QUESTION A QUI DE DROIT : Que peut-on faire si les femmes refusaient elles-mêmes de jouir de leurs droits ?

Les services de l’action sociale sont généralement perçus comme purement féministes en matière de résolution de problèmes car ne défendant que les droits des femmes quels que soient leurs actes tout en fermant les yeux sur leurs devoirs et partant sur leurs responsabilités. Loin de là, nous ne méconnaissons certes pas les devoirs des femmes qui, depuis fort longtemps, les exécutent sans broncher. A y voir de près, les hommes ont peur d’une chose lorsqu’on aborde les questions relatives aux droits des femmes : c’est la peur de leur rapport de force à elles. Ils craignent de perdre leur domination sur les femmes. Mais lorsqu’on aime quelqu’un, comme le dit Pierre Verdier, "on ne discute pas ses droits et on ne cherche pas à les monnayer".

Reconnaître à la femme des droits, c’est la reconnaître comme une personne à part entière, c’est accepter sa valeur en tant que personne humaine. Certes, en matière de textes et lois juridiques, les femmes ne peuvent plus ou ne doivent plus se plaindre comme de par le passé. De la Déclaration universelle des Droits de l’Homme de 1948 en passant par la Convention sur l’élimination de toutes les formes de Discrimination à l’égard des Femmes de 1979, le Code des Personnes et de la Famille burkinabè d’août 1990, la Constitution du 11 juin 1991 du Burkina Faso ainsi que la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples et le Protocole à la Charte africaine des Droits de l’Homme et des Peuples relatif aux Droits des Femmes, adopté par la 2e session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine à Maputo le 11 juillet 2003, ratifié par le Burkina Faso le 6 septembre 2006, etc., tous les textes se rejoignent d’une manière ou d’une autre (tout en nomettant pas les insuffisances de l’un ou de l’autre texte) pour reconnaître à la femme les mêmes droits que les hommes et vont même plus loin pour donner des droits spécifiques à la femme compte tenu de sa maternité.

Tout cela a été appuyé par la mise en place d’un ministère de la promotion de la Femme dont le rôle effectif n’est cependant pas aussi clair qu’on le pense. Là n’est pas notre préoccupation d’aujourd’hui. Est-ce pour autant que les femmes ont acquis réellement leurs droits malgré tout cet arsenal juridique et institutionnel ? L’effectivité de ces droits dans leur application pose toujours problème. Cela, non pas seulement parce que les hommes refusent de les appliquer ou parce que les traditions sont plus prégnantes que jamais, mais tout simplement parce que les comportements ou les agissements de certaines femmes, d’une manière ou d’une autre, constituent des obstacles aux droits de la femme. Nous n’en présenterons que quelques- uns. Le premier obstacle à l’application effective des droits des femmes est la méconnaissance par les femmes elles-mêmes de ce à quoi elles ont droit.

Si les premières concernées ne savent pas quels sont leurs droits réels, il serait difficile qu’elles les obtiennent en cadeau de mariage ou d’anniversaire. Ensuite, il y a l’ignorance du sens réel des droits de la femme par les femmes elles-mêmes. En effet, les questions de droit sont très pointilleuses et il ne suffit pas seulement de parler français ou d’être allé à l’école pour être capable d’interpréter le sens réel d’un droit. S’il en était ainsi, la tâche des magistrats serait la plus facile au monde. Cette situation fait en sorte, il faut le dire clairement, que certaines femmes, des leaders de groupe, entraînent la masse ignorante dans l’abîme des non-sens souvent irréparables. Par ailleurs, le comportement de certaines femmes contribue, à notre avis, à maintenir la femme dans les situations de dépendance totale et notoire vis-à-vis des hommes.

Les belles filles (beauté physique) tiennent lieu de fleurs décoratives lors des cérémonies. Lors des publicités, des bals populaires et des soirées dansantes, certaines expressions laissent à désirer : "Venez nombreux : il y aura à cette occasion, de la musique, des brochettes, … et les belles filles de telle localité vous tiendront compagnie". Alors : musique, boisson, brochette et belle fille ou tout simplement fille (la beauté étant relative, n’en déplaise aux tenants de la beauté universelle), sont prises sur un même pied d’égalité. Si les femmes se plaisent dans cette situation, alors l’horizon d’une égalité en droits de l’homme et de la femme n’est pas pour bientôt. Enfin, selon une expression courante, lorsqu’on ne sait pas où l’on va, il serait mieux voire impérieux de connaître au moins d’où l’on vient. Lorsqu’on se perd dans une telle situation et que la connaissance du lieu de destination devient problématique, il suffit simplement de revenir sur ses pieds comme on le dit souvent, pour reconsidérer son parcours.

Dans ce sens, la lutte pour l’obtention des droits des femmes au Burkina Faso a une histoire. Mais combien sont les femmes qui connaissent cette histoire ? Certes, le passé est passé. Mais l’histoire elle-même nous révèle que tous ceux qui ont tenté d’ignorer leur passé ont été rattrapés par ce même passé. Alors, c’est la désolation. Le Père Jésuite Jean Ilboudo confirme cette position lorsqu’il dit dans sa communication lors du 3e panel de la grande Conférence régionale du Centre-Est à Tenkodogo, le 31 juillet 2010, que celui qui ignore son histoire est condamné à la recommencer. Femmes noires, femmes du Burkina Faso, mes mères et mes sœurs, vous voulez vous émanciper ? Bien ! Mais de qui ou de quoi ? L’émancipation est un processus qui se passe d’abord dans la tête et se traduit ensuite par les actes et les comportements. Personne, et ces propos n’engagent que moi, ne viendra faire votre bonheur. C’est chacune prise individuellement qui doit d’abord s’émanciper.

Certes, Victor Hugo disait : "l’homme s’efforce, invente, crée, sème et moissonne, détruit et construit, pense, combat, contemple ; la femme aime. Et que fait-elle avec son amour ? Elle fait la force de l’homme". Pour répondre à cet idéal de Victor Hugo et devenir la force des hommes, les femmes doivent d’abord se libérer d’elles-mêmes, de leurs propres préjugés, de leurs propres comportements avant de pouvoir se libérer des préjugés des autres. Telle est la seule condition, à mon avis, d’une émancipation réaliste et non utopique de la femme, et surtout celle burkinabè et de l’accomplissement de la prédiction de Mariama Bâ dans Une si longue lettre, page 90, selon laquelle "La femme est la racine première, fondamentale de la nation où se greffe tout apport, d’où part toute floraison".

SANKARA Saturnin Wêndinpui Educateur social Direction provinciale de l’Action sociale et de la Solidarité nationale du Yatenga/Ouahigouya

Le Pays

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