Passeba Ouédraogo, Burkinabè du Japon : « C’est pas toujours facile »

Nous avons rencontré Passeba Ouédraogo au gré de nos pérégrinations japonaises, à Akihabara, le quartier de l’électronique de Tokyo. Cuisinier de son état, âgé de 37 ans, il est originaire de Kinkirgo vers Korsimoro dans le Sanmatenga et vit depuis une quinzaine d’années au "Pays du Soleil-Levant". Petite causerie entre parents.

Depuis quand êtes-vous au Japon ?

• Ça fait maintenant quinze ans que je suis ici.

Qu’est-ce qui vous a emmené si loin du Faso ?

• J’ai en fait suivi mon tonton, Raymond Edouard Ouédraogo (actuel gouverneur du Centre-Sud Ndlr) d’abord à Pékin où il a été nommé ambassadeur au début des années 90. Après la rupture des relations diplomatiques entre le Burkina et la Chine, on est tous rentrés au pays et quelques mois après il a été nommé à Tokyo. Il m’a donc ramené dans ses bagages. Quand, après une dizaine d’années, il a été rappelé, moi je suis resté avec sa bénédiction. On se débrouille comme on peut.

Vous avez de la famille ici ?

• Non, j’ai une femme et un enfant qui sont à Ouaga, précisément à Tampouy dans la cité d’Alizèt Gando.

Vous faites au moins l’effort de rentrer de temps à autre ?

• Oui, tous les ans. Ça coûte cher mais c’est le prix à payer pour voir ma famille et rester en contact avec le pays. Ne dit-on pas qu’on ne doit jamais tourner le dos à la terre qui vous a vu naître ?

Mais qu’est-ce que vous faites ici exactement ?

• J’étais employé de la représentation diplomatique du Burkina jusqu’au départ de tonton. Depuis, je suis cuisinier chez l’ambassadeur de Mauritanie.

Comment avez-vous atterri chez le Mauritanien ?

• Simple concours de circonstance. Je connaissais des gens là-bas. Et comme après le départ de tonton il n’y avait plus grand-chose à faire, j’y ai été introduit et c’est comme ça que c’est parti depuis 2002.

Vous avez appris la cuisine ici ou ailleurs ?

• Disons que j’ai appris sur le tas au Burkina avec une tantie qui m’a mis le pied à l’étrier quand j’étais tout petit. C’est ainsi que j’ai commencé, et c’est devenu mon métier.

Vous vous y connaissez en cuisine mauritanienne ?

• Oui, je m’en sors. Ce sont des choses qui s’apprennent et si on aime ce qu’on fait, on peut progresser rapidement. Il m’arrive aussi de proposer à l’ambassadeur des plats du Faso comme le tô (sauce gombo frais ou boulvanka) et il apprécie.

Vous trouver facilement ces condiments ici ?

• Oui, sans difficulté. On en trouve ici, de la farine de chez nous aussi, sauf que les prix ne sont pas toujours abordables.

Il est vrai qu’ici la vie est trop chère

• Je ne vous le fais pas dire. C’est vrai que ce n’est pas toujours facile mais il faut savoir s’adapter tant qu’on est là. On dit souvent qu’il n’y a pas de contrée idéale, il faut seulement savoir comment vivre là où on est.

L’ancien ambassadeur de Mauritanie est rentré et votre nouveau patron doit arriver bientôt. Vous ne craignez pas que les choses ne soient plus comme avant ?

• Je n’ai pas de raisons particulières de le penser et je prie Dieu pour qu’il n’y ait pas de problème car à vrai dire, ils m’ont adopté et me considèrent comme l’un des leurs ; je ne saurai comment les remercier.

Y a-t-il beaucoup de Burkinabè au Japon ?

• Personnel de l’ambassade non-compris, nous sommes une vingtaine, organisés dans une association qui se réunit régulièrement pour fraterniser tous les trois mois et présidée par Rasmané Sawadogo. Il y a une bonne quinzaine de nos compatriotes qui ont épousé des Japonaises, la plupart du temps des volontaires de la JICA (Japon international coopération Agency) rencontrées pendant leur séjour burkinabè. Beaucoup sont à l’intérieur du pays et entre nous les relations sont vraiment bonnes.

Avez-vous régulièrement des nouvelles du pays ?

• Parfaitement. Par le truchement notamment de Savane FM, de Pulsar ou de la Radio nationale que nous écoutons sur internet.

Depuis quinze ans que vous êtes là, vous devez maintenant parler japonais

• Comme on dit souvent, je me débrouille un peu ; je peux quand même demander de l’eau à boire si j’ai soif ou entretenir une petite conversation. Par la force des choses, je baragouine aussi un peu d’anglais. Pour dire vrai, je m’en sors même un peu mieux dans la langue de Shakespeare qu’en japonais.

Songez-vous à rentrer définitivement un jour ou êtes-vous "perdu" comme on dit chez nous ?

• Bien sûr que je songe à rentrer. Après tout, on est jamais mieux que chez soi. Ceux qui sont au pays pensent souvent que c’est mieux dehors, mais il faut toujours relativiser. Et faire attention à ne pas lâcher la proie nationale pour l’ombre étrangère. Cela dit, le retour se prépare et si, après des années et des années passées à l’extérieur, il faut revenir végéter, ce n’est pas la peine. Il faut avoir le minimum pour vivre ici, envoyer un peu à la famille restée au Faso, réaliser certains projets (construire par exemple) tout en mettant un peu de côté. C’est pas toujours facile.

Entretien réalisé à Tokyo par Ousséni Ilboudo

L’Observateur Paalga

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