Lutte contre le mariage précoce : Naaba Kiiba de Manga officialise son engagement

Le projet « Mettre fin au mariage précoce au Burkina » a organisé, le mardi 21 septembre 2010 à Manga, chez le Chef dudit, Naaba Kiiba, une rencontre de plaidoyer au profit des leaders coutumiers et religieux sur le fléau du mariage précoce dans la région du Centre-Sud. L’objectif était de faire de ces chefs, des alliés dans la lutte contre cette pratique.

Après Boussouma dans le Centre-Nord, ce sont les chefs coutumiers et religieux de Manga Centre-Sud qui ont été sensibilisés sur les conséquences du mariage précoce des adolescentes. Les échanges se sont déroulés dans la cour de Naaba Kiiba, chef de Manga. Selon les responsables du projet « Mettre fin au mariage précoce au Burkina », la rencontre a pour objectif général de « susciter l’adhésion et l’implication des leaders coutumiers et des autorités religieuses dans la lutte contre le mariage précoce ».Ce but a été atteint à Manga avec l’engagement solennel du chef coutumier de la localité.

Avant cette prise de position pour les droits des jeunes filles, les participants ont pris connaissance, via les conclusions d’une enquête réalisée dans la zone, de l’ampleur de la pratique du mariage précoce dans la région du Centre-Sud. S’appuyant sur les grandes lignes de l’enquête, le conseiller technique national du projet, Thomas Balima, a affirmé que le mariage précoce est une pratique courante en Afrique en général et au Burkina Faso en particulier. « Selon une enquête réalisée par l’INSD /UNICEF, en 2008 au Burkina, parmi les femmes de 15-19 ans, 23% sont déjà mariées ou vivent en union libre dont 30,9% d’entre elles sont en milieu rural contre 9,5% en milieu urbain », a-t-il expliqué.

Selon le code des personnes et de la famille, le mariage est qualifié de précoce chez la fille lorsqu’il est contracté à moins de 17 ans. Pourtant, les habitants de la localité qualifient plutôt de précoce, un mariage contracté avant 15 ans. En milieu urbain, c’est le mariage contracté avant l’âge de 16 ans qui est considéré comme précoce contre 14 ans en milieu rural où « on se réfère uniquement à la maturité de la fille (développement des seins, apparition des règles) ».

Il est également ressorti de l’enquête « une prédominance du mariage coutumier, religieux ou les unions libres dans les localités enquêtées ». « Dans la région du Centre-Sud, c’est le don de fille qui est plus pratiqué (opportunités pour les parents de bénéficier de certains avantages : assistance dans les travaux champêtres et don de cadeaux au père et à la famille de la fille », a précisé M. Balima.

52,4 % des personnes interrogées dans le Centre-Sud ignorent que « la loi prévoit un âge légal au mariage pour les filles et les garçons ».Plusieurs raisons sont évoquées dans le document pour expliquer l’étendue du mal dans la région : la précarité des conditions de vie des parents, la crainte de grossesse hors mariage des adolescentes (considérée comme un déshonneur pour les parents de la jeune fille),la conservation de la virginité de la jeune fille jusqu’au mariage, le désœuvrement de la jeune fille, etc.

Quelques points marquants de l’intervention du conseiller technique national ont été l’énumération des effets néfastes du mariage précoce. Sur le plan sanitaire, l’adolescente précocement mariée est exposée aux grossesses précoces, à une mortalité maternelle et infantile, aux fistules obstétricales, aux IST / VIH / Sida.

Les conséquences du mariage précoce

La plupart de ces filles sont, parlant du plan éducatif, des exclues du système éducatif. Elles ne vont pas à l’école ou sont déscolarisées. Dans le domaine socio-familial, ces adolescentes vivent dans des ménages polygames avec des hommes 3 à 4 fois plus âgés qu’elles. Elles sont aussi victimes de violences physiques et morales, etc. Economiquement, elles sont inexistantes et exposées à la pauvreté.

C’est pourquoi selon le conseiller technique régional, Halidou Bansé, le but du projet est « d’augmenter la sécurité humaine des adolescentes qui sont soit mariées ou courant le risque d’un mariage précoce dans 24 localités (village de petite et moyenne taille)dans 5 régions à travers une approche multisectorielle intégrée pour améliorer l’éducation, la santé et le statut social ». Débuté en avril 2009, le projet a surtout concerné Manga et Gogo dans la province du Zoundwéogo .Quant à la représentante adjointe de l’UNICEF, Sylvana Nzirorera, parlant au nom des partenaires techniques et financiers « Au Burkina Faso, les chiffres parlent d’eux-mêmes comme l’a évoqué le responsable du projet.

A peu près la moitié des 2 750 000 enfants (1,345 millions de filles) d’âge scolaire n’ont pas accès à l’éducation, la grande majorité sont des filles… ». Mme Nzirorera a déploré le fait que « Beaucoup de parents dans la région du Centre-Sud n’envoient pas leurs filles à l’école. Ils encouragent aussi leur mariage alors qu’elles sont toujours des enfants ». Et de prévenir « Non seulement le mariage des mineurs est une violation des droits humains, mais il met en danger la vie de la jeune fille dont le corps est trop jeune pour porter une grossesse et pour donner la vie.

Les risques de mort pour la jeune maman et le bébé sont très élevés ».Toutefois les efforts du gouvernement burkinabè sont, a-t-elle souligné, salués par le système des Nations unies dans le cadre de la promotion de la convention relative aux droits de l’enfant. Pour l’inspectrice générale du ministère de l’Action sociale et de la Solidarité nationale (MASSN), Noélie Kangoye, « Il est nécessaire d’avoir et d’établir un accord de collaboration avec les leaders coutumiers et religieux influents des zones d’intervention du projet, afin d’obtenir leur soutien et recueillir la volonté sociale et culturelle pour l’application et le respect des lois existant en matière de droits humains des filles ». Le dernier de la cérémonie a été la prise de l’engagement solennel des participants au plaidoyer pour éliminer le mariage précoce dans le Centre-Sud.

Les représentants des musulmans et des femmes puis des chefs de village et de canton se sont engagés devant les responsables et le Manga, Naaba Kiiba. Celui-ci a, verbalement et par écrit, réitéré cet engagement, à éradiquer le phénomène sous toutes ses formes.

Alassane KERE

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