Burkina Faso : Une indépendance virtuelle, des dépendances réelles

« Vous ne savez même pas fabriquer une boîte d’allumettes et vous voulez être indépendants. » Telle est la boutade rapportée par les historiens et qui aurait été tenue par l’ancien président Maurice Yaméogo, lorsque le débat sur l’indépendance faisait rage à la fin des années 50 dans les colonies françaises. Malgré ce point de vue, c’est le même Maurice Yaméogo qui a proclamé l’indépendance du pays le 5 août 1960.

Cinquante ans après, les Voltaïques, devenus des Burkinabè, se souviennent de ce moment important de l’histoire de leur pays. Alors, pour les cinquante ans de son accession à la souveraineté internationale, le Burkina Faso entend faire la fête. Et pour cela, les petits plats seront mis dans les grands. Point besoin d’être charlatan pour comprendre que le jour J, Bobo-Dioulasso, la deuxième ville du pays, refusera du monde. Car, la communauté nationale est fortement mobilisée et descendra sur Sya telle un nuage de sauterelles. En outre, les personnalités internationales y seront aussi fortement représentées, car l’enfant terrible de Ziniaré, qui entend établir un record de participation de têtes couronnées, a parcouru le continent d’est en ouest, du nord au sud pour espérer que ces chefs d’Etat aussi lui renverront l’ascenseur, en se déplaçant personnellement au Faso le 11 décembre prochain.

La célébration de l’indépendance est donc, pour le Faso, un événement pour la réussite duquel tout le pays se mobilisera comme un seul homme. Sauf que cette débauche d’énergie ne s’appuie pas vraiment sur du solide. L’indépendance qu’on veut célébrer avec tant de pompe est encore virtuelle. En tout cas, elle n’est pas perceptible dans le quotidien des populations car, malgré les louanges faites à l’indépendance du Faso, il y a encore trop de dépendance. Il y a des exemples à la pelle.

De nombreux foyers burkinabè ont été obligés de retourner au charbon de bois ces derniers temps, faute de gaz butane. Simplement parce que le pays, dépendant fortement du Bénin, n’a pas eu de solution palliative, lorsque Cotonou a arrêté les fournitures pour un temps de travaux de mise à niveau de son port. C’est dire que depuis l’indépendance du pays et en dépit des discours appelant à la lutte contre la désertification par l’usage des cuisinières à gaz, le Faso n’a guère d’emprise sur la distribution des bouteilles de gaz. Il subit chaque année les mêmes désagréments.

Il en est de même pour l’énergie électrique. Les Ouagalais ont pu se rendre compte que la disponibilité du jus de la nationale d’électricité était fonction des humeurs ivoiriennes. Le grand projet d’interconnexion aurait-il davantage exposé le pays des Hommes intègres au délestage ? Cinquante ans après l’indépendance, le Burkinabè est pratiquement incapable de s’assurer une sape sans recours au textile étranger. Ainsi, les femmes qui veulent montrer qu’elles ont de la valeur se mettent au wax hollandais.

Les jeunes qui veulent frimer ne jurent que par Dubaï et ses téléphones portables ; et par la Chine pour les motos. Le plus ridicule, c’est que même pour le premier besoin élémentaire d’un homme, le pays regarde encore et toujours vers l’Asie. C’est de ce continent qu’est importé le riz qui réchauffe le ventre de la majorité de la population. Finalement, à quoi s’adosse l’indépendance burkinabè ? A presque rien. Il y a urgence qu’une prise de conscience collective survienne pour mieux exploiter les cinquante prochaines années car, si comme le dit ce fameux slogan « Etre Burkinabè ça se mérite », disons-le net : « Etre indépendant, ça se mérite encore plus. »

Adam Igor

Journal du Jeudi

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