Chronique : Les femmes seront-elles à la presidentielle 2010 ?

Cinq ans après le 13 novembre 2005, les Burkinabè sont appelés à élire celui ou peut-être celle qui va présider aux destinées de leur pays au cours du quinquennat prochain. Jusque-là, seul le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, a déclaré et déposé officiellement sa candidature au Conseil constitutionnel. Son geste va être sûrement imité par bien d’autres postulants à la magistrature suprême. Seulement, l’on retient qu’ aucune candidature féminine n’a encore été enregistrée à ces échéances électorales de très haute portée.

En tout les cas et ce, jusqu’à preuve du contraire, aucun parti politique n’a annoncé une dame pour défendre ses couleurs à ce challenge national. La Constitution consacre à tout (e), citoyen (ne) sans distinction aucune, le droit de jouir de ses droits civiques et politiques. Sans ambages, elle stipule clairement cette garantie : « Tous les Burkinabè sans distinction aucune ont le droit de participer à la gestion des affaires de l’Etat et de la société. A ce titre, ils sont électeurs et éligibles dans les conditions prévues par la loi ».

En dépit de leur engagement indéniable, les femmes hésitent encore pour une raison ou une autre à user et à profiter de cette disposition, même si certaines sont parvenues à se faire une place à l’hémicycle et dans les conseils municipaux.. Or, à l’heure de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance, l’histoire de la Haute-Volta et du Burkina Faso ne peut se conter dans toute sa plénitude en occultant le rôle et la place de l’autre moitié du ciel. En pagne ou en pantalon, elle a été et demeure présente à toutes les étapes de la marche nationale aussi bien dans les récits précoloniaux, les luttes anticoloniales, les actions pour les indépendances, que le combat pour la démocratie, le développement économique et social.

Si par le biais de l’éducation dont elles paraissent de plus en plus nombreuses à bénéficier des vertus de la libération des pesanteurs socioculturelles, les femmes éprouvent sournoisement beaucoup de peines à s’affirmer sur la scène politique, force est de reconnaître que leur émergence au sein de leur formation politique, habilement contrôlée par les hommes, est freinée ou découragée par des règles très souvent non écrites.

Conséquence, les femmes burkinabè sont chouchoutées pour jouir beaucoup plus de leur droit d’électeurs que de celui d’éligibles. Elles se voient limitées dans leurs ambitions par des facteurs socioculturels et la bataille ardue et hypocrite que leur mènent les hommes dans les partis.

Electrices potentielles (plus de la moitié de la population du pays), elles sont utilisées par les candidats, convaincus de leur capacité à mobiliser, de leur talent d’orateur et de leur fidélité. Seulement, soit les femmes tiennent la queue ou le tronc des partis politiques mais rarement le sommet. Les formations qui ont osé porter une femme à leur tête se comptent toujours du bout des doigts. Nonobstant tous les efforts déployés par les organisations de la société civile et le combat des braves dames au sein des partis à se hisser au premier rang, les résultats sont loin d’être flatteurs.

La démocratie interne au sein des partis et leur politique de promotion du genre tardent à conduire à un climat sincère de confiance à l’endroit de la gent féminine. Les échappatoires fondées sur des arguments relatifs à la loi sur les quotas battent en brèche car cette avancée politique légale peine à se traduire en actes concrets et à instaurer dans des partis l’esprit de ce texte.

Soit au motif qu’ils rencontrent des difficultés à trouver des candidates, soit que les femmes refuseraient dans leur majorité les responsabilités politiques. Celles-ci estimant leurs épaules trop frêles pour supporter à la fois le poids du foyer, les responsabilités professionnelles et l’aventure dans l’univers politique. Les « Qu’en dira-t-on » soutenus par la survivance à la soumission totale à l’époux sont autant de facteurs suscitant la peur et brisant trop souvent l’élan d’entreprendre en vue d’affronter un monde commandé par les hommes et où la pitié n’a pas sa place.

A quand l’évolution des mentalités si des hommes continuent de croire qu’une femme ne peut les diriger ? Si celle-ci se confine dans ce préjugé et ne parvient pas à se convaincre elle-même de ses capacités et de son ambition à transcender la peur, ce sera une sorte d’abdication de sa part et son avenir politique restera sombre. Il faut que les femmes burkinabè admettent que la politique est un terrain d’engagement personnel où l’on peut relever des défis au même titre que les corps de métier.

Le souci de l’affirmation de soi doit guider les unes et les autres à franchir le Rubicon. Elles y parviendront peut-être un jour si une candidate s’assure de la solidarité de ses concitoyennes. Cette donne est peu évidente avec une gent féminine nationale à la réputation quelque peu ternie par des querelles intestines et l’attachement à des intérêts égoïstes.

L’expérience infructueuse de la regrettée Deborah Nazi-Boni à la présidentielle de 1998, ne doit pas avoir le mauvais effet de dissuader à jamais tous ces grands talents politiques féminins. Chaque génération marque son époque d’une empreinte et les exemples nourriront des rêves et serviront de repères aux jeunes générations. A chaque femme politique de savoir lire le ciel de son temps, et attraper son étoile pour ne pas rater le rendez-vous de l’histoire.

Assétou BADOH

Sidwaya

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