Alain Bédouma Yoda : « Il n’y a pas de menace d’Al Qaida contre le Burkina »

Alain Yoda avec Bernard Kouchner au Quai d’Orsay

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C’est au pas de charge que le ministre d’Etat, ministre burkinabè des Affaires étrangères et de la coopération régionale, Alain Bédouma Yoda, a effectué une visite de travail du 31 août au 3 septembre en France, à l’invitation de son homologue français Bernard Kouchner. Accompagné de son directeur général des affaires bilatérales, du chef de protocole et de son attaché de presse malheureusement tombé malade dès son arrivée, le ministre Yoda a eu une série d’entretiens, notamment avec le président du groupe d’amitié France-Burkina au Sénat, Jean-Pierre Pancarde, puis de son collègue à l’Assemblée nationale, François Loncle, le Directeur général de l’Agence française de développement (AFD), Dov Zerah, et avec le « Monsieur Afrique de l’Elysée », André Parant.

Il a également eu un entretien avec le ministre de l’Immigration, de l’intégration, de l’identité nationale et du développement durable, Eric Besson, sanctionné par une « déclaration relative aux actions de développement solidaire » et qui marque un début dans l’application de l’Accord entre les deux pays sur la gestion concertée des flux migratoires signé à Ouagadougou le 10 janvier 2009, volet sur lequel nous reviendrons dans notre édition de demain.

Prévue depuis longtemps, la visite du ministre Alain Yoda intervient au moment où la diplomatie burkinabè est en première ligne dans la résolution de crises politiques, principalement en Côte d’Ivoire et en Guinée, mais aussi, et surtout dans les négociations avec Al Qaida au Maghreb islamique (AQMI) qui ont abouti à la libération d’otages européens. Fin juillet, la France a lancé, sans succès, une opération militaire conjointe avec la Mauritanie libérer un de ses ressortissants, Michel Germano, pris en otage par AQMI et finalement exécuté. Cet épisode explique sans doute la précipitation avec laquelle la France a évacué à la mi-août, ses ressortissants se trouvant dans l’Est du Burkina, une opération qui a irrité les autorités nationales et régionales, d’autant qu’elle a été menée sans une réelle concertation.

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Rencontre avec les Burkinabè de France

Alors que AQMI a déclaré « être en guerre contre la France », comment les pays de bande sahélienne peuvent-ils faire face à la menace terroriste ? Plusieurs fois reportée, l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire va t-elle enfin avoir le lieu le 31 octobre prochain ? Comment éviter les violences postélectorales tout comme chez le voisin guinéen ?

Autant de questions auxquelles s’est prêté le patron de la avant la rencontre avec les Burkinabè de France dans la soirée du 4 septembre dans les locaux de l’ambassade.


Vous avez eu plusieurs rencontres avec des responsables français dont le directeur de l’Agence française de développement (AFD) Dov Zérah et le président du groupe d’amitié France Burkina à l’Assemblée nationale, François Loncle. Quels sont les sujets que vous avez traités avec eux ?

J’ai répondu à l’invitation de mon homologue français, Bernard Kouchner et c’est avec plaisir que j’ai effectué cette visite surtout que les relations historiques entre le Burkina et la France sont excellentes. J’ai effectivement rencontré de nombreuses personnalités durant cette visite et les discussions que j’ai eues avec elles visent à renforcer les relations de coopération entre les deux pays. Avec le directeur de l’Agence France de développement (AFD), Dov Zerah, nous avons évoqué les relations de coopération économique et l’appui que l’AFD peut nous apporter dans le financement des projets de développement. Nous souhaitons par exemple étudier les conditions dans lesquelles, des opérateurs français ou européens peuvent être intéressés par la transformation de notre coton. Nous espérons atteindre cette année 400 000 tonnes, mais une chose est d’en produire, une autre est de le transformer pour lui donner de la valeur ajoutée.

Certes, le cours actuel de l’or blanc sur le marché international est intéressant et c’est tant mieux pour les contonculteurs, mais il nous faut trouver d’autres alternatives que l’exportation brute, et c’est un des combats que mène le C4 réunissant le, Bénin, le Burkina, Mali et le Tchad dans le cadre de l’Initiative sectorielle en faveur du coton Avec François Loncle, nous avons échangé sur la coopération décentralisée et parlementaire entre les deux pays. A leur demande, nous leur avons donné des informations sur les réformes politiques et institutionnelles que mon parti, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) envisage dans les prochains mois. Je leur ai expliqué que nous souhaitons un rééquilibrage des pouvoirs entre l’exécutif et le législatif en renforçant le pouvoir de contrôle du législatif sur l’exécutif, une révision de la composition du Conseil constitutionnel afin qu’il soit beaucoup plus constitué de juristes magistrats que de politiques, et nous voulons faciliter la saisine des institutions par les citoyens, puis les adapter à notre environnement pour qu’elles reflètent nos ambitions. Sur tous ces points, nos interlocuteurs ont estimé que ces réformes représentaient des avancées démocratiques et que ça ne leur posait aucun problème

Y compris la révision de l’article 37 de la constitution relatif à la limitation du nombre de mandats présidentiels ?

Rencontre avec François Loncle
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C’est ce que je viens de vous dire ! [Prenant ses conseils à témoins] Ils trouvent tout cela normal et nous ont expliqué que le quinquennat renouvelable une fois n’a été introduit en France que tout récemment. [NDLR : réforme adoptée par référendum en septembre 2000]

Après les Etats-Unis, la France a décidé, à la mi-août, de rapatrier ses ressortissants se trouvant dans l’Est du Burkina. Al Qaida pour le Maghreb islamique (AQMI) représente t-il une menace pour Burkina ?

Il n’y pas de menace particulière d’AQMI contre le Burkina. Nous sommes un petit pays par sa taille, mais nous sommes bien organisés et nous avons la prétention d’avoir des services de renseignements fiables. Cependant, il peut arriver que selon des informations reçues soit de la France, soit par d’autres pays, et compte tenu des nécessités de préserver le maximum possible la sécurité de leurs ressortissants, nous les informons de faire attention à leurs déplacements. Concernant les infirmières françaises, j’ai souhaité qu’il y ait beaucoup plus de concertation et d’échanges d’informations entre les différents pays concernés, afin de mieux assurer la sécurité dans la zone. Il est clair que celui qui est Tamanrasset connaît mieux la situation que les informations que l’on peut avoir par satellites ou par d’autres moyens.

Dans l’Est comme ailleurs au Burkina, il n’y a aucune menace particulière contre des ressortissants étrangers, et je suis heureux de vous annoncer que la France a levé l’alerte sur le Burkina, de même que les Américains, trois jours après avoir évacué leurs ressortissants de Ouahigouya. Ces derniers ont d’ailleurs rejoint leurs postes. Mais, il faut comprendre l’inquiétude de la France surtout après la mort de Michel Germaneau et la déclaration de guerre faite à la France par AQMI. Il est toutefois évident que ces évènements nous font de mal et qu’on le veuille ou non, ça peut avoir un impact sur les flux touristiques.

Le président Blaise Compaoré a menacé de revoir son rôle de médiateur dans la crise ivoirienne si les élections n’étaient pas organisées d’ici la fin de l’année. Faut-il craindre qu’il ne jette réellement l’éponge ?

Aujourd’hui plus qu’hier, il nous semble que la date du 31 octobre peut être respectée. Pourquoi ? Parce que certains obstacles sont maintenant levés, notamment l’encasernement des ex-rebelles, le retour de l’Etat sur l’ensemble du territoire qui est en grande partie réalisé et la confection de la liste électorale définitive qui devrait être prête d’ici fin septembre. Par ailleurs, le gouvernement vient de débloquer 4 milliards de F CFA pour la Commission électorale indépendante (CEI) et ces jours-ci, il y a une concertation entre les principaux acteurs ivoiriens pour analyser l’évolution du processus et apporter les corrections nécessaires afin que la date du 31 octobre soit effectivement respectée. Pour toutes ces raisons, et en espérant qu’il n’y ait pas de contretemps, nous sommes raisonnablement optimistes. Je dis bien raisonnablement optimistes quant à la bonne tenue du scrutin !

Les deux finalistes de l’élection présidentielle guinéenne sont au Burkina pour rencontre le président burkinabè. Que peut-il leur proposer pour éviter que le deuxième tour ne débouche sur des violentes postélectorales ?

Le président Compaoré s’était déjà rendu en Guinée le 3 août et s’était entretenu avec tous les acteurs de la transition et les candidats du premier tour, qui, comme vous le savez, s’était déroulé dans des conditions acceptables et dans une ambiance sereine. Mais il y avait 24 points de faiblesse dans l’organisation du scrutin et pour lesquels il fallait prendre des décisions afin que le 2e tour prévu le 19 septembre se déroule dans des conditions de transparence et d’équité et que le résultat qui en sortira ne soit contesté par personne. Le président de la transition, le général Sékouba Konaté avait demandé au président du Faso de recevoir les deux finalistes, ce qu’il a accepté et il est question de leur proposer un code de bonne conduite. [La rencontre a débouché sur la signature le 4 septembre d’un code de bonne conduite. (Voir Lefaso.net du 4 septembre).

Je crois que le président Compaoré va aussi leur expliquer le rôle historique qu’ils jouent aujourd’hui, leurs responsabilités dans la préservation du processus démocratique en Guinée, et surtout la nécessite de pouvoir gérer ce pays après l’élection. Pour ce faire, les propos de campagne doivent être mesurés et chacun doit avoir conscience que quelque soit le vainqueur, il faudra un large consensus autour de lui pour gérer la Guinée. La presse doit aussi jouer son rôle de même que les partisans des deux camps afin que la date du 19 septembre, sur laquelle on ne va pas revenir, soit respectée.

Vous avez rencontré André Parant, le monsieur Afrique de l’Elysée, mais aussi le secrétaire général de l’Elysée, Claude Guéant. Cette dernière rencontre ne figurait pourtant pas dans l’agenda communiqué à la presse. De quoi avez-vous parlé ?

Oui, c’est vrai, j’ai été reçu par le secrétaire général de l’Elysée, mais on ne peut pas tout dire à la presse

En arrivant au ministère des Affaires étrangères en juin 2008, vous avez déclaré : « Je ne connais rien à la diplomatie ». Pourtant, vous maniez bien le langage diplomatique. Etait-ce du bluff ou avez-vous vite appris ?

Vous savez, j’ai commencé à travailler en 1977 ! J’ai été occupé plusieurs postes de responsabilités dans la fonction publique, dans le privé et le parapublic, avant d’être élu député en 1992 et depuis 1997, je suis ministre. Avec un tel parcours, c’aurait été dommage que je ne capitalise pas toutes les expériences vécues. Effectivement, dès ma nomination, j’ai dis au personnel du ministère des Affaires étrangères que je connaissais rien de la diplomatie. En fait, c’était pour des raisons tactiques ! Quand on arrive dans un secteur qui n’est pas celui qu’on maitrise à priori, et si de surcroit, on se comporte comme un grand manitou, on se met à coup sût dans une position difficile. Mais, comme j’ai dis que je ne connais rien, les gens sont mieux disposés à me pardonner pour les éventuelles erreurs que j’aurais à commettre, et en même temps, ça me permet de surprendre. Et si vous posez la question de savoir si j’ai vite appris, cela veut dire que je m’en sors pas mal !

Propos recueillis par Joachim Vokouma,

Lefaso.net

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