Moumouni Manacounou Diarra :« On ne devient pas riche en Europe… »

                                                                                  Moumouni Manacounou Diarra

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Ils sont nombreux, les jeunes qui rêvent d’aller faire fortune en Europe. Mais la réalité du terrain est tout autre. Dans cette interview, Moumouni Manacounou Diarra, président de l’association Burkinafasotambé, parle des difficiles conditions de vie et du coût de la vie en Espagne. L’association a été créée dans le but d’apporter la vraie information aux jeunes burkinabè qui pensent que l’Europe est un eldorado.

Fasozine.com : Comment se passe la vie des ressortissants burkinabè en Espagne ?

Moumouni Manacounou Diarra : Il y a de plus en plus de Burkinabè qui vivent en Espagne. Nous ne connaissons pas pour le moment leur nombre exact. Mais dans l’Autonomie catalane, nous sommes entre 300 et 400 Burkinabè. Et il y en d’autres dans les autres villes. Beaucoup de nos compatriotes travaillent comme manœuvres dans les usines ou dans des champs. Ceux qui sont en situation irrégulière vont très souvent dans les campagnes, loin des villes. Dans ces contrées, ils travaillent dans les champs.

Les ressortissants burkinabè vivent en communauté, en créant des regroupements. Ainsi, près de Barcelone, il y a l’Association des ressortissants burkinabè, qui est différente de notre regroupement.

Mais pourquoi créer deux associations pour des ressortissants d’un même pays ?

Ces associations ont des buts différents. Nous avons inscrit la sensibilisation des jeunes sur les conditions, les dangers et les difficultés de l’immigration au centre de nos activités. Dans notre association, en plus des Burkinabè, on retrouve également des Catalans. Nous leur faisons découvrir notre culture et, en retour, ils partagent aussi leur culture avec nous.

Travailler dans une usine ou dans un champ rapporte-t-il mieux en Espagne qu’au Burkina ?

Cela dépend du niveau de vie du pays où vous vous trouvez. Car vous pouvez gagner gros et perdre également gros. C’est pourquoi notre association cherche à donner les informations réelles sur le coût de la vie en Europe. Pour ce faire, nous avons distribué, en 2007, près de 5 000 brochures sur le coût de la vie en Espagne et sur les conditions d’immigration. Avant la crise économique, le salaire minimal variait de 900 à 1 000 euros. Mais pour se loger, il faut 600 ou 700 euros. Et dans le reste, il faut prévoir la restauration, les déplacements, les frais de téléphone et ce qu’il faut envoyer à la famille. Après calcul, il ne reste plus grand-chose pour s’acheter un billet d’avion pour venir voir la famille. Aussi, la vie ne se résume pas seulement à gagner de l’argent. Nous abandonnons souvent certaines valeurs parce que nous ne sommes plus chez nous.

Lesquelles ?

Imaginez-vous quelqu’un qui quitte sa famille pour se retrouver dans un pays où il n’a pas de connaissances. Dans le pays où il se trouve, il n’a aucune référence de sa naissance, puisqu’il est souvent obligé de changer d’identité. Les immigrés sont comme perdus. Quand ils viennent ici, on les appelle Européens, et quand ils vont là-bas, on les appelle des Africains, des Noirs, des immigrants. Et nous souffrons beaucoup de cela en Espagne.

Comment se passe l’intégration des immigrés ?

Le gouvernement espagnol est en train de mettre les moyens pour faciliter l’intégration des immigrés. Les autorités donnent plus de possibilités aux immigrés de développer leur culture afin de faciliter leur intégration.

Le grand problème demeure l’établissement des papiers. La plupart des aventuriers pensent que le problème est d’arriver en Europe. Mais, personnellement, je pense que les difficultés commencent à leur arrivée, parce que sans papier, l’immigré ne peut pas avoir une maison.

En dehors des problèmes de papiers, à quels autres problèmes sont confrontés les immigrés ?

La loi sur l’émigration est très dure en Espagne. Quelqu’un qui arrive avec un visa légal et qui se périme par la suite, il lui faut prouver qu’il a passé trois ans en Espagne et posséder un contrat de travail pour avoir l’autorisation de résidence.

Certains se marient à des filles du pays d’accueil pour pouvoir régulariser leur séjour en Europe. Est-ce que c’est le cas en Espagne ?

Avec la situation matrimoniale, les procédures sont plus allégées. Si, dans le couple, l’un est étranger et l’autre, nationale, cela devient plus facile. Mais les autorités exigent que le couple aille également régulariser sa situation dans le pays de l’immigré.

Vous tendez à faire comprendre que l’aventure ne rapporte pas, alors que certains de ces immigrés construisent de belles maisons à leur retour…

Il est vrai qu’on voit des immigrés qui construisent de grandes maisons à leur retour. Mais il faut noter que les gens n’ont pas les mêmes chances. Certains arrivent à s’en sortir, mais la plupart n’y parviennent pas. Seulement, à leur retour, ils s’habillent très bien, ils s’achètent des motos et les jeunes pensent qu’il faut aussi aller à l’aventure. Mais bien s’habiller n’est pas synonyme de richesse en Europe. Même si un Ouagalais va au village, ses parents pensent qu’il est riche, mais ce n’est pas toujours le cas.

Souvent, nous voyons des personnes qui n’ont pas besoin d’aller à l’aventure. Ainsi, par exemple, je m’étonne quand quelqu’un peut dépenser jusqu’à trois millions de francs CFA pour venir en Espagne, parce que là-bas, nous ne pouvons pas économiser une telle somme. Moi qui vous parle, je ne peux pas compter un million de francs cash ! Mais les gens pensent que c’est pour les décourager que nous disons qu’on ne devient pas riche en Europe. On ne peut que gagner sa vie.

Malgré ce que vous racontez, des gens sont toujours motivés pour y aller. Qu’avez-vous à leur dire ?

Nous avons créé l’association pour apporter l’information vraie aux jeunes africains qui veulent aller à l’aventure en Europe. C’est parce que les gens n’ont pas souvent la bonne information qu’ils veulent toujours aller en Europe. Certains pensent que l’aventure est un moyen d’investissement. Mais la réalité est différente. Pour ceux qui veulent aller en Europe, je leur conseille d’y aller pour les vacances, les études, et selon les règles de l’immigration. Car nous sommes contre les immigrés clandestins. Beaucoup de gens y meurent. Il y a des familles qui attendent toujours leurs enfants, qui ne vont plus jamais revenir. Et leurs familles ne le savent pas. Il y a, par exemple, en Espagne, un cimetière d’une grande ampleur dont on ne connaît pas ceux qui y sont enterrés. Ils sont tous des immigrés. Pour éviter cette situation, nous demandons aux gens d’immigrer légalement. Car tout le monde a le droit de demander le visa espagnol.

Vous avez créé l’association Burkinafasotambé pour lutter contre l’immigration clandestine. Qu’avez-vous fait jusqu’à présent ?

Nous avons organisé une campagne de sensibilisation et un atelier sur les conditions d’immigration. Au cours de ces activités, 5 000 manuels sur le coût de la vie en Espagne ont été distribués aux jeunes burkinabè. Actuellement, nous sommes en train de monter des projets pour trouver des alternatives pour les jeunes d’ici. De même, nous avons déjà sponsorisé des études pour des élèves et acheté des vélos pour 186 élèves du lycée Wend Pouiré de Saaba. Nous avons signé des partenariats avec des sociétés espagnoles pour avoir des outils agricoles pour des Burkinabè. Nous avons remis des matériels à Nagréongo, Binsig Yarsé et une autre remise de matériels aura lieu prochainement à Bobo-Dioulasso. Nous venons également en aide aux ressortissants burkinabè qui ont souvent des problèmes en Espagne.

Jacques Théodore Balima

Fasozine

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