Etienne Nikiéma : Le plus brésilien des burkinabè

Il s’appelle Etienne Nikiéma à l’état civil. Il est installé à Rio de Janeiro au Brésil depuis maintenant 7 ans. Il fait office d’ailleurs du compatriote le plus ancien dans cette partie du monde et son avis fait autorité dans bien de domaines. Nous l’avons rencontré à la faveur du Forum urbain mondial organisé par l’ONU-Habitat dans ce pays. Il a accepté nous ouvrir une partie de son cœur à travers cet entretien que nous vous proposons.

Etienne Nikiéma (E.N.) : Je suis Burkinabé de Poa Loaga (NDLR : Province du Bulkiemdé). J’ai fait mes études primaires à l’école Dioulabougou à Sinfra en Côte d´Ivoire, mes études secondaires au collège d´Azaguié et au Lycée St. Joseph de Ouagadougou.

J’ai étudié á l´Université des Nations au Togo. Du Togo, j´ai séjourné à Accra au Ghana où j’ai étudié l´anglais et le journalisme. De là, j´ai obtenu une bourse pour étudier les TIC à Lausanne en Suisse. Je suis marié à Elaine Lopes de Rio et nous avons un fils qui se nomme Emmanuel Wend-Kouni.

Sidwaya (S.) : Cela fait 7 ans que vous êtes au Brésil, qu’est-ce qui vous a amené à vous expatrier dans ce pays si lointain ?

E.N. : Après mes études à Lausanne, nous avons voulu installer un bureau d´études pour explorer le domaine de la vidéoconférence à Abidjan dans les années 2001-2002. Il y a eu les troubles politiques dans le pays.

Je suis allé en Afrique du Sud et quelques mois plus tard j´étais au Brésil avec ma femme. Les portes se sont ouvertes au niveau du Brésil et nous y voila. Il faut mentionner que c´est en Côte d´Ivoire que j´ai rencontré Elaine, mon épouse. Elle est originaire de Rio de Janeiro.

S. : Je crois savoir que vous enseignez à l’université de Rio… Quelle discipline y enseignez-vous et quelle comparaison peut-on faire entre les systèmes d’enseignements brésiliens et francophones, burkinabè en particulier ?

E.N. : Je ne suis pas encore professeur d´université mais un jour je le serai. Cela fait partie de mes plans pour le futur. Enseigner est une tradition dans ma famille. Mes deux frères ont déjà exercé la fonction d´enseignants à Bobo- Dioulasso et à Ouaga. Je suis entrain de monter une école d´anglais pour les personnes qui veulent apprendre l´anglais en une année. Comparer le système brésilien au système francophone ou burkinabé est une tâche assez difficile.

Le modèle éducationnel apporté par les portugais à l’époque de la colonisation n’a pas souffert des modifications importantes jusqu’à l’indépendance du pays. Au Brésil l’enseignement est obligatoire pour tous les enfants âgés de 6 à 14 ans et il se divise en éducation de base (l´éducation infantile, l´enseignement fondamental et le moyen) et supérieure. L’éducation publique est gratuite à tous les niveaux et sa responsabilité se répartit entre les états, le district fédéral et les municipalités.

Les niveaux d’enseignement sont constitués par : l’éducation basique (qui comprend l´éducation infantile, l´enseignement fondamental et le moyen) et l’éducation supérieure. L’année scolaire se divise en deux semestres : le premier commence en mars et s’achève à la mi-juillet et le deuxième commence en août et s’achève à la mi-décembre. Les vacances d’hiver ont lieu en juillet et celles d’été en décembre.

L´éducation infantile se fait dans les crèches pour les enfants âgés de 0 à 3 ans et dans les écoles préparatoires pour les enfants de 4 à 5 ans. L´enseignement fondamental dure au minimum neuf ans, et c´est obligatoire et gratuit dans les écoles publiques. Le cours moyen, la dernière étape de l´éducation basique, dure au minimum trois ans et tient compte de la formation générale de l´étudiant. Il peut comprendre les programmes de préparation générale pour l´emploi et la formation professionnelle.

L’enseignement supérieur comprend le premier cycle, avec une durée de 4 à 6 ans, et les cycles supérieurs, qui varient de 2 à 4 ans pour la maîtrise, et de 4 à 6 ans pour le doctorat. Le gouvernement fédéral entretient au moins une université dans chaque État de la fédération. En raison de la grande demande d’enseignement supérieur et du manque de places, les Facultés et les universités du Brésil, aussi bien publiques que privées, imposent un examen d’entrée appelé « vestibular ».

S. : L’Afrique, le Burkina et le Brésil…est-ce des liens forts ou à renforcer ?

E.N. : Vu les tendances et la situation économique mondiale actuelle, nos différents pays ont l´obligation d´établir de véritables liens de coopération. Ces liens rencontrent et continueront de se heurter aux barrières traditionnelles.

Avec l´arrivée du président Lula au pouvoir, les liens Brésil-Afrique et Burkina ont été renforcés. Ses multiples voyages en Afrique montrent la volonté clairement affichée du Brésil de développer des relations commerciales avec les pays africains. Il y a en ce moment un bon climat de confiance entre les deux blocs. Les pays africains vont profiter, entre autres, de l’expertise du Brésil, qui fabrique par exemple de l’éthanol à partir du manioc, dans la production d’énergies propres, au moment où le réchauffement climatique menace l’Afrique plus qu’aucun autre continent.

L´Angola pour sa reconstruction après ces 30 années de guerre est entrain de bénéficier de l´expertise brésilienne. Il n´est pas rare de rencontrer dans les rues de Rio et des autres villes des personnes qui reviennent d´un séjour de travail d´un an ou deux de l´Angola. La nouvelle université fédérale de l´intégration Luso-Afro brésilienne (Universidade Federal da Integração Luso-Afro-Brasileira : UFILAB) est une institution qui fournit des bourses aux africains qui veulent étudier sur le sol brésilien. C´est un grand pas vers la formation de grands cadres africains.

C´est l´image d´une vraie coopération. Une des grandes révolutions au niveau du ministère de l´éducation brésilien, c´est la publication de la nouvelle loi (lois 10639 et 11645) qui rend obligatoire l´étude de l´Histoire de l´Afrique dans les études scolaires. C´est une transformation et ces actions montrent la volonté du gouvernement brésilien d´avoir des contacts plus approfondis avec le continent des pharaons. Pour certains, l´Afrique est vu comme un continent sans histoire et c´est le contraire qui va être prouvé à partir de la redécouverte de notre histoire.

S. : Pour conclure cet entretien, quel message avez vous pour les compatriotes au pays…

E.N. : Je voudrais profiter de ces lignes pour remercier M. Vincent Dabilgou, ministre de l’habitat et de l’urbanisme que j’ai eu l’honneur de rencontrer lors du forum urbain mondial et qui est très compétent dans son domaine. Je remercie également les membres de sa délégation (Mme Sanhouidi, MM. Harouna, Yombi) qui nous ont prodigué des encouragements (NDLR : Les membres de la délégation ont échangé avec les ressortissants burkinabè à Rio). Un grand merci à Sidwaya et à son reporter, M. Sawadogo. Comme on dit en Amérique Latine “Vamos arriba”. Allons de l´avant pour un Burkina meilleur et prospère. Mon souhait est que le Burkina continue de croître et de briller comme une nation modèle dans le concert des nations.

Que nos dirigeants continuent d´aider nos populations à l´intérieur à éradiquer la pauvreté et surtout leur donner d´apprendre à lire, à écrire et d´avoir accès á l´internet. L´avenir ne fait pas peur parce que nous sommes de la terre des Kombem (la terre des guerriers). Continuons de lutter afin de remporter de grandes victoires économiques pour notre peuple. Enfin Je demande à Dieu de bénir tout notre pays, paix et succès pour la nation et à toutes ses autorités.

Entretien réalisé par

Victorien A. SAWADOGONA

Sidwaya

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