Les sources d’histoire de la Haute Volta pendant le demantélement

Par le décret du 5 septembre 1932, la colonie de Haute-Volta créée en 1919 est démembrée car jugée non rentable. Une partie de son territoire sera rattachée au Soudan français, c’est le cas des cercles de Ouahigouya et de Dédougou. Nous nous proposions d’étudier l’histoire de ces cercles de 1933 à 1947 à partir des Archives nationales du Mali. Mais l’importance de l’information pour les périodes antérieures, mais aussi pour Tougan, nous a poussé à reculer notre première borne chronologique et à inclure Tougan dans notre exposé. Ainsi l’intitulé de notre communication est : L’histoire de Ouahigouya, Tougan et Dédougou dans les Archives nationales du Mali 1900-1947.

L’installation du pouvoir colonial 1900-1919
En gros à partir de 1900, le pays est entièrement pacifié. L’administrateur du cercle de Ouahigouya écrivait en 1904 : « Il ne reste plus en dehors du Yatenga que Sidaiété Tansoba, en déportation perpétuelle à Tombouctou ». Tous ceux qui s’étaient opposés à la poussée coloniale avaient certainement fait leur soumission ou étaient morts. Les Français vont donc imposer la paix coloniale, l’exploitation économique commençait.

La mise en valeur 1919-1947
L’année 1919, qui voit la création de la Haute-Volta, est importante. Elle commence par le retour des anciens combattants de la Première Guerre mondiale chez eux. Ils étaient nombreux en pays samo ; ils eurent des problèmes avec l’administration. La vérité est qu’ils ne supportaient plus les vexations des administrateurs coloniaux. Des incidents vont éclater à Kimbara, Somorodougou en 1919 à l’occasion du désarmement du village. Comme nous le verrons plus loin, les frictions entre les anciens combattants et les administrateurs continuèrent.

La situation économique
Pendant la période 1919 – 1947, la France voulut tirer le maximum de profit de ses colonies après la crise qui la toucha en 1932.
Signalons que pour la période de 1919 – 1935 (soit seize ans) l’information sur les zones que nous étudions est rare dans les Archives nationales du Mali.
Selon E. Bargues, inspecteur général, chef d’un mission d’inspection en 1946 – 1947, la Haute-Volta de 1919 (date de sa création) à 1932 (date de sa suppression) sous l’impulsion de gouverneurs avisés et actifs connut des années de prospérité où, en dépit de quelques tentatives infructueuses, furent développées les cultures vivrières et industrielles et où fut ouvert un magnifique réseau routier.
Ce qui n’est pas vérifié puisque J. Y. Marchal signale dans son livre Chronique d’un cercle de l’A O F Ouahigouya (Haute-Volta 1908, 1941) que les années 1930-1932 furent infernales.
Mais ce qui est sûr c’est qu’en 1938, le programme d’action de la société de prévoyance de Ouahigouya prévoyait l’achat de cent tonnes de mil à 35 000 F.
De 1934 à 1937, la France avait besoin d’oléagineux et de coton, l’accent a surtout été mis sur leurs productions.
Le paysan devait vendre de l’arachide pour acheter sa nourriture, car il produisait plus d’arachide, plus de coton que le mil. Les cultures industrielles occupaient la première place. Pour mieux produire, l’association cotonnière coloniale de Tougan va acquérir des titres définitifs de concessions industrielles grâce à son représentant M. Brunnel. Cette association va installer une usine d’égrenage de coton à Tougan et l’administration va lui faciliter la tâche en engageant pour elle des manœuvres sans contrat écrit. La production d’arachide ne fera qu’augmenter, en 1938 : Tougan et Nouna exportèrent 4 000 tonnes d’arachides en coques. La culture de coton continuera à prendre de l’importance. Des plantations de coton seront ouvertes dans le nord et le nord-ouest de la subdivision de Nouna.
L’impôt rentrait normalement. C’est ainsi qu’à Tougan en 1938, sur une population totale de 150 000 habitants, 95 208 habitants (environ 62,5%) payaient l’impôt. Beaucoup de personnes étaient imposables. L’administration coloniale inventa le système dit « perception de l’impôt de capitation par famille ». Ce procédé est expérimenté dans deux cantons et trois groupements peul (malgré sa condamnation par le gouvernement Desanti). Les chefs devaient avancer l’argent pour les absents (très souvent ils ne rentraient pas dans leur droits). Desanti a désavoué le système parce que les récupérations pouvaient se faire de façon incontrôlée, ce qui entretenait selon lui des conflits. Même à des moments difficiles, pendant les sécheresses l’impôt était collecté. Le rapport de tournée de l’adjoint des services civils Solère dans le canton de Bassan est très éloquent : « Nous avons effectué le recensement dans le sud du canton de Bassan, où les chefs de village ont signalé une forte diminution de la population ». Prédiction justifiée puisque dans la région la plus favorisée du cercle il y a une diminution de 15 à 40 % de la population selon les villages… Ils paient l’impôt des personnes installées dans d’autres villages du cercle et surtout dans la subdivision de Bandiagara. Ainsi donc 40% de la population a quitté le canton…
Malgré la grande misère des années 1932 – 1933 l’impôt est rentré.
C’est l’année 1932 que l’administration coloniale a choisie pour démembrer la Haute-Volta. C’est surtout l’argument de la crise économique de 1932 qui est retenu par certains pour expliquer la suppression de la colonie de Haute-Volta. Mais d’autres pensent qu’en rattachant les parties de l’ancienne colonie à la Côte d’Ivoire et au Soudan français, la suppression des frontières rendrait plus facile l’accès à ce que les administrateurs coloniaux appelaient « le réservoir de main-d’œuvre ».
La population dans tous les cas eut à souffrir de cette situation.
Dans tous les cas, les travailleurs préféraient migrer en Gold Coast voisine, où les salaires étaient probablement plus intéressants et les conditions de travail moins pénibles.
En 1947, la nécessité de regrouper sous un commandement unique tous les Mossi se posa.
Ce regroupement demandé par les chefs, les politiciens africains mais aussi par les représentants européens poussa l’administration coloniale à abroger le décret du 5 septembre 1932 ; la Haute-Volta devient une colonie avec son autonomie administrative et financière comme les autres territoires de l’es-A O F.
Le rattachement de Ouahigouya, Dédougou et Tougan au Soudan français qui n’aura duré que quelques années renforça les liens économiques et sociaux entre ces zones Ségou, Bandiagara et Mopti.
Ces relations d’ailleurs sont très anciennes : le palais à étages du Yatenga Naba n’a-t-il pas été construit par les maçons de Ségou ?

Source : Boubacar Séga DIALLO, Histoire de Ouahigouya, Tougan et Dédougou dans les Archives nationales du Mali 1900-1947 ; in Cent ans d’histoire, 1895-1995, Tome 1.

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