VIH/ SIDA : Dans l’intimité d’un couple sérodifférent

Le SIDA détruit des vies, brise des foyers. Le « mal du siècle » a fait des orphelins, des veuves et veufs. Il a séparé plus qu’il n’a uni, éloigné plus qu’il n’a rapproché. La seule évocation du mot « sida » fait se bousculer dans les têtes et les conversations une foule de mauvaise pensée. Fort heureusement la vie n’est pas faite que de misère et de désespoir. C’est ce que nous avons découvert chez le couple TRAORE les Chez les TRAORE, comme dans de nombreux couples sérodiscordants, la maladie semble plutôt être le ciment du foyer. C’est envers et contre tout qu’ils se battent au quotidien contre le VIH et les aléas de l’existence humaine. C’est vrai, tous les couples font face aux conflits et aux compromis ; les problèmes liés au sexe, aux travaux ménagers, aux questions financières et à la dynamique familiale sont communs mais en raison du VIH, les couples sérodiscordants sont assujettis à des craintes et à des angoisses additionnelles. Ils doivent composer avec le mal discriminant.

Nous avons voulu comprendre. Comprendre comment on vit dans un couple sérodifférent ? Comment le conjoint séronégatif arrive-t-il à accepter la maladie dans le foyer ? Comment peut-on continuer à avoir une intimité avec son conjoint séropositif au risque de s’infecter soit-même ? Si des couples, comme celui des TRAORE, ont accepté de nous parler de leur intimité, leur vie, leurs craintes, leurs défis, leur espoir certains n’ont pas pu franchir le pas. On les comprend si bien ;mais l’avenir n’est-il pas dans la victoire contre tous les complexes ?.

« J’ai connu Sala à une veillée de prière en 1994. A 46 ans et étant chrétien, je ne voulais pas rester seul. Je voulais, comme le recommande ma foi une compagne. C’est ainsi que je me suis approché des anciens de mon église qui m’ont dit de me choisir une femme. J’ai jeté mon dévolu sur Sala. Elle avait 24 ans et faisait partie des jeunes filles de notre communauté. On a commencé à se fréquenter. Je lui ai montré chez moi, elle est venue connaître où je vivais. Le 22 avril 1995 nous nous sommes mariés devant Dieu et devant les hommes…. », Ainsi a débuté le récit de S. TRAORE, qui jetait de temps à autre, un tendre regard à son épouse assise à ses côtés. C’était le samedi 17 juillet 2010 dans un quartier non loti de Bobo.

Notre histoire avec le couple TRAORE, si l’on peut parler ainsi, a commencé au mois d’avril 2010. Nous faisions partie d’une mission du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) qui visait à montrer à une vingtaine de journalistes, les résultats de l’intervention de la structure onusienne au Burkina.

Le 14 avril au matin, nous étions en visite au siège d’une association dénommée « Espoir et vie ». Une association qui intervient dans le domaine de la lutte contre le sida. Sa spécificité nous disait M Carlos SAWADOGO du PAMAC (Programme d’Appui au Monde Associatif et Communautaire), et « bras armé » par lequel le PNUD appuie l’association « Espoir et vie », « c’est qu’elle soutient et appuie des couples sérodifférents. Ce sont des couples dans lesquels l’un des partenaires est séropositif au VIH, mais au lieu de se séparer, les deux continuent de vivre leur vie de couple. » Dans la grande salle, tout au fond de la cour, assises sur des bancs, une cinquantaine de personnes, des hommes et des femmes, mais aussi quelques bambins dans les bras de leurs mères. C’est un « groupe de parole », dira M. Arouna BARRO, conseiller en éducation thérapeutique de l’association, qui nous introduit. En 60 minutes maximum, la vingtaine de journalistes avaient à s’entretenir avec des gens avec qui, ils venaient juste d’échanger quelques amabilités. Ils étaient de tous les âges. De jeunes comme de vieux couples. Sur les visages, il était difficile de savoir lequel des conjoints était séropositif, même si sur certains, des signes de maladie et de souffrance étaient apparents. Alors, sur le coup, chaque journaliste, selon ses perspectives se mit au travail.

Mais une heure pour comprendre les péripéties de toute une vie était manifestement insignifiante dérisoire, pour que des gens qui vivent des engagements aussi forts puissent en parler. Nous avons donc entrepris, après concertation avec M BARRO, de revenir approfondir le travail pour témoigner pour notre lectorat et le reste du monde sur les réalités que généralement les gens ne peuvent même pas soupçonner. « Laissez-moi du temps pour vous préparer ça », nous avait-il alors répondu.

« Elle se refusait à moi, j’ai fini par comprendre pourquoi »

On était donc le 17 juillet 2010 et il était 16h quand M BARRO et nous arrivions chez les TRAORE. La famille (les deux parents et leurs deux enfants) habite dans une maisonnette deux pièces. La cour, à peine 50m2, est juste délimitée par quelques amas de terre et de cailloux qui font office de mur. Sous le petit manguier, qui se dresse à côté des toilettes aux murs délabrés, deux vélos. Pendant que l’unique fille de la famille s’occupait de la vaisselle, Mme TRAORE, elle, était aux fourneaux. Visiblement, nous étions attendus : derrière le hangar qui se dresse contre la maison et lui sert d’auvent, deux chaises, deux bancs et une table centrale sur la table trônaient quatre « verres » en plastique et une carafe qui transpirait l’eau glacée. « A dansè » c’est-à-dire « bonne arrivée » en dioula, s’est empressée de dire Mme TRAORE, une louche à la main ; et M TRAORE de nous inviter à nous asseoir. L’on s’installe un moment de silence et M BARRO nous présente aux maîtres des lieux et rappelle l’objet de la visite. « Il faut boire l’eau de l’étranger avant qu’on ne puisse discuter. C’est la tradition… » Lance M TRAORE avec sourire.

M TRAORE ne porte pas ses 62 ans qu’il a pourtant bouclés. On le dirait plus jeune. Quelques cheveux grisonnants et c’est tout. C’est un bel homme haut de 1,75m, bien charpenté. Il a une très grande aisance dans la langue de Molière. Sa voix, grave et posée, inspire respect et considération. Très croyant, il ne place pas deux ou trois phrases sans faire référence à la Parole sainte. Il est sans emploi, mais s’occupe avec dignité de sa famille. Mme TRAORE, elle, a le visage décharné. Sa lèvre inférieure porte une plaie. Ses yeux mornes dévoilent une convalescence. Son sourire est difficile, son regard fuyant. Mme TRAORE est à terme. « Elle était alitée à cause de sa grossesse » nous souffle à M BARRO. « Elle porte là notre quatrième enfant » nous dira plus tard M TRAORE. Ceci explique –t-il donc cela ? Toujours est-il qu’elle fait plus que ses 40ans comme c’est généralement le cas dans nos contrées.

La sérologie ne se lie pas sur le visage d’un individu. Elle est un secret. Un secret qu’on ne partage qu’avec des personnes de confiance. Quand on en vient à la porter sur la place publique, c’est qu’on poursuit un objectif bien précis : celui de témoigner. Témoigner pour dire à ceux qui souffrent dans le silence qu’ils ne sont pas seuls. Et c’est ce que la famille TRAORE a choisi de faire. « En 1996 nous avons eu notre premier enfant, D. ; il a 14ans aujourd’hui. Quelque temps après la naissance de D, l’état de santé de mon épouse a commencé à décliner. Elle m’a dit un soir qu’elle devait aller à Ouagadougou pour une formation. Elle en est revenue avec un petit chapeau, sur lequel était écrit « Lutte contre le VIH/sida » et des documents. J’ai pris les documents que j’ai lu. J’ai été intrigué. Je me demandais pourquoi aller à Ouaga pour recevoir une formation sur le VIH, et je me souviens encore que c’est moi-même qui l’ai accompagnée à la gare pour qu’elle prenne son car. A son retour, je suis encore allé l’accueillir.

Elle m’a raconté son séjour. Chaque fois qu’on discutait en couple, elle me parlait beaucoup du sida, de l’importance du test etc. Quand sa santé a commencé à se dégrader véritablement, j’ai commencé à soupçonner, mais je ne lui ai jamais posé de question sur sa sérologie. Elle ne m’en a jamais parlé non plus. J’ai remarqué seulement qu’à chaque fois que je la désirais, elle trouvait toujours un subterfuge pour se refuser. Et comme mes soupçons étaient de plus en plus forts, un jour qu’elle était sortie pour une réunion le cœur serré et malgré moi, j’ai fouillé dans ses documents et j’ai vu le résultat de son test. Sur le coup, j’ai été bouleversé. J’ai fermé l’enveloppe et remis tout à sa place. J’ai pensé que j’étais peut-être à l’origine de sa contamination. J’imaginais déjà les réactions de la belle famille. Les choses devenaient de plus en plus difficiles. Elle pouvait aller à l’hôpital pour voir le médecin ; souvent de 15h jusqu’à 19h voire même au-delà pour dit-on des consultations. Je restais seul avec les enfants et je ne comprenais pas. J’ai décidé alors de faire le test pour me fixer. Je suis allé au centre MURAZ. Une semaine après, je suis allé prendre mes résultats et j’ai vu que j’étais séronégatif.

C’est comme ça que j’ai su que mon épouse était séropositive et moi pas. Du même coup, j’ai compris pourquoi elle me refusait au lit. Mais je lui ai dit qu’il faut qu’elle sache que c’est une affaire de famille. Il est écrit dans la Bible que le corps de la femme est fait pour l’homme et le corps de l’homme pour sa femme. Et que ce n’est pas à cause de la maladie qu’on va s’abandonner. J’ai interrogé ma Bible qui m’a dit de ne pas avoir peur. J’ai continué à vivre ma vie de couple avec mon épouse comme je le faisais avant de savoir qu’elle était séropositive. Sans aucune restriction, ni arrière-pensée. Je n’utilise pas de préservatif, et tant qu’elle se sent bien en santé, on ne se prive pas. Je lui ai dit que ce n’était pas la peine de s’alarmer. » Puis, M TRAORE regarde tendrement son épouse et lui tapote la cuisse. Et pour la première fois depuis que nous étions dans la famille, Mme TRAORE esquisse un sourire franc.

Le Seigneur est vraiment bon et ses voies impénétrables, nous surprenons-nous à murmurer. Comment cela se peut-il ? Monsieur TRAORE est d’une grande âme et donne à réfléchir à plus d’un sur le regard qu’il faut porte aux personnes infectées. Sa démarche pour savoir et son acceptation de la situation dans son foyer fit revenir à nous cette remarque d’un psychologue : « Dans le couple, quand l’un des conjoints est infecté et pas l’autre, tout de suite celui qui ne l’est pas conclu à une infidélité, à une trahison, de la part de l’autre. Bonjour alors les mépris, les rejets etc. ». C’est dire que les préjugés sur les origines sexuelles des infections sont gravés dans l’imaginaire populaire. Evoquer le sujet, revient dans le couple à poser le délicat problème de l’infidélité, de l’adultère. Pourtant, chez les TRAORE, le problème s’est posé autrement comme l’explique le mari : « Ma femme travaillait à la société EGCOF comme nettoyeuse à l’hôpital SANOU Sourou.

Elle était chargée du nettoyage du service des post-opérés. Un jour, elle est revenue du travail presque en larme pour me dire qu’elle s’était faite piquer par une seringue pendant le nettoyage. Une deuxième fois encore, elle est revenue me dire qu’elle a encore été piquée. Je me suis demandé comment on pouvait employer des gens pour nettoyer un service aussi sensible sans leur donner du matériel de protection adéquat. J’étais inquiet, mais j’étais loin d’imaginer que cela allait finir par une infection. D’autant plus que je lui avais conseillé d’être prudente pour ne pas ramasser des maladies. C’est ce que je redoutais qui est arrivée. ». Chez les TRAORE, la conviction est vite faite. Si Mme est infectée, c’est par suite de ces accidents de travail au service des post-opérés et pas autre chose. C’est un sujet clos dans le couple comme l’est celui de la procréation.

« Tant que Dieu lui donnera la force de procréer … »

Le désir de fonder une grande famille est très puissant chez les TRAORE. Pourtant, le couple, comme tant d’autres couples sérodiscordants, s’expose imprudemment à un risque d’infection. Surtout par la méthode de conception naturelle (c’est-à-dire, avoir des relations sexuelles non protégées pendant le pic ovulatoire de la femme). « Des données récentes laissent entendre qu’à l’échelle mondiale, plus de 50 % des nouvelles infections au VIH découlant des épidémies développées et généralisées se manifestent chez les couples sérodivergents » affirme M BARRO. Or, au Burkina, la conception naturelle reste pour l’heure, le seul et unique moyen de procréer. Ce qui pose un certain nombre de défis particuliers pour les TRAORE.

Comment fonder une famille à soi sans mettre en péril sa propre santé et celle de cette famille ? Le risque est présent, mais M. TRAORE semble n’en avoir cure. Dans notre échange, Mme TRAORE, visiblement perturbée par l’attitude du mari, lâche un peu triste : « J’ai beau lui parler des risques qu’ils encourent, lui et le bébé, il ne m’écoute pas. Pour lui, tout vient de Dieu. La maladie comme la santé… ». Son inquiétude est pourtant justifiée car ainsi qu’elle le dit : « Notre fille R est infectée. On a eu notre troisième après R, qui a vécu avec nous un an et six mois et est décédé en 2003. Lui aussi était infecté. » Monsieur de revenir plus conciliant pour dire : « C’est à partir de ce moment, que j’ai constaté que son corps souffrait beaucoup. Je lui ai dit qu’il était mieux qu’on observe une pose, le temps qu’elle retrouve sa forme et sa force. Vers fin 2009 on a commencé à se concerter et l’on est tombé d’accord pour faire notre 3e enfant et voilà qu’aujourd’hui elle attend. L’accouchement est prévu pour la fin septembre. Mais tant qu’elle se sent bien, je ne manque pas d’accomplir mon devoir conjugal. On s’est supporté dans le mariage et le bonheur, on se supporte aujourd’hui dans la souffrance. »

La situation interpelle M BARRO qui reconnaît : « Nous informons les couples sérodifférents sur les risques qu’ils encourent. Nous leur conseillons l’utilisation du préservatif lors de leurs rapports. Mais le message passe difficilement. Ils ne veulent pas en entendre parler. Certains ont été clairs, ils ne veulent pas de rapport avec un condom dans leur couple. Et puis le désir de procréer est tellement fort que les couples transgressent nos prescriptions, c’est le cas du couple TRAORE… » A 11 ans, la fille du couple est déjà sous ARV. Et cela n’est pas sans conséquence sur sa scolarité. « R, notre fille, fait le CM1. Cette année, elle est tombée malade et a été pendant plusieurs semaines, absente de l’école. Je pense que cela a sérieusement porté un coup sur ses résultats scolaires, elle redouble sa classe… »

Nous dit M TRAORE. La petite R TRAORE participe, tout comme d’autres enfants, et leurs parents, aux activités de l’association notamment aux groupes de parole. Sait-elle ce qu’elle porte comme poids ? Est-elle consciente qu’elle n’est pas une enfant comme les autres ? Une chose est sûre, R a la joie et l’insouciance des gamines de son âge. Elle s’amuse avec ses camarades de quartier et d’école nous ont confié ses parents. Personne, à part les membres de sa famille et de l’association, n’est au courant de son état. Qu’adviendra-t-il si un jour ses camarades d’école ou de quartier apprenaient qu’elle est séropositive ? Il faut dire que le couple TRAORE peut aujourd’hui procréer comme tout autre couple sérodiscordant sans trop de risque d’autant que depuis 2002-2003, le Programme de protection de la transmission mère-enfant (PPTME) leur donne cette opportunité. C’est dire que Mme TRAORE n’a plus à craindre pour son enfant à venir.

« C’est l’amour qui nous fait vivre… »

La non-divulgation du statut sérologique à des personnes extérieures de la relation est un moyen éventuel de protéger la vie privée et d’éviter la discrimination. Les couples se retrouvent souvent confronter à cette épreuve : faut-il oui ou non en parler ? La personne séropositive est la seule, selon les spécialistes, qui peut décider finalement quand, comment et à qui elle veut se confier, sauf en cas d’urgence. Dans la famille TRAORE, ni les parents, les amis, encore moins les voisins ne sont informés : « Dans ma famille, personne n’est au courant de la maladie de ma femme. Si je n’informe pas ma famille, je ne sais pas pourquoi mes voisins seront au courant ? Dans la famille de ma femme, seule sa grande sœur est au courant. »

Dans sa démarche de suivi-conseil des couples et des personnes infectées, c’est une stratégie que préconise l’association « Espoir et vie » : « La divulgation n’est nécessaire que si elle peut et doit apporter réconfort et sécurité au couple mais aussi et surtout à la personne infectée. Le conjoint a le droit de savoir. C’est pourquoi nous initions une approche auprès du conjoint séronégatif au cas où le conjoint infecté a des difficultés à le faire. Ce qui n’a pas été le cas chez les TRAORE. En dehors du conjoint, seul un proche digne de confiance peut être informé. Cela est fondamental pour éviter la stigmatisation… » Selon Mme TRAORE, D et R leurs deux enfants sont au courant de la situation. « Mon mari a tenu à ce que ce soit nous qui informions les enfants de la situation d’autant plus que notre fille est infectée et suit un traitement à l’ARV et participe au groupe de parole au centre ».

Plus qu’un époux, M TRAORE est la véritable épaule pour sa tendre moitié. Il la soutient. L’homme est devenu, comme le veut l’association « Espoir et vie », le compagnon de traitement de son épouse. « C’est lui qui me rappelle quand est-ce que je dois prendre mes cachets, et s’assure surtout que cela est fait. » Nous a confié Mme TRAORE. L’une des stratégies efficaces dans la réduction de la transmission chez les couples sérodiscordants est que le partenaire séronégatif subisse des tests de dépistage et qu’il ou elle se prévale des services de counselling de façon régulière. M TRAORE fait chaque trimestre ses tests. Dans les relations sérodiscordantes, les spécialistes affirment que l’absence de discussion peut aboutir à des comportements à risque et à l’augmentation de l’anxiété.

De bonnes stratégies de communication sont essentielles au maintien de la santé de n’importe quel genre de relation. C’est pourquoi les groupes de parole qu’organise l’association « Espoir et Vie » sont d’un grand secours pour les couples. « Le but des groupes de parole est d’offrir, à la fois un espace d’écoute et d’expression, où la parole peut être posée et entendue. Il s’agit pour nous de proposer un espace qui permet aux personnes infectées et affectées, de communiquer efficacement, sur les difficultés rencontrées dans leur vie de couple et ou de personne infectée grâce aux échanges qui s’y produisent. Et le couple TRAORE nous est d’une grande aide » Dira M. BARRO.

Le couple TRAORE a accepté et adopté le VIH dans sa vie. « Nous sommes une famille normale et la maladie n’a pas commencé avec nous, elle ne se terminera pas avec nous. Le péché est plus grave que la maladie qui touche le corps. Si tu es malade, cela ne veut pas dire que si tu meurs tu n’iras pas au ciel. Quelqu’un peut être bien portant et rempli de péché, ça sera la mort éternelle.

La foi est très importante dans une situation de maladie, pas seulement dans le cas du VIH, et l’espoir, c’est Dieu. C’est l’amour et Dieu qui sont notre réconfort, qui nous permettent de tenir et de poursuivre la route. Quand je vois mon couple, je vois que nous continuons de vivre comme les autres couples. Nul couple n’est à l’abri de cette infection. Malgré que les autres n’ont peut-être pas cette maladie, il y en a qui meurent nous laisser tous les jours. Je sais qu’un jour, ça va nous arriver aussi mais pour l’heure, nous nous essayons de vivre pleinement notre vie et la venue prochaine du bébé est importante pour notre famille. C’est vrai qu’il y a des moments où ce n’est pas facile pour nous. Mais comme je le dis, des gens tombent autour de nous et nous allons présenter nos condoléances. »

Le bonheur nous dit Aristote, est le principe et la raison d’être de la vie, le but et la finalité suprêmes de l’existence humaine. Chez les TRAORE, le bonheur, c’est la famille. Voir les enfants grandir, aller à l’école. L’arrivée du bébé est attendue avec joie et espérance. En attendant ce bonheur, les TRAORE partagent tous les mois, leur expérience de vie de couple sérodifférent aux rencontres de groupes de parole. Une façon de continuer de vivre, mais surtout d’apporter force et espoir aux couples qui viennent de rentrer dans le cercle des sérodiscordants.o

Frédéric ILBOUDO


Situation actuelle de l’épidémie

L’épidémie du VIH au Burkina Faso est de type généralisée. Sur la base de la sérosurveillance sentinelle, la prévalence globale du VIH chez les 15 à 49 ans est passée de 2,7% en 2006 à 2,3% en 2007 et à 2,0% en 2008. La tendance générale est à la stabilisation depuis 2005. En termes de répartition spatiale, les sites situés en zone urbaine ont une plus forte prévalence que les sites situés en zone rurale soit 3,1% contre 0,4% en 2008. La prévalence la plus élevée en 2008 a été retrouvée dans la ville de Koudougou avec un niveau de 4,2%. En 2006 et 2007 c’était la capitale Ougadougou qui détenait le niveau le plus élevé en prévalence avec respectivement 5,9% et 5,1%. La prévalence reste toujours élevée au sein de certains groupes spécifiques tels que les professionnelles du sexe avec un taux de 16,3% en 2005, selon l’Enquête de prévalence IST/HIV et des comportements sexuels auprès des travailleuses de sexe et leurs clients à Ouagadougou, Burkina, juin 2006. Concernant la situation de la séroprévalence, selon le rapport 2008 de l’ONUSIDA, la prévalence moyenne de l’infection à VIH au sein de la population adulte du Burkina Faso est estimée à 1,6% en fin 2007, dans un intervalle [1,4-1,9]. Les autres données se présentent comme suit : 130 000 personnes vivant avec le VIH ;
120 000 adultes vivant avec le VIH, dont 61 000 sont des femmes ;
10 000 enfants ;
10 000 décès dus au sida ;
100 000 enfants estimés orphelins du fait du SIDA.

Prévention de la transmission du VIH de la Mère à l’Enfant (PTME)

La couverture de l’ensemble des districts sanitaires (63), le nombre de sites a connu une hausse de 57,8% passant de 803 sites en 2008 à 1267 sites en 2009. Ceci représente 81% des formations sanitaires éligibles à la PTME en fin 2009 (1 564), soit une performance au-delà de l’objectif national fixé à 70%. Le nombre de femmes bénéficiaires de la PTME a été de 310 583, soit un taux d’adhésion de 50,9% si l’on rapporte ce chiffre aux femmes vues en CPN (609 632). Le taux de séropositivité chez les femmes vues en PTME a été estimé à 1,5%.

Protection et soutien

Concernant les groupes vulnérables, 3 200 enquêtes sociales ont été menées pour s’assurer de leurs conditions de vie et établir leurs besoins. Le soutien a concerné 96 562 OEV. Dans le cadre du soutien aux PVVIH, 4 600 groupes de parole ont été organisés au profit de 38 235 personnes ainsi que 2 800 repas communautaires au profit de 37 621 PVVIH. Données de morbidité.

En 2006, les services de santé ont notifié 5 144 cas de SIDA. Parmi ces cas enregistrés, on dénombre 1 835 hommes et 3 309 femmes soit respectivement 36% et 64% des cas. Le sexe ratio est de 0,55. En 2007, 7 012 cas ont été enregistrés avec 33,55 % d’hommes et 66,45% de femmes. En 2008, les services de santé ont notifié 5 136 nouveaux cas de Sida dont 63,53% de femmes (3 263) et 36.47% d’hommes (1973). On note une évolution en dents de scie entre 2006 et 2008. Près de 2/3 des cas notifiés sont de sexe féminin.

Données de mortalité

Un total de 3 164 cas de SIDA a été hospitalisé dans les districts et les hôpitaux en 2006. Parmi ces patients, 692 sont décédés soit 21,9%. Au cours de l’année 2007, 2 511 cas de SIDA ont été hospitalisés avec 477 décès soit un taux de létalité de 19%. En 2008, ce sont 3 309 cas de SIDA qui ont été hospitalisés avec 686 décès soit un taux de 20,7%. On note une évolution en dents de scie des cas hospitalisés entre 2006 et 2008 mais avec un taux de létalité qui est resté relativement stable sur la même période. Le taux de létalité des enfants de moins d’un an a également connu une évolution.

Sources : RAPPORT UNGASS 2010 DU BURKINA FASOBURKINA


L’amour plus fort que tout !

Dans le combat contre le mal discriminant, le couple TRAORE n’est pas seul. Ils sont nombreux ces femmes et hommes qui ont refusé de sacrifier leur amour sur l’autel de la maladie dite du siècle. Des couples, nous en avons rencontrés qui ont chacun son histoire. Une histoire unique, bouleversante. Cependant, le combat reste le même, vivre l’Amour malgré les qu’en dira-t-on et les affres de la maladie qui ne manquent pas.

Selon une étude du Centre national de collaboration des maladies infectieuses du Canada, le pourcentage des couples discordants en Afrique se chiffre entre 3 et 20 % de la population générale. A l’association « Espoir et vie », sur les 920 patients inscrits sur les registres, 432 sont sous traitement dont 42 couples sérodivergents au sein desquels l’on dénombre 17 hommes séropositifs. Au regard de l’environnement souvent hostile du fait de la discrimination, de la stigmatisation et même du rejet, la plupart de ces couples sérodiscordants vivent dans la discrétion. Ni parents, ni amis, encore moins voisins ou collègues ne sont au courant de leur situation sérologique.

Ils voudraient les en informer que les réactions négatives qu’ils sont certains d’enregistrer de la part de ces personnes de leur entourage les en dissuaderaient. Pourtant une telle démarche est souhaitable dans l’intérêt de tous. Aussi font-ils leur, ces couples, l’adage selon lequel pour vivre heureux, vivons cachés. La peur d’infecter son ou sa partenaire ou de se faire infecter ; les préoccupations relatives à la santé et à la maladie ; l’observance thérapeutique (fidélité au traitement) ; les effets des traitements ou de la maladie sur l’image corporelle et le niveau d’énergie ; les enjeux relatifs à la divulgation et à la vie privée (lorsqu’on parle de son statut VIH et de sa relation avec autrui etc.) sont autant de préoccupations qui freinent le conjoint séropositif dans sa démarche au sein du couple.

L’amour, quand tu nous tiens !

Des témoignages recueillis chez des couples qui ont bien voulu s’ouvrir à nous sont émouvants. Mme SIDIBE nous contera sous forme anecdotique, cette réaction qui n’est pas pour rassurer une personne infectée cherchant un réconfort, une épaule prête à la recevoir pour qu’elle ne se sente pas seule au monde, suivez plutôt ses propos : « Bernard, un ami d’enfance de mon mari, au cours d’un repas familial que nous avions donné, a lancé cette phrase qui restera à jamais en moi. Il a dit : « Le jour que je saurai qu’un de mes amis, ou un membre de ma famille proche ou lointain a cette maladie (entendez par là est séropositif), même une goûte d’eau je ne boirai plus chez lui » Pourtant moi qui lui servais à manger ce jour là, suis séropositive ». Il faut dire qu’il lui a fallu d’énormes ressources à la pauvre dame pour ne pas piquer une crise ce jour-là. Et c’est tout à son honneur.

L’attitude de ce Bernard, hélas, n’est pas isolée d’autant qu’ils sont nombreux les gens qui pensent comme lui mais qui ignorent que l’infection ne prévient pas et que nul n’en est à l’abri. Et la réaction du père de l’époux de Mme SIDIBE est pour nous sidérer. « Monsieur courage », devrait-on l’appeler, cet époux affectueux qui ne veut pour rien sacrifier son amour pour sa femme ; il nous en parle. Lisez-le plutôt : « Je suis l’aîné de ma famille et j’étais responsable des affaires de ma famille. Mon père est à la tête d’une grande société de distribution de produits alimentaires qui marche et c’est moi qui dirigeais cela. Quand la santé de mon épouse est devenue préoccupante et que des soupçons sur sa séropositivité ont été mis sur le tapis, mon père m’a tout simplement demandé de choisir.

C’était soit la direction de l’entreprise, soit mon épouse. J’ai choisi mon épouse. On a dû quitter la cour familiale avec notre fille de 16 mois. Aujourd’hui, aucun membre de ma famille ne sait où je vis, de quoi je vis. Je ne dis pas que nous sommes à l’aise, mais je suis heureux, rien qu’à l’idée de savoir que nous sommes ensemble. » Nous raconte-t-il les yeux humides. Ainsi pour le couple SIDIBE, l’Amour montre une fois de plus qu’il peut tout vaincre et apporter le bonheur. Ce n’est certainement pas dame Maïmouna qui dira le contraire, elle qui se croyait irrémédiablement perdue après avoir été infectée de par la faute de son défunt mari.

Une véritable renaissance

Maïmouna T, à 40 ans et mère de trois enfants nés de son premier mariage, n’en décolère pas contre son défunt mari pour lui avoir transmis le VIH, « il savait qu’il était infecté, il savait qu’il souffrait de la maladie mais il a tout fait pour me contaminer et je ne lui pardonnerai jamais cela », dit-elle. Mais très vite elle retrouve le sourire quand elle pense à ses enfants et à son nouvel époux, Issouf, qui lui a redonné la joie de vire. « Grâce à Dieu, poursuivit-elle, aucun de nos enfants n’est infecté. J’essaie de vivre depuis que j’ai rencontré Issouf. » Elle a en effet, retrouvé l’amour et mieux, un foyer. Les voies du Seigneur sont impénétrables disent les Ecritures : Maïmouna en allant réparer sa moto chez le mécanicien du coin était loin d’imaginer que naîtrait de cette rencontre une idylle qui plantera solidement ses racines dans les deux cœurs et les conduira devant le maire en 2007.

« Elle m’a informé de sa situation sérologique avant qu’on aille au lit ensemble pour la première fois. Je lui ai dit que cela ne me posait aucun problème et que cette maladie ne pouvait pas être un frein à ce que je ressentais pour elle. Malgré tout elle refusait mes avances. Elle m’a même dit que ce n’était pas possible entre nous d’autant plus que j’ai déjà une femme. Mais j’ai fini par la convaincre de ma sincérité en lui proposant le mariage. Elle m’a pris au sérieux. En Mars 2007, nous nous sommes dit oui. » explique Issouf. C’est vrai, le foyer de Maïmouna est polygame mais l’amour qu’elle a pour son époux, qui le lui rend bien, a raison de tous les obstacles. Sa coépouse, qui est informée de sa sérologie, a des ressentiments à son égard mais le mari a su gérer la situation. « Ce dont je rêve aujourd’hui, c’est de lui donner un enfant pour concrétiser notre union. Un bébé me donnera plus de place dans le foyer parce que ma coépouse en a deux. » Dit-elle confiante d’autant que les avancées médicales permettent aux personnes infectées de procréer sans trop de risque et pour l’enfant et pour la mère.

L’amour, c’est ce que Paul et Valérie se battent pour sauver à tout prix de l’emprise de la famille, surtout de la mère du jeune homme. Valérie est séropositive ; en dépit de sa sérologie, Paul tient à concrétiser leur amour par le mariage, mais il y a un hic : « Ma mère tient à voir les résultats de nos tests de dépistage et ça nous pose un véritable problème parce que, si elle apprend que Valérie est séropositive tous nos projets sont à l’eau. Je la connais, elle s’opposera à notre union, à notre amour. Déjà qu’elle ne supporte pas Valé, je ne vois pas comment nous allons gérer ça ! » Et depuis, le couple est dans l’expectative. Comment sortir de cette situation ? Les deux amoureux réfléchissent à tous les scénarii, même celui intégrant la possibilité de quitter le pays. Paul aurait même tenté une « falsification » des résultats du test de dépistage de Valérie pour contenter la belle-mère.

Ces divers témoignages, aussi différents qu’ils sont, montrent que l’amour peut aider à surmonter les regards et les perceptions des autres. C’est dire que le couple discordant au plan sérologique se doit de renforcer la communication en son sein. Il faut d’abord s’accepter mutuellement pour se faire accepter des autres et faire tomber les barrières. Couteau à double tranchant, l’amour est aussi un vecteur de transmission de la maladie du SIDA. En effet, il est démontré que le lit conjugal est devenu un lieu à risque pour la transmission du VIH. C’est l’endroit où se produisent nombre de nouvelles infections en Afrique. Ainsi le Pr. Vinod MISHRA, directeur de recherche à Macro International, un groupe de recherche basé aux Etats-Unis, déclarait à IRIN/PlusNews : « Nous avons découvert que dans de nombreux pays, tels que le Kenya, la Côte d’Ivoire…, plus de 60 pour cent des couples sérodiscordants étaient formés de femmes séropositives, un phénomène largement ignoré par les activistes de la lutte contre l’épidémie ». D’où l’intérêt de révéler sa sérologie dans le couple afin de mettre en pratique les méthodes qui permettent d’éviter l’infection du conjoint ou la surinfection et vivre sereinement sa vie de couple.o

Frédéric ILBOUDO

Publicités
Cet article a été publié dans Non classé. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s