Gambetta Aboubacar Nacro, Directeur Commercial et Marketing de la SONABHY, « On n´est pas à l´aise pour satisfaire les besoins des Burkinabé « 

Nous avons approché la SONABHY pour échanger sur la pénurie de gaz que connait le Burkina Faso. C’est dans ce cadre que le Directeur Commercial et Marketing nous reçu. Il y a des préoccupations réelles dans l’approvisionnement du gaz butane au Burkina Faso, c’est ce que nous retenons des échanges. Et ces préoccupations sembleraient être particulièrement liées à la position géographique du pays. Pour la crise actuelle, il n’y a pas de perspectives heureuses dans l’immédiat.

Quel est l´état actuel du gaz au Burkina FASO ?

Le Burkina connaît quelques perturbations liées à la disponibilité du gaz butane qui touche tout le monde en passant donc par la SONABHY. Au delà de la SONABHY ces perturbations touchent toute la sous région notamment les pays de transit.

Quelles sont les raisons de cette perturbation ?

C´est un ensemble de raisons. La première est que nous avons un principal pays de transit qui est le Bénin où nous avons une sphère de 1500 tonnes utilisée par un groupe de pays : le Burkina, le Mali, le Niger, le Bénin et le Togo. Cette sphère a une capacité insuffisante en temps normal parce qu’elle est beaucoup inférieure à ce que nous avons sur le territoire national. En début août 2010, nous avons eu l´information que cette sphère a arrêté de fonctionner à cause de travaux au port qui feraient des vibrations, et donc qui posaient un problème de sécurité. L´Etat béninois a décidé d´arrêter l´approvisionnement, et pour le Bénin et pour tous les autres pays qui passaient par la sphère. Nous avions déjà anticipé en renforçant nos capacités au niveau du Ghana. Mais nous sommes allés trouver que ce pays, depuis deux semaines, avait un problème sur les pipelines.

C´est-à-dire ?

C´est–dire que les tuyaux qui conduisent le gaz butane au niveau du port avaient des problèmes. Pendant deux semaines, ils ont dû arrêter pour les réparer. Nous sommes arrivés juste au moment où ils venaient d´être réparés et commençaient à recevoir les navires. Les deux semaines ont perturbé le marché ghanéen et les Ghanéens étaient prioritaires sur le gaz qui arrivait. Nous avons tout essayé pour disposer de quelques camions.

La crise est-elle sous régionale ou internationale ?

Elle est sous régionale. Le gaz existe. C´est un problème de stockage et de transit. Actuellement nous avons du gaz en Côte d´Ivoire et au Ghana mais pour pouvoir servir nos camions, c´est compliqué. Des journalistes ghanéens sont allés au port ces derniers jours et se sont plaint du fait que les Burkinabé sont servis en gaz butane alors qu´il en manque dans leur pays. Il en est de même en Côte d´Ivoire. Mais ces pays assez ouverts nous servent même si c’est à compte-gouttes. Il faut reconnaître qu’ils ont eux aussi des difficultés liées à la forte demande intérieure. C´est ce qui explique tout. Imaginons que la source béninoise qui servait le Niger, le Mali, le Burkina n´est plus en droit d´utilisation. Tout le monde se déporte vers le Ghana et la Côte d´Ivoire qui arrivent difficilement à satisfaire déjà leur demande. Dans ce contexte il ne peut qu´y avoir des perturbations.

Y a-t-il une lueur d´espoir pour les Burkinabè dans cette crise de gaz ?

En vérité, il n´y a pas de rupture totale. Il y a une perturbation. Mais le fait qu´on n’arrive pas à avoir des flux assez importants crée des pénuries sur le marché. Au niveau des dépôts, on sert au compte-gouttes car les camions ne rentrent pas assez suffisamment pour répondre aux besoins de la population qui ont connu une hausse avec la saison pluvieuse et le carême.

La SONABHY dit avoir pris des mesures idoines pour parer à la crise. Quelles sont ces mesures ?

Avant la crise, la SONABHY était préoccupée par le gaz butane. Voilà pourquoi dans la sous région, nous sommes assez fiers d´avoir une capacité de stockage satisfaisante, pour le moment. 2 800 tonnes, c´est assez suffisant. Nous sommes en train de faire des projets pour avoir deux sphères qui vont faire près de 3 000 tonnes dans la région de Bobo Dioulasso. C´est un projet long mais qui a déjà été amorcé et qui va accroître la capacité du Burkina Faso. Sur le plan interne on a une capacité de chargement des camions, moderne. On a un parc de 120 camions citernes de gaz butane. Mais tout cela est limité lorsqu’à l´extérieur au niveau du transit, les capacités de stockage sont insuffisantes.

La solution doit donc être sous régionale ?

Pour résoudre entièrement le problème, il faudrait que nous puissions disposer de bonnes capacités sur la côte. On y réfléchit pour voir dans quelles mesures nous pourrions participer à des projets de construction de sphères sur la côte, à défaut d´en avoir pour nous-mêmes. Mais on a une oreille très attentive à tous les privés, à tous les projets qui se passent sur la côte et qui concernent le gaz butane et même les autres produits.

D´aucuns estiment que vous n´avez pas été prévoyants !

C´est normal. A leur place j´aurais dit la même chose. C´est par manque d´information. Nous avons été très prévoyants. Les réactions de la population sont justifiées car nous ne leur avons pas habitué à des pénuries malgré que nous soyons à des milliers de kilomètres des côtes. Ce sont des exigences de clientèle.

Que peut faire la SONABHY pour éviter désormais les pénuries de gaz que notre pays connaît actuellement ?

Il faut pouvoir investir ou participer à investir dans les pays de la côte. C´est aussi peut-être avoir suffisamment d´argent pour constituer un stock de sécurité de très haut niveau sur le territoire national parce que les produits pétroliers coûtent chers. Si vous immobilisez beaucoup de produits, cela signifie beaucoup d´argent immobilisé. Il faut accepter payer le prix de ces stocks immobilisés. Nous faisons assez d´efforts. On peut en faire davantage mais cela coûte beaucoup d´argent.

Où se trouve le stock de sécurité de la SONABHY ?

Le stock de sécurité est souvent utilisé parce qu´il n´est pas là pour l´être uniquement. D´un moment à l´autre, on est amené à l´utiliser. Il n´y a pas seulement que la notion de stock de sécurité. Par moment, il y a des variables comme les problèmes de trésorerie ou de crise qui peuvent amener à gérer certains stocks en flux tendus.

Est-ce à dire que la SONABHY n´a pas touché à son stock de sécurité ?

Au niveau du gaz butane, non. On n´est pas en rupture totale. Mais on n´est pas à l´aise pour satisfaire les besoins des Burkinabé. Tous les pays de la sous-région ne sont pas à l´aise pour pouvoir satisfaire les besoins de leur population en gaz butane. N´est-ce pas un problèmes de trésorerie ?

Je crois que la SONABHY a les moyens de payer le gaz pour la population. Pour preuve, même en temps de non crise, nous prépayons environ 1000 à 1500 tonnes de gaz butane tous les quinze jours.

En ce moment de crise que doit faire la ménagère qui veut charger sa bouteille de gaz ?

C´est difficile de répondre parce que nous sommes dans la même situation. On guette les boutiques qui ont du gaz. On va chercher comme tout le monde, parfois en s´alignant. Nous sommes dans le même bateau. La situation est pareille dans les autres pays.

On a ouïe dire que la SONABHY dispose d´un stock de gaz pour les membres du gouvernement et autres !

Ce n´est pas vrai. Au niveau de la SONABHY, je ne suis pas informé de l´existence de gaz pour les membres du gouvernement et autres personnalités. C´est vrai qu´en temps normal, au niveau interne de la SONABHY, il y a des facilités que le personnel peut avoir mais elles sont très réduites. Il y a des gens aujourd´hui à la SONABHY qui veulent du gaz mais ils doivent faire comme tout le monde.

Est-ce que la situation vous empêche de dormir ?

Enormément. Depuis le Directeur général jusqu´à tous ceux qui sont concernés, nous sommes en contact permanent avec la Côte d´Ivoire et le Ghana pour savoir à quel niveau se trouvent nos chargements et nos camions. C´est angoissant de ne pas pouvoir satisfaire la clientèle.

En bref

Le gaz représente 8% de l´énergie utilisée au niveau national. La consommation annuelle est de 13 000 tonnes. L´Etat subventionne le gaz à hauteur d´environ 5 milliards de F CFA par an. Les bouteilles de 2,75 kg sont subventionnées à plus de 100%. Les bouteilles de 6kg sont subventionnées à hauteur de 60%. Les bouteilles de 12kg à 5%. Les bouteilles de 25 kg ne sont pas subventionnées. Le Bénin est la principale source de ravitaillement avec environ 95%. Au niveau des distributeurs STD SODIGAZ détient environ 66% du marché, Total 20%, ORYX environ 10% et PETROFA environ 2%.

Dans la sous-région, la Côte d´Ivoire consomme plus de 100 000 tonnes de gaz par an. Le Bénin consomme moins de 5000 tonnes par an. Le Burkina est à 30 000 tonnes par an. Le Ghana consomme entre 180 000 et 200 000 tonnes.

Propos recueillis par Michel Nana


Pénurie de gaz butane : Problème de stockage et de transit ?

La pénurie de gaz que connaît Ouagadougou depuis bientôt un mois est à plus d’un titre révélateur du peu de soucis que se font les gouvernants du Faso des aspirations et du vécu des petites gens.

Il y a quelque chose d’irréel à voir les Burkinabé se lancer chaque jour à la chasse au gaz. En ce mois de carême, en files d’attente des journées entières sans être sur d’avoir du gaz, appels à des amis et connaissances dans les sociétés de distribution pour essayer de forcer le destin, marché au noir du gaz où la bouteille de 12 kg se négocie autour de 7.000 francs CFA, tout y passe ! La semaine écoulée a vu le gaz revenir dans les lieux de distribution. Les quantités sont infimes et l’on peut se demander si la fin du tunnel est pour bientôt. Au delà de cette quête du graal « gaz » à laquelle se livrent les Burkinabé, il y a l’impuissance affichée des premiers responsables du Burkina Faso.

Nous avons eu les explications du Directeur général de la SONABHY. Elles valent ce qu’elles sont, l’expression des limites objectives de la gestion de la Nationale des hydrocarbures ainsi que l’absence d’imputabilité.

Comment comprendre qu’une société qui a le monopôle de l’approvisionnement du pays en gaz butane puisse présenter comme argumentaires à la pénurie, pèle mêle : la hausse des demandes liées à la saison pluvieuse, une panne des élévateurs qui a ralenti le travail à la SONABHY, l’absence de « stocks tampons » des bouteilles chez les distributeurs obligeant la SONABHY a travaillé en flux tendu, les travaux au port de Cotonou produisant des vibrations mettant en péril la sécurité au niveau de la sphère de stockage du gaz butane au Bénin entrainant l’arrêt de toute activité de la sphère.

On nous explique en même temps que la situation est la même pour le Bénin le Ghana, la Cote d’Ivoire.

C’est l’argument-massue : regardez autour de vous c’est pareil ! Que peut faire le Burkina Faso qui n’a pas de port et dépend de ceux des pays voisins qui eux-mêmes ne peuvent satisfaire leur demande ! Le Niger, le Mali, le Tchad, tous connaissent depuis le mois d’août la même pénurie de gaz. Pourquoi mettre a l’index la SONABHY ?

Les limites de l’argumentaire de la SONABHY

La Direction la SONABHY sait pourtant que cette période est dans l’année une période de hausse de demande. Quid du « célèbre stock de sécurité » que l’on nous sert chaque fois que l’on veut justifier le maintien de la situation de monopole de la SONABHY. Cette situation permet au Burkina Faso d’avoir des longueurs d’avance sur ses voisins qui ont fait le choix de la libéralisation de l’approvisionnement en produits pétroliers à longueur de jours ! Le Burkina est prévoyant ! Mais si ce stock existe, alors ceux de la SONABHY sont les pires gestionnaires de crise que l’on n’ait jamais connu. Si ce stock n’existe pas, ou est il passé ? La SONABHY sait aussi que les distributeurs rechignent à mettre en place ces « stocks tampons ». On peut les comprendre. Quand l’importation incombe à la SONABHY, pourquoi vouloir que des distributeurs prennent le risque de stocks dont la mise en place des infrastructures de stockage et de même que l’écoulement peuvent porter préjudice à leurs résultats financiers ? La SONABHY ne peut pas vouloir conserver le monopôle de l’importation du gaz butane et demander à des distributeurs de supporter les frais du stockage. Il y a dans cet argument de la SONABHY toute l’incohérence de la société en situation de monopole qui veut imposer à ces partenaires ces choix stratégiques. Elle sait que la quantité de bouteilles en circulation ne correspondent plus à la demande qui selon ses estimations augmentent de 20% par an.

Quelles sont les mesures prises pour ne plus dépendre à plus de 80% de la source d’approvisionnement du Bénin ? La crise en Côte d’Ivoire et les difficultés d’accès au port d’Abidjan avaient, croyait-on montré la nécessité de diversifier nos ports. Que nenni ! Il n’en est rien. La SONABHY nous montre que bien que se sachant dépendre entièrement du Bénin, elle n’a rien fait pour s’ouvrir d’autres sources à même d’amoindrir la part du Benin dans son approvisionnement. Au Bénin même, ORYX qui a dû suspendre ses activités de production gazière a assigné le port Autonome de Cotonou en justice depuis le 12 aout 2010. Quelle suite judiciaire les distributeurs nationaux donneront à la défaillance de la SONABHY à assurer l’approvisionnement en gaz d’autant plus qu’elle en a le monopole ?

Quelles sont les mesures prises pour renouveler et augmenter le parc des bouteilles disponibles sur le marché national ? On connait les réticences de ce marché à s’ouvrir à la concurrence tellement les rentes sont établies. La SONABHY partenaire privilégié de SODIGAZ, c’est d’ailleurs le DG de la SONABHY qui nous l’a appris, a-t-elle pesé de tout son poids pour que ce partenaire stratégique Burkinabé, tout comme d’ailleurs PETROFA, joue sa partition dans la création de ces fameux « stocks tampons » et l’augmentation du nombre de bouteilles ?

Maintenant on nous parle d’investissements de 7 milliards réalisés pour l’autonomisation de son hall et de sa capacité de stockage. La SONABHY nous annonce maintenant des investissements à venir dont la construction de deux sphères de stockage de 2.000 tonnes de gaz à Peni à une trentaine de Kilomètres de Bobo-Dioulasso.

Lors de la conférence de haut niveau sur l’eau, l’agriculture et l’énergie en Afrique tenue à Syrte en Libye les 15-17 décembre 2008, le rapport d’investissement du Burkina Faso annonçait quatre points dans la politique et les stratégies du gouvernement dans le secteur de l’énergie. Deux points à savoir la privatisation de la fourniture des produits énergétiques et la promotion des combustibles de substitution (kérosène, gaz butane).L’objectif est de rendre l’énergie accessible au plus grand nombre des habitants du Burkina Faso à moindre cout. Deux ans après, cette conférence de « Haut niveau » est certainement oubliée par ceux qui y avaient pris part.

Le Burkina Faso est passé maître dans les annonces. Pour ce qui est de l’exécution et du suivi, demandez au Premier Ministre Tertius Zongo. Il a fait de l’évaluation et des résultats les lignes forces de sa primature.

Par Famaghan Traoré

Par Bendré

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