Approvisionner en gaz butane : La reculade

S’approvisionner en gaz butane demeure un casse-tête chinois au « pays des hommes intègres ». Depuis le mois d’août, de nombreux consommateurs ne savent plus à quel saint se vouer. Ils sont obligés de surseoir à leurs activités, pour la quête de la précieuse bonbone de gaz. Devant des stations, des boutiques, des points de revendeurs agréés, on s’aligne, on se bouscule, dès le vent d’un nouvel arrivage.

Certains passent la nuit à attendre parce qu’ayant parcouru la journée, toute la ville en vain. D’autres usent de leurs relations… La pénurie a été durement ressentie pendant le mois de jeûne et la fête de Ramadan. Par ailleurs, de nombreux ménages sont obligés de recourir au charbon de bois ou au bois de chauffe. Selon la loi de l’offre et de la demande, le prix de ces combustibles a connu une inflation, passant par exemple de 4 500 à 7 000 F CFA, pour le sac de charbon de bois. La raison de la pénurie avancée par la Société nationale burkinabè d’hydrocarbures (SONABHY) est la difficulté d’approvisionnement.

Le Bénin, la Côte d’Ivoire et le Ghana constituent les points d’approvisionnement. Depuis début août, le port de Cotonou, principale source, est en travaux. Le vendredi 17 septembre dernier, les responsables de la SONABHY et de la Société ivoirienne de raffinerie (SIR) ont animé un point de presse, dans lequel il est ressorti que le gaz existe sur le marché international, mais il n’y a pas suffisamment de place pour le stocker dans les ports. La capacité des sphères de stockage qui existent actuellement, est limitée.

Aussi, la consommation de gaz butane a considérablement augmenté, du fait surtout de la politique de promotion de ce combustible. En effet pour lutter contre la coupe abusive du bois et la désertification, l’Etat et ses partenaires ont largement fait la promotion du gaz butane. De nombreux ménages et restaurateurs, des vendeuses de poisson, d’attiéké, de galettes et même de dolo, ont alors opté pour le combustible qui préserve l’environnement.

C’est donc dire qu’avec la pénurie actuelle, cette politique de préservation de l’environnement est mise à mal. Comment arriver à convaincre une frange importante de la population, d’abandonner l’utilisation du bois de chauffe et du charbon de bois, quand le gaz est aussi rare qu’une « aiguille dans une botte de foin » ? La SONABHY a avoué être dépassée par l’augmentation fulgurante du nombre de consommateurs.

Pouvait-il en être autrement, quand on veut un succès de la politique de promotion d’utilisation du gaz ? Quelles que soient les excuses, les désagréments sont énormes, surtout en cette période de rentrée scolaire qui cause pas mal de soucis aux parents, élèves, étudiants et à leurs proches.

On a manqué d’anticipation dans cette affaire de pénurie de gaz. Ce n’est pas du jour au lendemain, que les responsables du port de Cotonou se sont décidés à entreprendre les travaux. De même, la croissance de la consommation était prévisible. La société aurait dû sécuriser ses systèmes d’approvisionnement et augmenter ses capacités de stockage.

L’importation des produits énergétiques est hautement stratégique et on ne saurait trop se baser sur un seul pays. De fraîche mémoire, on se rappelle l’expérience de la SONABEL ! A peine sortis d’un cauchemar, on retombe dans un autre. Comme les nombreux délestages, le manque de gaz paralyse des secteurs d’activités.

A sa création, la SONABHY avait pour objectif de conférer au Burkina Faso, une souveraineté énergétique, surtout en matière d’approvisionnement en hydrocarbures. Cette souveraineté doit être constamment une priorité, voire la raison d’être de la structure. Que se serait-il passé si cette pénurie de gaz concernait l’essence ou le gasoil ? Au troisième millénaire et dans un monde globalisé, on ne peut se passer du « carburant » de la modernité et du développement.

A l’heure où on se prépare à célébrer le cinquantenaire de l’indépendance, on constate avec une certaine amertume que des secteurs vitaux, tels que l’énergie ne sont pas parfaitement maîtrisés. On ne peut être réellement indépendant et s’engager dans un développement durable, sans la maîtrise de l’énergie. Certes, la SONABHY fait des efforts pour pallier la pénurie actuelle, qui donne des insomnies à de nombreux consommateurs. Mais, la souveraineté énergétique doit être au cœur des ambitions.

Bachirou NANA

Sidwaya

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