rapports directs entre les besoins des populations et une offre même artisanale, visant à les satisfaire. Tout le monde avait besoin de fusils pour abattre le gibier, se défendre, défendre ses terres… Des forgerons audacieux se sont appropriés le créneau et, si eux n’ont pas fait polytechnique, leurs successeurs lancent aujourd’hui des missiles de croisière doués d’intelligence et de capacité de discernement. Si l’aventure avait commencé avec des érudits, elle aurait fait long feu pour une multitude de raisons.

Au début des indépendances, le problème de l’adéquation entre formation et emploi a été peu débattu au sein des instances pédagogiques des nouveaux pays et sa prise en compte dans les stratégies nationales d’éducation et de formation a souvent été biaisée par l’urgence, supposée prioritaire, de la création d’une élite locale sur laquelle reposeront les grandes orientations du pays.

Cette option, si elle est compréhensible du strict point de vue de la nécessaire appropriation de connaissances intellectuelles, pose en définitive, plus de problèmes qu’elle n’en resoud et cette fois du point de vue du développement tout court.

C’est connu, au bout du cursus scolaire et universitaire, 90 % sinon plus, de « l’élite » sortie des universités classiques ne sait rien faire de professionnel. Pour être utilisables, il faut former ces postulants à un emploi.

Même pour enseigner, il faut former ces universitaires parce qu’à ce stade de leur vie, il ne s’agit plus de points à accumuler pour aller d’un niveau à l’autre mais d’opérationnalité tangible faisant d’eux une partie de la chaîne vivante dans la création de biens et services. Les universités sont pleines à craquer d’étudiants qui, à leur sortie, chercheront à se caser directement alors que leur savoir n’est exploitable que s’ils sont recyclés et soigneusement briefés sur leur emploi.

L’Etat, grand recruteur devant l’éternel, est parfaitement conscient de cette exigence car il recrute, forme et redéploie. Le privé lui ne s’embarrasse pas de scrupules et veut des résultats que tous les cursus ne donnent pas d’office la possibilité d’avoir au sortir du campus. Pour contourner cet écueil de la formation pré-opérationnelle, les privés n’hésitent pas à exiger des expériences professionnelles préalables allant de 2 à 5 ans, parfois plus.

Cette débauche pour embauche fait que certains travailleurs deviennent de véritables girouettes, toujours à la recherche d’un plus qui, en réalité, est la conséquence directe du manque d’adéquation entre formation et emploi. A côté des universités, certes indispensables mais victimes de leur propre élitisme, les écoles professionnelles se comptent sur le bout des doigts.

Les étudiants décrochent des contrats d’emploi sur la base de leur projet de mémoire alors qu’ils n’ont même pas encore présenté les résultats de leurs recherches. Il semble bien que l’adéquation entre formation et emploi, dans le contexte actuel des pays émergents doit faire l’objet d’une réflexion approfondie.

Luc NANA

Par : L’Hebdomadaire du Burkina

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