Pénurie de carburant à Toma : Calvaire des populations, bataille juridique entre anciens partenaires

Depuis près d’un an, l’unique station d’essence de la ville de Toma a définitivement cessé ses services. Dans cette localité située à 200 kilomètres de Ouagadougou, dans la Boucle du Mouhoun, un véritable marché de vente de carburant en détail, parfois frelaté, s’est développé, accompagné d’une augmentation incontrôlée du prix de ce produit de grande consommation. Face à cette situation, la commune a pris certaines mesures, qui permettront de faire redémarrer les activités de la station avant la fin septembre 2010, et soulager ainsi les consommateurs.

A partir de 2005, les populations de Toma et des villages environnants constates avec amertume, les arrêts intempestifs de fonctionnement de leur unique station d’essence TOTAL. Cette situation perdure jusqu’en fin d’année 2009, date à laquelle la station met définitivement la clé sous le paillasson. Si le 1er adjoint au maire de Toma, Richard Ki, parle d’une mauvaise gestion qui a conduit à cette malheureuse situation, le gérant de la station lui-même, Dramane Zerbo (joint par téléphone) évoque pour sa part, une défaillance du matériel de travail.

A l’entendre, pendant les 20 ans qu’il a géré la station, ce n’est seulement qu’en 2004 que les pièces des équipements de la station ont commencé à se détériorer. « Cela fait 30 ans que je travaille dans la gestion des stations d’essence, dont 20 ans d’exploitation de la station de Toma. Au début, c’était TEXACO, ensuite ELF et après TOTAL.

La fermeture de la station de Toma est due à une défaillance de la tuyauterie, des appareils et des cuves percées. Les fûts sont des installations de 5 à 15 ans », a-t-il expliqué. Selon M. Zerbo, c’est suite à cette détérioration du matériel, qu’il a enregistré de grandes pertes financières dans la gestion et par conséquent, des ruptures dans le service.

« Pour éviter la faillite, j’ai vendu mes maisons qui étaient à Bobo-Dioulasso et j’ai même mis les recettes de mon hôtel, mais rien n’y fit », a-t-il ajouté. Pour lui donc, la fermeture de la station de Toma et des quatre autres qu’il gérait à Gassan (dans le Nayala), Tougan, Niassan et Kiembara (dans le Sourou), relève d’« une négligence de Total » plutôt que d’une quelconque mauvaise volonté. Le directeur général de TOTAL Burkina, Thibault Flichy, que nous avons eu au téléphone a infirmé ces accusations. En effet, a-t-il dit, la résiliation des 5 contrats de location/gestion des stations dont celle de Toma, découle uniquement des multiples plaintes des autorités communales et des consommateurs, suite aux ruptures intempestives des services.

« Des recherches que nous avons menées, il s’est avéré que les plaintes étaient fondées et comme TOTAL a une mission de service public, nous étions obligés de résilier les 5 contrats dans le premier semestre de l’année 2010 et confier la location de la station à un autre particulier », a-t-il expliqué. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le manque de station d’essence à Toma a causé beaucoup de désagréments, tant aux populations qu’aux services déconcentrés et décentralisés de la province (6 communes/départements et 13 services déconcentrés).

Pour le haut-commissaire de la province du Nayala, Mme Désirée Marie Chantal Boni, le manque de carburant constitue une grosse épine que la province traîne dans les pieds. A ce titre, le Centre médical avec antenne chirurgical (CMA) dit être touché de plein fouet par cette pénurie. Le Docteur Lazare Bénao, médecin-chef adjoint du district sanitaire de Toma, cite entre autres désagréments, le problème de carburant pour l’évacuation des malades dans le district et hors de la province, la supervision et le ravitaillement des Centres de santé et de promotion sanitaire (CSPS) en matériel et autres consommables.

« On est souvent obligé de consommer du carburant pour aller chercher du carburant jusqu’à Koudougou. Les engins des CSPS vont dans les districts des provinces voisines, pour chercher de l’essence », a-t-il indiqué. Cette situation est d’autant plus inquiétante pour lui, qu’avec les fréquentes coupures d’électricité, le manque de carburant serait « un désastre rien qu’à imaginer l’arrêt du groupe électrogène qui relaye l’alimentation du service afin d’éviter la détérioration des vaccins ».

Vient s’ajouter le bloc opératoire pour les urgences comme les césariennes. « Nous avons des vies humaines à sauver et rien ne peut faire mal à un agent de santé que de ne pouvoir rentrer avec une femme au bloc pour lui sauver la vie », souligne le Dr. Bénao. Outre les services déconcentrés de la province, s’ajoutent les sociétés de transport en commun, étant donné que Toma est une ville-carrefour entre Koudougou, Dédougou, Yako et Tougan.

Les véhicules sont donc obligés de prendre dans ces villes, le carburant nécessaire pour faire l’aller et le retour de Toma, afin d’éviter des pannes sèches. Le problème du carburant à Toma touche également l’économie et partant, le développement de la province. En effet, aussi bien les services de la fiscalité que les autorités communales et provinciales, tous admettent que les recettes de la province ont pris un coup sérieux dû à la fermeture de la station et à l’absence de nombreux projets et activités dont la mise en œuvre est compromise par cette situation.

Le malheur des uns…

Les ruptures intempestives du carburant et par la suite, la fermeture de la station ont constitué pour certains, une opportunité de bonnes affaires à travers la vente du carburant en détail. Cette activité s’est vite développée dans la ville aux fins de satisfaire la demande des consommateurs. « Nous achetons notre carburant à la SONABHY à Bobo-Dioulasso qui le fait sortir dans des citernes et nous, nous le mettons dans des barriques pour les amener à Toma. Nous vendons en détail par litre ou demi-litre mais aussi par barrique pour ceux qui veulent eux aussi, le vendre en détail ailleurs », confie Denis Sya, qui dit avoir commencé la vente bien avant la fermeture de la station.

A l’entendre, les affaires prospéraient au début parce qu’il pouvait vendre plusieurs barriques par jour. Avec la multiplication des détaillants, a-t-il soutenu, le chiffre d’affaires a beaucoup baissé. Il précise cependant que malgré tout, il arrive que le carburant manque dans la ville. Relwendé Louis Genguiéré, un autre détaillant et l’un des clients en gros de Denis Sya dit également prendre son carburant à Dédougou pour le revendre. Même si aucun d’entre eux ne dispose d’autorisation de vente, chacun déclare payer régulièrement ses taxes.

« J’ai payé la patente et chaque fois que les agents de la perception passent, je paie mes taxes », a déclaré M. Genguiéré. Pour cette source d’approvisionnement autre que la station d’essence, le carburant coûte aux consommateurs la peau des fesses. En effet, si le carburant est vendu au plan national à 675 F CFA le litre du super 91 et 680 F celui du mélange, le premier coûte entre 725 et 800 F CFA le litre et le second entre 775 et 800 F soit une différence de 75 à 125 F CFA.

« Maintenant même ça va. Par moment, on payait le litre à 900 F CFA », disent les uns et les autres. Qu’à cela ne tienne, la qualité de ce produit de grande consommation est sérieusement contestée dans la commune. Au-delà de ces prix exorbitants, Prosper Ramdé, un instituteur en poste à Toma, pose le problème en d’autres termes. « On a toujours des problèmes avec nos engins.

De toute façon, celui qui veut que son engin dure a intérêt à éviter de prendre le carburant de Toma », lâche-t-il. A cet effet, même si les vendeurs eux-mêmes trouvent « irréprochable », la qualité de leur produit, les mécaniciens par contre, émettent des réserves. « C’est normal qu’un engin se gâte, mais les pannes répétées des motos s’expliquent par le fait que le carburant a été mal conservé ou mal dosé pour le mélange », précise Hamado Paré, mécanicien d’engins à deux roues.

La fin du calvaire pour septembre ?

Vendu à ciel ouvert, souvent dans des barriques exposées au soleil, le commerce du carburant en détail se fait dans un cadre non structuré, informel, au vu et au su des autorités communales, malgré le danger que constitue ce produit inflammable. « Aucune autorité ne va donner une autorisation de vente de carburant en détail comme c’est le cas.

C’est vraiment très dangereux, mais comme nous ne pouvons pas les empêcher non plus, nous les regardons », se contente de dire le 1er adjoint, Richard Ki. Pas d’autorisation, mais parce qu’ils occupent la place publique, a-t-il poursuivi, les collecteurs prennent les taxes comme c’est le cas chez les petits commerçants. « A défaut de sa mère, on tête sa grand-mère », a-t-il ajouté, craignant naturellement la fougue des populations si la commune interdit ce commerce, quoique illégal.

En tous les cas, c’est le « système D » (dernier recours) pour ceux qui ont encore le choix en faisant venir leur carburant par les transporteurs. Mais la majorité des 174 189 habitants de la province (selon les statistiques 2009 de l’INSD) qui consomment pour des raisons diverses, les produits pétroliers, vit depuis près d’un an, la croix et la bannière, malgré les multiples plaintes.

A ce propos, Richard Ki confie que la commune a été maintes fois interpellée par les consommateurs, les syndicats mais aussi les ressortissants qui viennent pour des séjours relativement brefs. « On a ainsi initié des correspondances avec TOTAL afin qu’elle prenne des mesures pour remédier à la rupture. Nous avons aussi pris contact avec d’autres opérateurs comme PETROFA.

Cette dernière nous a demandé un terrain que nous lui avons trouvé mais nous ne l’avons malheureusement jamais revue », soutient M. Ki. TOTAL ayant résilié le contrat de l’ancien gérant de la station, Dramane Zerbo, elle a trouvé un nouveau, en la personne de Mohamed Kaboré, pour qui la station doit en principe commencer à fonctionner en septembre.

L’entrepreneur Adama Traoré que nous avons trouvé sur le site de la station en réhabilitation, le 20 août dernier, confie que tout a été remis à neuf puisque, explique-t-il, « le travail de génie civil que nous avons fait a consisté à nettoyer les cuves et à réhabiliter tout le bâtiment et les appareils de la station. Nous attendons de nouvelles pompes qui arrivent incessamment ».

De plus, la commune a octroyé un autre terrain à la société PETRODY dont le gérant, Adama Semdé (joint au téléphone) a promis débuter ses services avant la fin de l’année en cours, avec des travaux de construction déjà avancés.

Jean-Marie TOE


Le gérant traîne TOTAL et la mairie en justice

La station d’essence TOTAL ayant fermé, une bataille juridique s’est déclenchée entre la commune de Toma et le gérant défaillant, Dramane Zerbo et de l’autre, entre M. Zerbo et TOTAL-Burkina. Pour le 1er adjoint au maire, Richard Ki, le terrain qui abrite la station a été octroyé à l’ex-gérant pour une exploitation temporaire.

M. Zerbo quant à lui dit disposer des documents de la parcelle (permis), depuis 1991. Il a donc intenté un procès contre la commune pour réclamer son terrain. A TOTAL-Burkina, Dramane Zerbo demande réparation des pertes qu’il a enregistrées.

En effet, il estime que la fermeture de la station est essentiellement due à la défaillance du matériel. « J’ai dû débourser plus de 5 millions de F CFA pour que le BUMIGEB vienne faire le constat de l’état de la station et le rapport a été déposé en justice », dit M. Zerbo. La direction générale de TOTAL-Burkina quant à elle préfère ne pas se prononcer sur la question et s’en remet à la justice.

J.M.T.

Sidwaya

Advertisements
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s