HAMA AMADOU, ANCIEN PREMIER MINISTRE DU NIGER : « L’enlèvement des travailleurs d’Areva m’a choqué »

L’ancien Premier ministre du Niger, Hama Amadou, est l’un des prétendants sérieux à la prochaine présidentielle nigérienne. Nous avons profité de son passage à Bamako, lors du cinquantenaire de l’indépendance du Mali, pour faire un tour d’horizon de l’actualité de son pays, partagée entre espoirs d’un retour à la vie constitutionnelle normale et recrudescence des actes de terrorisme.

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Le Pays" : Monsieur le Premier ministre, comment avez-vous trouvé l’organisation des festivités du cinquantenaire du Mali ?

Hama Amadou : J’ai observé que c’est une fête grandiose. Tout le Mali s’est mobilisé pour marquer de manière significative les 50 années de son indépendance. Je pense que pour le peuple malien, c’est une occasion pour renforcer son unité et regarder, après avoir fait le point de l’évolution depuis 50 ans, vers l’avenir avec encore plus de courage et de détermination.

Comment trouvez-vous le Mali, 50 ans après son indépendance, sur le plan politique et économique ?

Je pense que le Mali est un pays qui avance. Il suffit d’observer le rythme des investissements à travers tout le pays. C’est un pays qui est en marche mais qui a également de grands défis à relever. Car malheureusement, en Afrique d’une manière générale, le développement se réalise par à-coups : on avance, on recule. Cela parce que le contexte international n’est pas très favorable pour la plupart des pays en développement. Le système ne favorise pas l’émergence. Des difficultés énormes parsèment le parcours des pays africains. L’un dans l’autre, on peut dire que le Mali, tant bien que mal, tire son épingle du jeu. Et cela est une bonne chose pour le pays et pour la sous- région.

Comment avez-vous vécu la dernière prise d’otages survenue dans votre pays ?

Douloureusement. J’ai été vraiment choqué de constater que des gens peuvent être enlevés au Niger. La manière dont les choses se sont déroulées signifie qu’il y a eu des complicités locales. Et c’est en cela que je ressens douloureusement cette affaire parce que l’hospitalité est, dans les pays africains en général, une marque distinctive de nos peuples. Or, livrer des étrangers qui vivent sur votre sol, ne me paraît pas très glorieux pour notre pays. Et c’est pour cela que j’en souffre. Mais il est évident également qu’il y a une faiblesse dans le système de sécurité qui a permis l’infiltration des complices et des responsables de ces enlèvements. Cela dénote un excès de confiance dans la sécurité qui prévalait dans le pays. Je pense qu’à partir de maintenant, AREVA prendra certainement des dispositions plus rigoureuses et l’Etat du Niger aussi. L’Etat du Niger, de mon point de vue, s’était beaucoup trop fié au système de sécurité mis en place par AREVA. Je pense que dorénavant, l’Etat prendra également des mesures pour que de tels faits ne se renouvellent pas. Je le souhaite vivement.

La France a réagi en déployant dans certaines capitales de la sous- région, des moyens militaires. Est-ce la meilleure stratégie pour venir à bout des groupes terroristes ?

Je crois sincèrement qu’avec les prises d’otages, il ne s’agit pas de brandir une menace militaire. Il faut pouvoir discuter, apaiser les tensions qui sont à la base de ces enlèvements répétitifs et trouver un compromis pour que ceux qui ont été enlevés puissent s’en sortir indemnes. De l’autre côté, c’est sur le plan de la sécurité des Etats en bordure du Sahara que globalement des mesures d’ensemble doivent être prises dans un cadre de coopération. Cela afin que les zones dans lesquelles tous ces trafiquants circulent, puissent être véritablement sous le contrôle des Etats. Aujourd’hui, le gros problème, c’est qu’on a l’impression que les Etats riverains du Sahara ne contrôlent pas parfaitement les zones désertiques où sévissent ces maux. C’est en cela qu’une coopération plus organisée entre les Etats membres, non pas en terme de présence de personnel militaire étranger, mais de soutien logistique, matériel et en équipements, pourrait aider à faire face à cette insécurité qui a tendance à se développer dans la sous- région.

A quelle étape du processus de restauration de l’ordre constitutionnel est-on au Niger ?

La transition doit durer 12 mois. La commission électorale indépendante a été installée ; elle a procédé au recensement complémentaire des Nigériens en âge de voter et de tous ceux qui avaient été oubliés lors du précédent recensement ; elle a élaboré son programme avec un calendrier dont les dates ont été publiées ; elle continue d’essayer de mobiliser les ressources financières nécessaires à l’organisation des élections dans les délais. Les partis politiques vaquent à leurs activités habituelles sans aucun problème. Je peux donc dire que globalement, l’état d’esprit général est inscrit dans la logique des élections à la fin de l’année.

Avec le recul, à quoi attribuez-vous la motion de censure contre votre gouvernement et les accusations de détournement contre votre personne ? A la vivacité de la démocratie nigérienne ou à une machination politique ?

La motion de censure qui a fait tomber mon gouvernement en 2007 a fait dire que c’est le signe d’une démocratie vivante qui se joue normalement dans un pays qui prétend être démocratique. Ensuite, dans une seconde phase en 2008, un processus de mon élimination de la scène politique avait été engagé avec des complicités au sein de toute la classe politique. Parce que j’étais gênant pour le président Tandja, et pour tous les candidats potentiels à la succession de Tandja. Tous, pour des raisons plus ou moins personnelles, avaient intérêt à me voir sortir par tous les moyens de la scène politique. Avec la mise en accusation, je m’étais donc retrouvé dans une prison de haute sécurité au prétexte que j’aurais détourné une somme de 100 millions de FCFA en 2001. Mais évidemment tout cela procède d’une machination politique visant à m’empêcher par tous les moyens d’être présent sur la scène politique. Pour Tandja, au moment où il lancerait son projet de tazartché ( ndlr : mouvement créé pour permettre à Tandja de rester au pouvoir au-delà de son mandat légal) et pour les autres dans le but de m’empêcher d’être candidat à l’élection présidentielle. Voilà ce qui s’est passé. Mais les hommes proposent et Dieu dispose.

Croyez-vous pouvoir réunir l’opposition autour de votre candidature ?

Ici, il ne s’agit pas de mobiliser l’opposition au profit d’un candidat ou d’un autre. Au contraire, l’ensemble des partis politiques opposés au projet de Tandja, se sont retrouvés dans une coalition qui vise à conquérir le pouvoir mais dans une forme libérale. Chaque leader de parti membre de cette alliance est libre de se présenter aux élections. L’essentiel, puisque nous sommes dans un régime semi-présidentiel, c’est que ces partis forment une majorité parlementaire qui dirigera le pays avec le chef de l’Etat élu. A ce niveau, chacun va donc tenter sa chance. Et comme les autres, évidemment, je me suis inscrit dans la logique d’être candidat. Je pense que mes chances sont grandes et je vais faire le maximum pour gagner.

Que pensez-vous de l’opinion qui veut que le parti de l’ancien président Tandja soit dissous ?

Il ne faut pas le dissoudre. Il faut donner la possibilité au peuple nigérien de le sanctionner électoralement. Maintenant, tous les hommes politiques qui ont soutenu le projet de violation de la Constitution et toutes les triturations malhonnêtes qui ont marqué le recul de la démocratie au Niger en 2009, doivent répondre au même titre que Tandja, de mon point de vue, de cette haute trahison envers le peuple nigérien en passant devant les tribunaux. C’est pour le principe qu’il faut qu’ils soient jugés. Je fais donc la distinction entre le parti politique et les hommes politiques appartenant à ces partis et qui se sont rendus complices de ces actes de forfaiture à l’égard du peuple nigérien. Il faut laisser le soin au peuple nigérien de dire que les partis qui collaborent à la violation de la Constitution de la république ne sont pas dignes de leur confiance. C’est en cela que le parti aura été sanctionné. Mais si de manière autoritaire on procède à sa dissolution, c’est peut-être parce qu’on craint la réémergence de ce parti. Cela veut dire que le peuple n’aura pas compris et sanctionné ce parti. Je préfère la formule où c’est le peuple qui doit sanctionner le parti.

Avez-vous foi en l’impartialité de la junte dans la conduite de la transition ?

En tout cas, s’il faut se fonder sur ce qu’ils ont fait jusqu’à présent, ils ont très précautionneusement tenu à l’écart de la transition l’ensemble des partis politiques. Même si à certains égards, on constate que des hommes politiques qui ont été cooptés- peut-être parce que les militaires ne les connaissent pas- appartiennent à des formations politiques. Ce qui pourrait laisser penser, que ces gens se mettront au service de leurs partis. Mais quand on observe les militaires qui sont détenteurs du pouvoir d’Etat, jusqu’à présent, ils ne se sont pas laissés infiltrer, manipuler, par la classe politique. Ils se tiennent à l’écart de la classe politique. Ce qui peut du reste, à terme, présenter un inconvénient. Car ce sont quand même les hommes politiques qui sont appelés à succéder à la junte. Il ne serait pas mauvais qu’une sorte d’échanges afin que le processus commencé maintenant puisse se perpétuer dans les meilleures conditions après les élections. En dehors de cela, on peut considérer que les militaires essaient d’être les plus neutres possible.

Quelles relations entretenez-vous aujourd’hui avec le chef de l’Etat burkinabè ?

Le président Compaoré a toujours été un chef d’Etat qui est resté très proche du Niger. C’est l’un des chefs d’Etat qui connaît et qui comprend le mieux les réalités politiques nigériennes. Il a beaucoup de relations personnelles avec de nombreux membres de la classe politique nigérienne dont moi personnellement. Nous l’apprécions beaucoup dans tout ce qu’il fait et particulièrement pour la stabilité dans la sous- région. En ce qui concerne l’opposition nigérienne, que nous avons animée pendant la période du tazartché, la contribution du président Compaoré pour ramener le pays dans la démocratie a été éminemment significative. Je voudrais donc en profiter pour le remercier et avec lui le peuple burkinabè.

Propos recueillis à Bamako par Mahorou KANAZOE

Le Pays

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